Schwob me dit que Forain est enthousiasmé par l’Écornifleur, et que cela laisse loin derrière, comme cruauté, Bouvard et Pécuchet. Pas comme talent, bien entendu. Oh! il n'est pas question de talent. Il n'en a pas parlé.
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samedi 30 janvier 2016
mardi 19 janvier 2016
Journal du 19 janvier 1891
Hier soir, 11 heures 1/2, on sonne. C'était M. Marcel Schwob, qui me demande, à travers la porte, "un conte pour l’Écho de Paris". Dans l'éclairage de deux bougies, je vois une figure ronde, une tête déjà chauve. Nous cherchons en vain dans mes papiers.
Schwob voulait m'emmener tout de suite à l’Écho de Paris, comme j'étais, nu-pieds, en chemise de nuit.
J'ai raté une belle occasion, quoi!
mardi 12 janvier 2016
Journal du 12 janvier 1892
- Je déteste, dit Schwob, les gens qui m'appellent "mon cher confrère", qui veulent absolument me mettre dans la même classe qu'eux.
Il dit encore:
- Baudelaire, dans une brasserie disait: "Ça sent la destruction." - "Mais non, lui répondait-on. Ça sent la choucroute, la femme qui a un peu chaud." Mais Baudelaire répétait avec violence: "Je vous dis que ça sent la destruction!"
mercredi 23 décembre 2015
Journal du 23 décembre 1891
Vu, chez Schwob, André Gide, l'auteur des Cahiers d'André Walter. Schwob me présente comme un entêté insupportable.
Si vous ne l'êtes pas, dit Gide d'une voix grêle, vous en avez l'air.
C'est un imberbe, enrhumé du nez et de la gorge, mâchoires exagérées, yeux entre deux bourrelets. Il est amoureux d'Oscar Wilde, dont je vois la photographie sur la cheminée: un monsieur à la chair grasse, très distingué, imberbe aussi, qu'on a récemment découvert.
Impossible d’avoir Courteline à dîner. Il dîne tous les soirs dans sa famille.
- Mais, dit Schwob, vous dînez tous les mardis avec Mendès.
- Mendès, c'est encore ma famille, dit Courteline.
vendredi 6 novembre 2015
Journal du 6 novembre 1894
Hier à l'Œuvre, Annabella ou Quel dommage que ce soit une prostituée! pièce de Ford, traduction de Maeterlinck, causerie de Marcel Schwob. Respiré tout de même une odeur de barbares. Mais ces incestueux parlent comme deux amants. L'inceste ne devrait être que l'aboutissement tranquille de deux jeunesses. Si on acceptait l'inceste avec calme, le monde pourrait être refait. Rachilde furieuse parce que je trouve les acteurs au-dessous de tout. Courteline trouve que tous ces gens font bien du chichi. Léon Daudet prétend que toute l'humanité repose sur un fond louche. Maeterlinck se balance avec son air de charpentier arrivé et satisfait. Le faune Mallarmé file avec douceur entre les couples et tremble d'être enfin compris. Le barbu Georges Hugo porte sur sa large poitrine l'étendard d'un nom illustre. Mme Willy, traînant la corde à puits de ses cheveux, regarde le doux Julia et éclate de rire. Bauër fait le taureau aussi petit que la grenouille, et mon ami Schwob, qui autrefois se rasait la tête jusqu'au sang, a maintenant sur le front un petit saule pleureur, noir, en cheveux plats, qui répond bien à l'état actuel de son âme triste.
jeudi 8 octobre 2015
Journal du 8 octobre 1895
Allais me dit hier soir qu'il a vu Schwob dans un misérable petit café, sirotant, effondré, un verre de liqueur noire.
