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jeudi 30 avril 2015

Actualité littéraire

Fous de Rimbaud.
Une manière de mieux connaître un personnage illustre dont on sait presque tout: Rencontrer et parler à ceux qui l'adorent. C'est l'idée de Jean-Michel Djian adaptée à Rimbaud, qui a interviewé ses biographes, essayistes, maniaques passionnés... Cela donne les Rimbaldolâtres. A paraître le 27 mai chez Grasset.
(Le Figaro littéraire, jeudi 23 avril 2015, p. 5)

lundi 20 avril 2015

Intermède

Comme je descendais des fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs:
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants....
(Arthur Rimbaud, Le bateau ivre.)

jeudi 8 novembre 2012

L'homme ligoté

Suite d'hier.
Pourtant, à la source de cette affreuse image, on devine  comme une appréhension immédiate d'une certaine nature. Il y a en effet quelque chose de nauséabond dans l'existence en plein soleil de buissons poussiéreux et tout poisseux de sève.
Ces plantes attiédies sont déjà des tisanes, et pourtant toutes les poussières blanches de l'été coagulent sur elles. C'est ce qu'un Francis Ponge, de nos jours, rendrait admirablement. La tentative de Renard avorte, au contraire, avant même qu'il se soit rendu compte de ce qu'il voulait faire, parce qu'elle est viciée à la base. il eût fallu se perdre, aborder seul l'objet. Mais Renard ne se perd jamais. Voyez-le courir après le ruban rouge, pleurer d'émotion quand enfin on le lui donne: il peut bien s'évader par instants vers l'imaginaire, il faut à cet homme là la protection de la science et de tout l'appareil social.
S'il avait refusé l'évasion, comme Rimbaud, s'il s'en était pris directement à la prétendue "réalité", s'il  en avait fait éclater les cadres bourgeois et scientistes, il eût peut-être atteint l'immédiat proustien ou le surréel du Paysan de Paris, il eût peut-être deviné cette "substance" que Rilke ou Hofmannsthal cherchaient derrière les choses. Mais il n'a pas même su ce qu'il cherchait; et s'il est à l'origine de la littérature moderne, c'est pour avoir eu le pressentiment vague d'un domaine qu'il s'est interdit.
A suivre.
(Jean-Paul Sartre, Situations I, Gallimard, 1947.)

dimanche 17 juin 2012

Poésie, humour noir ou prémonition ?

À l'initiative d'une association hollandaise, Tegen Beeld, un mur de 90 mètres de long abritant la Direction générale des impôts de la capitale, rue Férou (6e), accueille le Bateau ivre d'Arthur Rimbaud. "Comme je descendais des Fleuves impassibles,/Je ne me sentis plus guidé par les haleurs:/ Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,/Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs…"
 
 

Ce mur a été inauguré le 14 juin 2012. Le choix de cet emplacement a été dicté par la proximité du restaurant Denogeant aujourd'hui disparu où Rimbaud a lu pour la première fois son poème, en 1871, à un dîner des Vilains Bonhommes.
T.J.