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lundi 17 mars 2014

Actualité culturelle

 Van Gogh / Artaud. Le suicidé de la société


Quelques jours avant l'ouverture d'une rétrospective Van Gogh à Paris en 1947, le galeriste Pierre Loeb suggéra à Antonin Artaud (1896-1948) d'écrire un texte sur le peintre.
Prenant le contrepied de la thèse de l'aliénation, Artaud s'attacha à démontrer comment la lucidité supérieure de Van Gogh gênait les consciences ordinaires. En voulant l'empêcher d'émettre "d'insupportables vérités", ceux que sa peinture dérangeait le poussèrent au suicide.
En s'appuyant sur les catégories ou les désignations singulières mises en avant par Artaud dans Van Gogh le suicidé de la société, le parcours de l'exposition se déroule à travers une quarantaine de tableaux, un choix de dessins et de lettres de Van Gogh ainsi qu'une sélection d’œuvres graphiques du poète-dessinateur.
Lecture dans l'exposition, tous les jeudis entre 19h et 20h30, du Suicidé de la société d'Antonin Artaud par Jean-Luc Debattice, comédien.
(Musée d'Orsay, du 11 mars au 6 juillet 2014.)
Jules Renard, "aveugle à la peinture" ne serait pas allé visiter l'exposition.

lundi 17 février 2014

Actualité culturelle

Jules Renard était " sourd à la musique et aveugle à la peinture". Tant pis pour lui.
L'exposition "Les Impressionnistes en privé" au musée Marmottan, réunit une centaine d’œuvres de Monet, Renoir, Pissaro, Sisley et d'autres, venues de collections particulières.
On n'a jamais vu ces chefs-d’œuvre.
On ne pensait pas qu'il existait encore tant de chefs-d’œuvre de l’impressionnisme qui avaient échappé au musée d'Orsay et à tant d'autres grandes institutions américaines et européennes. Des Monet, Renoir, Degas, Manet, Cézanne, Boudin, Caillebotte, Pissaro, invisibles jusqu'alors, appartenant certes au Patrimoine mondial de l'humanité mais surtout à de riches collectionneurs, qui les admirent dans leur petit musée personnel, entre le canapé et la table du salon, loin des regards de la foule. Ce sont ces chefs-d’œuvre cachés qu'offre l'exposition " les Impressionnistes en privé" au musée Marmottan, à partir d’aujourd’hui.
Musée Marmottan, 2 rue Louis-Boilly (Paris XVIe), du 13 janvier au 6 juillet.  www.marmottan.fr.
 (Yves Jaeglé, Aujourd'hui en France, jeudi 13 février 2014, p. 31)

vendredi 24 mai 2013

Journal du 24 mai 1893

Gandillot, un gros, siffle en parlant, dessine, et dit:
- C'est étonnant comme c'est difficile de dessiner quand on ne sait pas!
Il fait même un peu de peinture.
- C'est rigolo, dit-il.
- Que ma bonne aille où elle voudra, dit-il encore, pourvu qu'elle ne m'emmène pas!
Il joue au jacquet et compte les points avec ses doigts, comme s'il trottait sur le tapis, comme s'il passait un ruisseau sur des pierres.