Il n'y a que les hommes de lettres qui soient capables de piétiner un sujet de conversation avec une telle opiniâtreté. Ce sujet, c'était les Tenailles de Paul Hervieu. Allais déclare que la pièce l'a tout bêtement empoigné. Capus proteste contre cette sècheresse d'Hervieu, ce manque d'humanité, d'intérêt, ce parti pris de froideur. aucune émotion, dit-il. Des phrases où il n'en faut pas. Il est aigre, ce soir, Capus, et il prétend qu'il faut comprendre la critique comme Rochefort et Drumont comprennent la politique: avec partialité et indignation.
- Je rencontre, dit Allais, Hervieu qui me dit: "Crois-tu que j'ai de la guigne! Le Français fait relâche ce soir à cause de la mort de Pasteur! "Et il a 15 000 francs de rente!
Et Allais ne rit que du coin de la bouche, ou il se met la main sur les lèvres pour cacher l'âge de ses dents.
jeudi 23 juillet 2015
Journal du 23 juillet 1894
Explication de Marcel Schwob sur l'impossibilité de fonder un journal du matin à Nantes: à cause de l'exiguïté des trottoirs, les Nantais ne peuvent lire en allant à leurs affaires.
mercredi 22 juillet 2015
Journal du 22 juillet 1894
Quant on le priait à dîner, Schwob apportait toujours quelque chose. C'était son plat à lui: un volume de Rabelais ou de Pascal. Il lisait admirablement, je ne dis pas: sans prétention à bien lire. Après chaque phrase il levait les yeux sur ses auditeurs comme pour s'assurer qu'ils se tenaient là, immobiles, captivés et reconnaissants. Il pouvait manquer de goût. Je me rappelle qu'un soir, chez Mme Léon Daudet, où on l'écoutait avec une complaisance charmante, il faillit confondre Oscar Wilde avec Shakespeare. On dut l'arrêter.
Il avait des manies enfantines. Il semblait alors, sa belle intelligence mise de côté, jouer avec les petites sœurs de Monelle. Il prenait son petit dé, son petit coton, ses petites aiguilles, et il cousait de plaisantes bavettes sous le nez des directeurs de journaux. Il les avait tous en horreur. Il contait bien et y prenait plaisir. Il s'exerçait peut-être à domicile, car, au bout de trois ou quatre ans, il nous parut que quelques-unes de ses histoire restaient le mêmes.
Il ne faut pas sournoisement respecter les morts. Il faut traiter leurs images en amies et aimer tous les souvenirs qui nous viennent d'eux. Il faut les aimer pour eux-mêmes et pour nous, dût-on déplaire aux autres.
Ses taquineries. Ses calembours sur des noms haïs, des titres de livres écœurants.
lundi 29 juin 2015
Journal du 29 juin 1894
À Schwob sur le Livre de Monelle.
" Mon cher ami, j'ai lu le Livre de Monelle avec une scrupuleuse minutie. il me semble que je suis très près de tout à fait comprendre votre art, et je crois bien que je pourrais en écrire une page amusante et épluchée. Ce petit livre me paraît si "sorti" de vous qu'à certains moments je m'imaginais tenir votre âme enfantine et changeante au bout d'une pince. Si vous mourez avant moi, je demanderai à prononcer votre éloge. Je me sens capable de le faire dignement.
Toutefois les paroles de Monelle me troublent un peu. Je ne l'entends pas toujours. Elle m'échappe deux ou trois fois, et je lui en veux. Je lui ai donné quelques coups de crayon d'une main fâchée. Je tacherai de revenir sur cette impression d'agacement. Une causerie avec vous m'y aidera. Je suis plus à mon aise au milieu de ses sœurs, qui toutes tiennent de l'oiseau, de la fleur et et de la petite fille que nous avons aimée. Je les admire d'autant plus que, sur la fin, Monelle prendra encore plaisir à se dérober, à éviter ma pince, à mériter les bleus de mon crayon.
En résumé, votre livre est si ténu, si peu appuyé, que je l'abîme au courant de ma grosse plume. Ce que je vous dis plus facilement, c'est que le Livre de Monelle m'a donné une joie rare, spéciale, et qu'il m'a pris, ces jours-ci, les meilleures de mes heures.
