Jules RENARD. Bucoliques. Paris, Ollendorff, 1898. In-12, maroquin brun, premier plat orné d'une grande plaque en cuir repoussé.
Lot 250
Estimation : 800 / 1 000 €
PIASA, 118 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 8.
Mardi 17 mars 15 h.
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mercredi 11 mars 2015
mercredi 30 janvier 2013
Les sabots
Non, non, je ne suis pas venu à Paris en sabots, mais c'est en sabots que j'ai quitté mon village.
Depuis longtemps je voulais gagner ma vie à Paris.
Depuis longtemps je voulais gagner ma vie à Paris.
Ma mère s'opposait à mon départ et elle me surveillait, car j'étais capable de me sauver sans sa permission.
Chaque matin, comme je me levais avant elle, ma mère m'écoutait marcher. Si elle entendait mes sabots, elle se disait: "Il ne peut pas aller loin." Si elle entendait mes souliers, elle me disait de son lit, inquiète: "Où vas-tu, avec tes souliers? ce n'est ni jour de fête, ni jour de foire." Je répondais: "Maman, je vais à la charrue, et j'ai pris mes souliers parce que la pluie tombe et que ça patouillera dans les champs."
Et je n'osais plus partir.
Mais un matin, je suis sorti de la maison, ma paire de souliers sous le bras, en faisant beaucoup de bruit avec mes sabots.
Chaque matin, comme je me levais avant elle, ma mère m'écoutait marcher. Si elle entendait mes sabots, elle se disait: "Il ne peut pas aller loin." Si elle entendait mes souliers, elle me disait de son lit, inquiète: "Où vas-tu, avec tes souliers? ce n'est ni jour de fête, ni jour de foire." Je répondais: "Maman, je vais à la charrue, et j'ai pris mes souliers parce que la pluie tombe et que ça patouillera dans les champs."
Et je n'osais plus partir.
Mais un matin, je suis sorti de la maison, ma paire de souliers sous le bras, en faisant beaucoup de bruit avec mes sabots.
À quelque distance du village, par-dessus la haie du petit pré qui est à ma mère, j'ai jeté les sabots, comme un adieu, j'ai mis mes souliers, et j'ai continué ma route vers Paris.
Quand ma mère amena sa vache au pré, elle trouva mes sabots.
D'abord elle ne comprit pas, elle m'appela; elle revint à la maison; elle chercha mes souliers, et lasse de chercher, elle s'assit au coin de la cheminée pour pleurer tout son soûl.
(Jules Renard, Bucoliques.)
Quand ma mère amena sa vache au pré, elle trouva mes sabots.
D'abord elle ne comprit pas, elle m'appela; elle revint à la maison; elle chercha mes souliers, et lasse de chercher, elle s'assit au coin de la cheminée pour pleurer tout son soûl.
(Jules Renard, Bucoliques.)
samedi 26 janvier 2013
Les Bucoliques vues par Léon Blum
Un livre de Jules Renard
Une préface grave et entière où je goûte avec amour le ton perdu des moralistes, la foi religieuse dans le travail, la fierté d'écrire, la vertu d'une conscience difficile: classicisme, optimisme et jansénisme. Des mots et des traits d'enfant, menus, précieux ou profonds. Des paysages concentrés et forts. Des portraits que je ne peux comparer qu'aux plus achevés de La Bruyère, Le Mangeur de prunes; le Collectionneur d'estampes, ou Diphile, l'amateur d'oiseaux, - des portraits dont on suit lentement l'étude et le progrès, qui livrent peu à peu des physionomies achevées touche à touche, où chaque état ne révèle souvent qu'une seule forme caractéristique, un unique détail nouveau, une courte phrase révélatrice, et qui accusent leur vie et leur singularité par une sorte de juxtaposition nécessaire. Voilà ce que je veux signaler dans les Bucoliques, la dernière œuvre de M. Jules Renard.Il en faudrait parler avec plus de minutie; je ne connais pas de livres où le sentiment d'ensemble soit plus nécessairement le résultat, l'addition grossie des impressions de détail. Et je sens aussi que pour juger M. Renard il faudrait donner au critique des moyens et des termes qui lui manquent. J'employais la langue des graveurs ou des peintres, et ce n'était pas une affectation. Voit-on personne chez qui le talent s'allie plus étroitement avec la manière, la pensée avec la matière, et les sentiments avec les mots?