mardi 26 février 2013

Jules Renard vu par Gabriel Reuillard 2/4

Courteline, cet autre classique, ne doit, comme Renard, la solidité de sa phrase qu'au plus dur en même temps qu'au plus délicat des labeurs, "pauvre bûcheur, comme il dit lui-même, en proie au mal d'un éternel mécontentement, qui fait une phrase comme on fait un train, des mots cherchés au bout des voies, amenés lentement derrière mon dos et accrochés les uns aux autres tant bien que mal".
Et comme ce naturel, comme ce prétendu naturel est artificiel. Le naturel, dit à peu près Anatole France - encore un classique! - c'est ce qui se met en dernier. Comme cette simplicité, cette apparente simplicité du style, est compliquée, fruit d'un labeur jamais achevé, d'une lente et continuelle filtration intérieure pour éliminer peu à peu les impuretés, les inutilités, les impropriétés. La construction doit être dessous, puissante et invisible, comme l'ossature d'un corps, comme le dessin derrière la peinture: "Savoir, en style, et ne jamais le laisser paraître" dit Renard. Il a une sainte horreur du faux, du convenu, de ce qui ronronne et s'étale avec du faux luxe, de la beauté incontrôlée, incontrôlable: "Ces toits débondés, écrit-il, font aimer ceux qui se retiennent, les régulateurs. N'importe quelle idée bien, ils la mettent imprudemment en cinq actes. d'une minute, ils extraient trois heures d'horloge.
"Nous ne nous sentons d'affinités qu'avec la vie. Elle est un peu médiocre et avare. Et si nous n'aimons qu'elle, nous ne la provoquons pas: nous la laissons venir à nous, et, bien des jours de suite, elle ne vient pas. Tant pis! Nous sommes trop bien pour aller au devant d'elle. Pour être des hommes de génie il ne nous manque que de regarder de près, intimement, vivre César ou Napoléon. La qualité de nos enthousiasmes, c'est d'être multipliés et brefs. "Et il écrit encore, en se déclarant" réaliste gêné par la réalité": "Des phrases courtes et claires, et un peu plates, avec ça et là, une autre phrase qui se dresse comme une fleur éclatante au milieu d'herbes d'une pâle verdure. Et surtout, pas de cette poésie qui paraît poétique comme certains nous paraissent Russes. Qu'ils soient Russes, l’œil le voit, mais il ne les lit pas, mais la bouche ne les prononce pas, c'est là surtout qu'il faut mettre un point, même sur l'i grec du mystère."
Suite demain.
(Gabriel Reuillard, Les Maîtres de la plume, avril 1929.)

jeudi 22 novembre 2012

Jules Renard vu par Franc-Nohain 2/3

Suite d'hier.
Le journaliste - Cette dernière proposition  est troublante. C'est tout le problème de la technique qu'elle pose, et résout en un sens déterminé. Mon ami J.C. Goulinata a doté peintres et amateurs d'un précieux ouvrage: La technique des peintres. Hélas! La technique des écrivains est un livre plus difficile à écrire. Il faudrait braver le ridicule, ne pas craindre d'affirmer un certain dogmatisme. Et puis les règles ne sont peut-être pas aussi "matériellement évidentes"; la matière n'a pas comme dans la peinture, une existence séparée. En littérature, l'âme et le corps vivent d'une vie confondue. N'importe, je crois qu'aujourd'hui certains écrivains se privent d'une joie bien grande en ne considérant pas le "métier littéraire" dans toute sa complexité, comme un jeu mathématique et précis. Sans doute, il n'y a pas là de chimistes pour déterminer les mélanges dangereux ou interdits, mais les lois, pour être inexprimées, n'en sont pas moins réelles. Chaque écrivain doit seulement les trouver pour son propre compte. Les retrouver fut la seule passion de Jules Renard; sa passion et sa joie quand il les retrouve toutes.
Franc-Nohain -Renard eut sur nous tous une grosse influence: Marcel Boulenger lui doit beaucoup et aussi Tristan Bernard. Jules Renard avait conscience de la valeur de son œuvre et souffrait quand elle n'était pas assez reconnue. Il aimait à nous raconter une histoire de régiment que je vais vous dire. Il riait en nous la racontant mais je crois bien qu'il riait un peu jaune. A une certaine époque de sa vie, il était allé faire une période d'instruction - ses vingt-huit jours - à Bourges. Sergent, il prenait pension à la popote des sous-officiers. le premier soir, ses camarades l'interrogèrent amicalement sur ce qu'il faisait. Sa réponse (qu'il était "homme de lettres") tomba - sans susciter aucun mouvement - au milieu de l'indifférence générale. Quelques instants après, il eut l'occasion de dire qu'il était l'ami d'Alphonse Allais... Tous alors le félicitèrent bruyamment et décrétèrent d'enthousiasme un punche d'honneur pour l'ami Alphonse Allais.
Suite demain.
(Franc-Nohain, Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 10 janvier 1925.)