Toutefois les paroles de Monelle me troublent un peu. Je ne l'entends pas toujours. Elle m'échappe deux ou trois fois, et je lui en veux. Je lui ai donné quelques coups de crayon d'une main fâchée. Je tacherai de revenir sur cette impression d'agacement. Une causerie avec vous m'y aidera. Je suis plus à mon aise au milieu de ses sœurs, qui toutes tiennent de l'oiseau, de la fleur et et de la petite fille que nous avons aimée. Je les admire d'autant plus que, sur la fin, Monelle prendra encore plaisir à se dérober, à éviter ma pince, à mériter les bleus de mon crayon.
En résumé, votre livre est si ténu, si peu appuyé, que je l'abîme au courant de ma grosse plume. Ce que je vous dis plus facilement, c'est que le Livre de Monelle m'a donné une joie rare, spéciale, et qu'il m'a pris, ces jours-ci, les meilleures de mes heures.
dimanche 1 mars 2015
Journal du 1er mars 1905
Enterrement de Schwob. Pourquoi les hommes de lettres ne font-ils pas, de leur vivant, les discours qu'ils désirent entendre après leur mort? Çà leur prendrait cinq minutes de leur vie, avant la mort.
A cause de Villon, il habitait rue Saint-Louis-en-l'île. Quelqu'un demanda à un fruitier de cette rue:
- Qui emmène-t-on?
- Un poète, dit le fruitier.
Ce qui résume assez mal Schwob.
M. Croiset fait un discours banal, mais le son de voix fait aimer ce vieux professeur.
Inquiétude d'avoir un chapeau melon; il est vrai que Jarry a une casquette garnie de poils.
Près de la tombe, le Chinois de Schwob, habillé en civil.
Georges Hugo, l'air déjà, d'un vieux beau qui serait maladroit à se faire une tête.
Dans un caveau provisoire on descend Schwob. Il descend, il descend jusque dans l'autre monde.
" Faites-moi un bout de conduite: ça me sera très agréable, mais je vous en supplie, ne restez pas découverts si vous avez peur d'attraper un rhume. S'il fait beau, n'apportez pas vos parapluies. Des couronnes? Enfin, soit, s'il y en a de laurier.
Et puis, ne prenez donc pas ces airs tristes qui vous enlaidissent! Prenez garde de me ressembler.
Et puis, ne dites donc pas que j'ai toutes les qualités! vous savez bien que non, mieux que moi. Surtout, ne dites donc pas que j'avais bon caractère. D'avoir bon caractère, ce n'est pas une vertu: c'est le vice éternel, et vous bien combien je détestais qu'on m’embêtât. Soyez émus, si vous pouvez, quelques-uns. que les autres soient souriants et spirituels."
Et pourquoi n'applaudit-on pas à un discours funèbre? Ça ne gênerait pas le mort qui est sourd, et ça ferait bien plaisir à l'orateur qui ne sait que faire de ses feuilles manuscrites quand le voisin lui rend son chapeau.
mardi 16 décembre 2014
Journal du 16 décembre 1891
Je note que Barrès n'entretient que les amis qui peuvent lui être utiles. Je lui ai présenté Schwob, je l'ai fait dîner avec Schwob, ici, et, comme Schwob est directeur du Supplément de l’Écho, la suite se devine.
dimanche 20 juillet 2014
Journal du 20 juillet 1892
Le Racine sur la table de Verlaine.
"- Un matin, dit Schwob, je suis allé chez Verlaine, dans une auberge borgne. Inutile de vous la décrire. Je pousse la porte. Il y avait un lit moitié bois, moitié fer, un pot de chambre en fer plein de choses, et ça sentait mauvais. Verlaine était couché. On voyait des mèches de cheveux, de barbe, et un peu de la peau de son visage, de la cire d'un vilain jaune, gâtée.
- vous êtes malade, Maître?
- Hou! Hou!
- Vous êtes rentré tard, Maître?
- Hou! Hou!
