jeudi 7 février 2013

Le déficit et la dette au temps de Jules Renard 1/2

Le déficit
Chez M. de Molinari
Quelles sont les causes profondes du déficit? De quelle façon pourrait-on enrayer l'augmentation perpétuelle de la dette nationale, cette augmentation qui, tout à coup, s'accentue? Telles sont les questions que nous avons posées à un homme bien détaché des querelles journalières de nos politiciens, à un homme qui s'occupe, non de tel ou tel ministre, non de telle ou telle opinion, mais uniquement de Politique, et j'entends ce mot dans son sens le plus large, le plus élevé.
M. de Molinari, membre correspondant de l'Institut de France, directeur du Journal des Économistes, a passé sa vie, à écrire des ouvrages sur le Commerce, sur l'agriculture, sur les Finances; c'est un de nos économistes les plus distingués; c'est aussi le doyen des économistes, puisqu'il est âgé de quatre-vingt-deux ans.
M. de Molinari m'a reçu dans son cabinet de travail. Il m'a parlé.
[...] Voulez-vous que je vous dise? On gaspille l'argent des contribuables et cela ne date pas d'hier; cette année, le déficit étant plus gros que de coutume, on s'étonne, on pousse les hauts cris, on ouvre des enquêtes; le mal  cependant, existait depuis longtemps; on ne s'en était pas aperçu; maintenant on songe à appeler les médecins; il est bien temps. Voici plusieurs années qu'on dilapide les deniers publics; voici plusieurs années que le pays est malade. Vous n'ignorez pas que depuis un quart de siècle notre dette s'est accrue de plusieurs milliards. On a fait des emprunts ouverts; on en a fait d'autres déguisés. On a accru la dette flottante, de telle sorte qu'il a fallu la consolider; c'est déplorable. Et, chaque année le budget des dépenses s'augmente, et le budget des recettes est loin de suivre une progression identique. Chaque jour on crée des dépenses nouvelles; ce chapitre des pensions est formidable; on augmente le nombre des fonctionnaires; comme si nous n'en avions déjà pas trop.
Et notez qu'on a des tendances au gouvernement, à centraliser tout, à tout monopoliser; voilà t-il pas qu'on parle sérieusement, dans les journaux spécialisés, de monopoliser les pétroles; songe-t-on que la création de ce nouveau monopole nécessitera la création de nouveaux fonctionnaires? Et je n'envisage  ici cette question des pétroles que sous un seul de ses angles défectueux; il y en a d'autres... Voilà, il faut revenir à une politique d'économie sérieuse et pratique. Des économies! Des économies! Voilà ce qu'il nous faut.
Suite demain.
(Fernand Hauser, L’Écho de Paris, 20 octobre 1901)

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