mercredi 21 novembre 2012

Jules Renard vu par Franc-Nohain 1/3

Suite d'hier.
Une heure avec Franc-Nohain.
Le journaliste - Comme Jules Renard, Franc-Nohain est nivernais. Les deux écrivains  furent très liés. La politique un jour les sépara car tous les deux firent de la politique. Pas la même, naturellement. 
Franc-Nohain - - Jules Renard était fermé à tout ce qui n'était pas la littérature. Il était le vrai type de l'homme de lettres. Peinture et musique n'existaient pas pour lui. N'allez pas vous imaginer qu'il eut l’esprit étroit et incapable de comprendre les arts qu'il ne pratiquait point. Il n'avait pas le temps, tout simplement. Il ne se reconnaissait pas le droit de voler du temps à son œuvre. Quand on travaille pour l'éternité, il faut avoir le courage de choisir et de suivre la voie étroite. Renard avait eu l'atroce courage de se limiter pour s'approfondir. il voulait être un maître. Il le serait devenu. Quel dommage qu'il soit mort si jeune! Il aurait aujourd’hui une situation considérable et il en serait bien heureux. 
Quand il nous a été enlevé, il arrivait à la pleine maturité de son talent et il nous eût encore donné de nombreuses œuvres, riches de substances. Ce qu'il a eut le temps d'écrire suffit à lui assurer cette immortalité qu'il désirait exclusivement et de si touchante façon... Il y a peu d'exemples dans notre littérature d’œuvres qui, aussi rapidement, aussi naturellement, se soient classées à la juste place qui leur revient et d'où rien - chacun le sent - ne pourrait les déloger.
Sans le concours d'aucun snobisme ni d'aucun fanatisme, sans l'attaque d'aucune cabale ou coterie, d'aucune école, le solitaire et farouche Jules Renard est entré, à peine mort, dans la grande famille classique... Aucun livre de lui ne peut périr. Pourquoi? Tout simplement parce qu'ils sont écrits, parce que Renard avait la passion et le sens de l'écriture.
Ainsi un peintre, son dessin, sa composition, sa conception en un mot, aura beau être géniale, s'il emploie de mauvaises couleurs, si la matière où ses intuitions prennent forme n'est pas assez durable pour en transmettre le reflet, la figure à nos petits-enfants, génie ne saurait équivaloir pour lui à immortalité.
Suite demain.
(Franc-Nohain, Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 10 janvier 1925.)

dimanche 27 mai 2012

Journal du 27 mai 1893

Il faudrait renaître une vie pour la peinture, une autre pour la musique, etc. En trois ou quatre cents ans, on pourrait peut-être se compléter.

jeudi 8 mars 2012

Jules Renard et les arts

Cher Monsieur Francis Jammes,
J'ai reçu votre lettre à la campagne. Vous m'y demandiez presque l'impossible. Je n'ai jamais regardé un tableau. je ne m'en vante pas. Tout de même, je le fais un peu exprès. Je me limite le plus que je peux, sourd à la musique, aveugle à la peinture. Je crois que nous naissons tous avec un génie diffus, dont il faut savoir se débarrasser. Rien n'est plus facile, je pense, que d'être un connaisseur dans tous les arts. Et je tâche de me résigner à un seul. [...]
Jules Renard
(Lettre à Francis Jammes, 27 octobre 1898)

mardi 21 février 2012

Journal du 21 février 1890

Ah! Tant pis pour moi! La musique m'embête. La peinture, j'en ignore, et une sculpture me ravit autant qu'une figure de cire chez un coiffeur. Encore celle-ci est-elle animée; elle semble vivre. Elle tourne lentement sur une vis, et elle soulève et abaisse, comme un président de Cour, son faux toupet avec une régularité opiniâtre.
C'est qu'il vous manque un sens, me dira-t-on. La psychologie m'avait déjà dit que je n'en ai que cinq. Un sens de plus, un de moins, qu'importe, pourvu qu'il me reste le bon!