Sa figure s'est retournée. J'ai vu toute la boule de cire dont un morceau, enduit de boue, la mâchoire inférieure, menaçait de se détacher.
Verlaine m'a tendu un bout de doigt. Il était tout habillé. Ses souliers sales sortaient des draps. Il s'est retourné contre le mur, avec ses Hou! Hou!
Sur la table de nuit il y avait un livre: c'était un Racine."
vendredi 18 avril 2014
Journal du 18 avril 1893
- Comment trouvez-vous Peints par eux-mêmes?
- J'aime mieux les Liaisons dangereuses, dit Schwob.
- Mais vous avez écrit une belle lettre à Paul Hervieu.
- Oui.
- Alors, dis-je, ce que vous avez écrit, et rien...
- Çà dépend.
-Oui! On ne sait jamais.
- J'aime mieux les Liaisons dangereuses, dit Schwob.
- Mais vous avez écrit une belle lettre à Paul Hervieu.
- Oui.
- Alors, dis-je, ce que vous avez écrit, et rien...
- Çà dépend.
-Oui! On ne sait jamais.
samedi 5 avril 2014
Journal du 5 avril 1894
Quelques-uns, Marcel Schwob, par exemple, aiment les écrivains étrangers quels qu'ils soient, par goût du dépaysement. Moi, je me défie d'eux, par goût de mon intérieur. Pour que je leur trouve quelque talent, il faut qu'il en aient le double. J'ai lu du Mark Twain, hier, pour la première fois. Cela me paraît fort inférieur à ce qu'écrit notre Allais; et puis, c'est trop long. Je ne supporte que l'indication d'une plaisanterie. Ne nous rasez pas! Et puis, il y a la traduction, ce crime des gens malhonnêtes qui, ne connaissant ni l'une ni l'autre langue, entreprennent avec audace de remplacer l'une par l'autre.
lundi 7 octobre 2013
Journal du 7 octobre 1891
Schwob: "Oui, publiez L'Ecornifleur. On vous attend. Tout le monde prétend que vous manquez d'haleine. Rosny me disait ce soir: "Oui, sa supériorité dans les petites choses est incontestable, mais il faudrait le voir dans les grosses."
Capus: " Pourquoi voulez-vous qu''Ollendorf refuse L'Ecornifleur! Il publie un volume par jour. Est-ce qu'on a jamais vu un éditeur refuser un livre?
vendredi 7 juin 2013
Journal du 7 juin 1902
Tristan admire l'intelligence de Schwob. Lui, intelligent, est-ce bien sûr?
Le talent de Schwob, c'est une mixture de vins, ce n'est pas un vin. Je me moque de cette intelligence. Tous ses contes, il les a empruntés.
Il a traduit Hamlet et Francesca de Rimini. Il a un style de traducteur exact.
Le talent de Schwob, c'est une mixture de vins, ce n'est pas un vin. Je me moque de cette intelligence. Tous ses contes, il les a empruntés.
Il a traduit Hamlet et Francesca de Rimini. Il a un style de traducteur exact.
Pas d'esprit. La préoccupation de savoir des choses que personne ne sait. La mauvaise humeur d'un artiste qui n'a jamais rien trouvé tout seul. Une affectation à ne lire que le livre qui est sale et vieux.
Une âme et un esprit de vieille femme.
Un homme à vous dire:" Êtes-vous content d'avoir sur moi la supériorité de m'avoir prêté cent sous?"
Il me ferait regretter de n'avoir pas été antisémite.
dimanche 3 mars 2013
Génèse de la "Demande" 1/3
Une pièce de Jules Renard
Deux ans, presque jour pour jour, après la mort de Jules Renard, Poil de Carotte fait son entrée à la Comédie-Française: en honorant la mémoire d'un de nos écrivais les plus regrettés, la maison de Molière se fait, du même coup, grand honneur.
Il est entendu que Poil de Carotte reste et restera le chef d’œuvre de l'auteur de ces Histoires naturelles qui sont si vite devenues un classiques!