S'il faut résumer mon jugement en une formule, je dirai pourtant que les Bucoliques sont l’œuvre d'une sorte de réalisme lyrique.
(Léon Blum, La Revue blanche, n°121, 15 juin 1898.)
mardi 25 septembre 2012
Jules Renard vu par René Boylesve 1/3
L'art de jules Renard
Il faut, pour bien goûter Jules Renard, consentir à admettre une littérature qui est l’antipode de notre romantisme, une littérature sans geste, sans "drapés" et sans cris, où tout se passe à l'intérieur. Jules Renard dans ses plus fortes pages, est l'auteur le moins propre à piquer la curiosité superficielle et le plus sûrement destiné à retenir l'intérêt profond et durable. Ce n'est que moelle. On peut dire aussi que c'est de la littérature "d'homme"; avant tout, point de mensonges et point de mollesse. Il a écrit lui-même dès ses débuts: "Et, surtout, il ne faut jamais tricher." C'est de la littérature de témoin, sous la foi du serment.Jules Renard est surtout connu par Poil de Carotte, sorte de tragi-comédie où l'amertume et le rire sont si étroitement mêlés qu'elle étonne, comme une œuvre sans pareille; et par ses Histoires Naturelles qui, si je suis bien informé, sont apprises par cœur dans les écoles, avec les fables de La Fontaine. La profusion d'images d'éclatantes couleur - à mon gré, parfois trop satisfaites d'elles-mêmes - dont le style de ce dernier livre est tout entier composé a procuré un si vif agrément chez les lecteurs de tout âge et de toute condition qu'une renommée quasi populaire a salué Jules Renard comme un de nos plus brillants humoristes. Quoique ce titre n'ait rien qui dépare, il ne semble pas juste dans le cas présent, et il offre le danger d’exalter les paillettes d'un très riche talent au détriment de l'âpre génie du poète qui a écrit le Vigneron dans sa vigne, les Bucoliques et Ragotte.
Suite demain.
(René Boylesve, Les Annales politiques et littéraires, 29 mai 1910)
mardi 12 juin 2012
Berthe
La famille a fait avec Berthe un long voyage, et vu des tas de villes, de plaines, de montagnes, de fleuves, de merveilles.
Chacun raconte ses souvenirs.
Berthe laisse parler et quand on a fini:
"Moi, dit-elle, j'ai vu un joli petit chien."
Jules Renard, Bucoliques.
samedi 9 juin 2012
Berthe 〆
Berthe se hausse sur la pointe des pieds contre le mur et réussit à glisser une lettre dans la boite.
Puis elle attend.
"Crois-tu, me dit-elle enfin, que la lettre est déjà un petit peu loin?"
(Jules Renard, Bucoliques)
jeudi 31 mai 2012
Effets de lune
Le soir, si je sens que la lune monte derrière moi, à pas de loup, vite je me retourne et je la regarde en face. C'est plus prudent. Et je voudrais, comme je la regarde, que quelqu'un me lût, dans l'ombre, des détails précis sur elle. Au cœur d'un ignorant, le mystère de la lune fait mal. elle est le désespoir du poète qui ne peut en dire quelque chose de neuf.
Jules Renard, Bucoliques.
lundi 21 mai 2012
À propos de Berthe
Elle avait un petit chat qui toussait tant qu'il est mort.
On lui en donne un autre, et voilà qu'il se met encore à tousser.
"C'est peut-être le même", dit Berthe.
(Jules Renard, Bucoliques).
mercredi 18 janvier 2012
Épigraphe
Épigraphe choisie par Jules Renard pour la première édition des Bucoliques:
"Il faut en France beaucoup de fermeté, et une grande étendue d'esprit pour se passer des charges et des emplois, et consentir ainsi à demeurer chez soi et à ne rien faire. Personne presque n'a assez de mérite pour jouer ce rôle avec dignité, ni assez de fonds pour remplir le vide du temps, sans ce que le vulgaire appelle des affaires. Il ne manque cependant à l'oisiveté du sage qu'un meilleur nom, et que méditer, parler, lire et être tranquille, s'appelât travailler." La Bruyère
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