Le Plaisir de rompre, Le Pain de ménage, Monsieur Vernet et La Bigote semblent, avec Poil de Carotte, résumer tout l'effort dramatique de Jules Renard. Dans la nomenclature qu'il plaçait, selon l'usage, en tête de ses livres, il n'en figure, en efet, pas d'autre.
Pourtant, il y en a une autre; et cette autre, c'est La Demande, qui fut sa première manifestation au théâtre et dont voici l'histoire:
En 1892, le secrétaire de la rédaction de l'hebdomadaire Art et Critique, de Jean Jullien, consacrait dans cette revue, quelques lignes de chaleureux éloge à l’Écornifleur, qui venait de paraître. Touché du procédé, Jules Renard voulut faire la connaissance du signataire de l'article.
Quelques jours après, notre ami commun Marcel Schwob nous présentait l'un à l'autre et Renard m'offrait un des exemplaires, déjà très rares à ce moment, de ses Sourires pincés.
Il y a, là dedans, le roman navrant d'une pauvre laideronne de village qui, sur la foi des arrangements de son père (un fermier cossu), se croit, enfin, demandée en mariage, et s'aperçoit - après une manière de repas de fiançailles au cours duquel le prétendu ne lui a pas adressé une parole de tendresse - que c'est sa jolie sœur cadette que le galant recherchait...
Vivement frappé par cette émouvante figure de sacrifiée, en qui je trouvais comme une première ébauche de Poil de Carotte, je dis à Renard, dès notre première rencontre:
- Il y a dans La Demande matière à un acte très intéressant: voulez-vous m'autorisez à l'en tirer?
- C'est que, répondit Renard, je l'ai déjà fait moi-même.
Suite demain.
(Georges Docquois, Le Figaro, 27 mai 1912.)
vendredi 1 mars 2013
Jules Renard critique littéraire
Le Roman en
France pendant le XIXe siècle
par Eugène
Gilbert (Plon).
La
plus amusante façon, je crois, de lire ce relevé de la littérature romanesque
en France au XIXe siècle, c'est de parcourir la table, de choisir un nom et de
se reporter au texte. A la fin, tout y passe, et, le livre feuilleté comme un
album, il faut savoir gré à M. E. Gilbert :
1° D'admirer notre littérature, et d'aimer presque tous ses littérateurs. M. Gilbert n'a pas la dent dure. Il ne se fâche contre Rachilde, par exemple, qu'au nom de la morale. Ça ne froisse personne.
2° D'être souvent mieux informé que nous. Il cite comme des inséparables Lavedan, Gyp, Hervieu et M. Rabuson. Je connais les trois premiers, d'un bout à l'autre. Je piocherai le dernier.
3° De rester de bonne foi, quand il est moins bien informé. Et je suis sûr qu'il ne tardera guère à tirer Marcel Schwob « des cohortes de l'armée psychologique » pour le mettre à part, dans son cœur, très haut. De même, s'il avait lu Le et non La Vierge d'Alfred Vallette, ils lui accorderait une pleine page de gratitude.
4° De multiplier les divisions et les subdivisions, en sorte que chaque auteur classé, s'il se trouve mal du genre d'espèce auquel il appartient, sait ce qu'il doit écrire pour permuter.
5° D'avoir osé, patiemment, cette minutieuse revue littéraire dont le détail échappe à nos critiques si riches d'idées générales qu'ils n'ont que faire d'idées personnelles.
6° D'avoir parlé des « jeunes » qui n’avoue pas encore cinquante ans d'âge et vingt-cinq de service.
7° Et d'avoir cédé, dans sa conclusion, la parole à M. Marcel Prévost, ce qui laisse à tout le monde le droit de la reprendre, pour ne rien dire, d'ailleurs, de plus définitif.
1° D'admirer notre littérature, et d'aimer presque tous ses littérateurs. M. Gilbert n'a pas la dent dure. Il ne se fâche contre Rachilde, par exemple, qu'au nom de la morale. Ça ne froisse personne.
2° D'être souvent mieux informé que nous. Il cite comme des inséparables Lavedan, Gyp, Hervieu et M. Rabuson. Je connais les trois premiers, d'un bout à l'autre. Je piocherai le dernier.
3° De rester de bonne foi, quand il est moins bien informé. Et je suis sûr qu'il ne tardera guère à tirer Marcel Schwob « des cohortes de l'armée psychologique » pour le mettre à part, dans son cœur, très haut. De même, s'il avait lu Le et non La Vierge d'Alfred Vallette, ils lui accorderait une pleine page de gratitude.
4° De multiplier les divisions et les subdivisions, en sorte que chaque auteur classé, s'il se trouve mal du genre d'espèce auquel il appartient, sait ce qu'il doit écrire pour permuter.
5° D'avoir osé, patiemment, cette minutieuse revue littéraire dont le détail échappe à nos critiques si riches d'idées générales qu'ils n'ont que faire d'idées personnelles.
6° D'avoir parlé des « jeunes » qui n’avoue pas encore cinquante ans d'âge et vingt-cinq de service.
7° Et d'avoir cédé, dans sa conclusion, la parole à M. Marcel Prévost, ce qui laisse à tout le monde le droit de la reprendre, pour ne rien dire, d'ailleurs, de plus définitif.
(Jules Renard, Les Livres, Mercure de France, février 1896.)
mercredi 27 février 2013
vendredi 15 février 2013
Jules Renard vu par Han Ryner 2/3
Sur Jules Renard et sur Vigny
Suite d'hier.
Il n'est pas question de prendre pour argent comptant tout ce que peux écrire Jules Renard. Ni ce que peut, dans l'occasion, écrire Jules Renard révisionniste de Jules Renard, si l'on peut dire. Mais que de souffrance se cache derrière l'aigreur ou le dépit. "Un auteur dont le livre vient de paraître est un pauvre con stupide" écrit-il le 19 novembre 1908 à Edmond Sée. Et, au même, le 4 février 1909, il donnera ce conseil: "N'oubliez pas que vous ne serez jugé que par des cons." Il y a une sacrée part de vérité tant dans l'observation que dans le conseil, si dans un cas comme dans l'autre il faut se garder de généraliser. Un des plus méchants coup de patte de Renard est celui-ci, du 7 juin 1902: "Il me ferait regretter de ne pas avoir été antisémite." Il, c'est son ex-ami Marcel Schwob. Lorsque Schwob mourra, en 1905, il n'assistera à ses obsèques que pour rencontrer des confrères. C'est poussé par le même conformisme étudié qu’en 1909 il se rendra à l'enterrement de Catulle Mendès, autre juif qu'en fait Jules Renard a toujours méprisé. À la mort de Mendès, écrasé par un train, il ne lui ménage aucune petite méchanceté. "Pourquoi sa mort m'attristerait-elle, confesse-t-il sans détour: je lui fus toujours indifférent."
Humaniste à l'ironie grinçante, voire perfide, Jules Renard ne voyait dans les foules qui iront au cinématographe qu'un public vulgaire. C'était bien vu, cette fois encore.
Mais avec son caractère tout renardien, trop de ses bons et grands amis (Tristan Bernard, Léon Blum, Alfred Capus, Léon Daudet, Lucien Descaves, Marguerite Moreno, Maurice Pottecher, Rachilde, Ernest Raynaud, Marcel Schwob...) se trouveront un jour ou l'autre reléguée à une place beaucoup moins intime. Car le rouquin est tout susceptibilité. Aux noms que nous venons de citer, il faudrait en ajouter quelques-uns, ainsi que ceux de Romain Coolus, Louis Dumur, Léo d'Orfer, et aussi les Rostand, Edmond, Rosemonde et Maurice. Le nivernais Jules Renard a bel et bien appartenu au Tout Paris littéraire.
(Han Ryner, Les Messages de Psychodore, n°53, novembre 1992)
(Han Ryner, Les Messages de Psychodore, n°53, novembre 1992)
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