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vendredi 16 mai 2014

La Bigote

Odéon - 21 octobre (1909).
Les Émigrants, trois actes de Charles-Henry Hirsch accompagnés  de La Bigote, deux actes de Jules Renard. Ce spectacle d'une qualité littéraire inusitée est fort applaudi.
(André Antoine, Le Théâtre, T.II., Les Éditions de France; p. 55.)

lundi 30 septembre 2013

Jules Renard : La Bigote acte 1

La Bigote, dernière pièce en 2 actes écrite par Jules Renard, peu de temps avant son décès, n'est plus jouée depuis longtemps. Nous exhumons pour les lecteurs de ce blog cette interprétation exceptionnelle présentée par la compagnie " Quoi qu'On en d'Ise…" à St Erblon (35).

Aujourd'hui l'acte 1, demain L'acte 2.
La Bigote, acte 1:



mercredi 20 mars 2013

"La Bigote" vue par Louis Nazzi

La Bigote vient de paraître en librairie. 
Cela s'est fait sans bruit, tout simplement, un jour de ce printemps-ci, parmi le grand labeur muet des forces naturelles, comme un bourgeon éclate au faîte de la plus haute blanche. Rien n'a annoncé cette naissance, ni la manchette des fiévreux quotidiens, ni "la vie littéraire" des revues graves et pesantes. L'importante nouvelle n'a pas été baladée par la ville, à dos d'hommes. Les affiches lumineuses, qui éclaboussent de clarté  rougeoyante les ardentes nuits parisiennes, les mots de feu, aux balcons du boulevard et jusqu'aux mansardes, n'en ont rien dit... Et pourtant, la Bigote est une comédie simple, pleine, nécessaire, lentement venue à point, comme un beau fruit. Il vient de pousser encore un chef d-œuvre à notre littérature française toujours verdoyante. Le fait vaut bien qu'on s'arrête un instant et qu'on lève la tête. combien d'années va t-il falloir attendre, à présent?
J'imagine que dans un temps lointain, alors que nous ne serons plus, pour ceux qui vivront, que le "commencement du XXe siècle" et, dans l'Histoire, une dalle morne avec un chiffre dessus, j'imagine que deux élèves-bacheliers, rentrant à la maison, diront ceci, à peu près en ces termes: 
- J'ai un devoir de math à faire... Et toi?
- Moi: il faut que je compare Tartuffe et La Bigotte... C'est la barbe!...
Et ce charmant  hommage d'irrespect d'un gamin de l'avenir, Jules Renard sera l'un des rares écrivains de ce temps-ci à le connaître. La vraie gloire littéraire, c'est de désespérer les collégiens et les divertir, plus tard, quand ils seront des hommes. Jules Renard n'y manquera pas. [...]
(Louis Nazi, Cœmedia, 21 mai 1910.)

mardi 22 janvier 2013

Sur Jules Renard 1/2

 Jules Renard
L'Action française sous la signature de Rivarol (alias Léon Daudet) publie l'élogieuse appréciation suivante du talent de notre compatriote d'adoption, le regretté Jules Renard:
Le remarquable écrivain qui vient de mourir prématurément, hier matin, après une maladie de trois mois, était parvenu au grand public sans réclame ni publicité d'aucun genre, et c'est déjà là, à notre époque, une forte originalité.
Son premier ouvrage, Crime de village, passa inaperçu. Mais le second, Sourires pincés, tint les promesses de son titre et révéla un prosateur minutieux, précis, amer, de la lignée de Jules Vallès, avec quelque chose d'encore plus net et pénétrant dans le trait.
Avec Poil de Carotte, petit Jacques Vingtras rustique, la réputation de Jules Renard fut fondée dans les milieux littéraires, et elle devait de là se répandre un peu partout. On lui doit d'admirables Histoires naturelles d'un tour classique qui l'apparentent à la fois aux maître hollandais (Ver Meer, Terburg, Pierre de Hoogel) et aux malicieux conteurs du seizième siècle.
Sa verve était courte mais dure.  Il avait spontanément le sens du théâtre et son Plaisir de rompre, joué un nombre incalculable de fois, est un chef d’œuvre d'ironie bourgeoise. Par malheur, sa Bigote, révélait en lui un anticléricalisme de bourgade, absurde et désuet, qui déparait son intelligence.
Dans ces dernières années, le talent de Jules Renard avait pris plus d'ampleurs. La manière aussi se dégageait de cette imitation de soi-même qui restreint parfois les meilleurs artistes. Ragotte et Nos frères farouches annonçaient une transformation, un éclaircissement et ouvraient des perspectives nouvelles.
Suite demain.
(Paris-Centre, (Nevers) non signé, mardi 24 mai 1910.)

vendredi 18 janvier 2013

La Bigote

"La Bigote" de M. Jules Renard à l'Odéon
Voici le thème de cette pièce: M. Lepic, maire d'une petite commune du Nivernais est un libre-penseur très fier d'être libre-penseur. Quant à sa femme elle est bigote.
Mlle Lepic est demandée en mariage par M. Paul Roland. Sa demande est agréée mais M. Lepic a le soin de lui expliquer que les bigotes sont haïssables, et que, lui, a fait particulièrement l'expérience des bigotes en vivant vingt et quelques années avec Mme Lepic.
Mlle Lepic, pour faire plaisir à son père, consent à se marier civilement, mais Mme Lepic s'adresse au curé de la paroisse qui intervient. 
La conclusion est que la vie dans le jeune ménage sera vraisemblablement celle qu'ont menée ses parents.
Tout se passe dans cette pièce en conversations ennuyeuses. M. Lepic, appelons-le M. Homais, n'a pas la verve de ce personnage de Flaubert bien que professant les mêmes opinions.
Mme Lepic peut être une de ces bigotes que les ecclésiastiques sont les premiers à fuir, mais il faut avouer que sa dévotion seule l'a peut-être aidée à supporter l'existence commune avec un raseur comme M. Lepic.
M. Renard ne l'a sans doute pas voulu mais en réalité le personnage du curé est le seul supportable.
(Paris-Centre (Nevers), 23 octobre 1909.)

samedi 5 janvier 2013

Jules Renard vu par Paris-Centre 1/2

M. Jules Renard
M. Jules Renard fut, dit L'Univers, un aussi remarquable exemple de déformation professionnelle que les Goncourt eux-mêmes, mais qui avait étudié sous de meilleurs maîtres, qui savait choisir, écrire, sinon composer, inhabile à dresser un livre, curieux et savant dans le détail comme un artiste japonais.
C'est l'homme décrit sous le nom d'Éloi et MM.Paul Reboux et Charles Muller dépeignent Eloi sur la sellette dans les termes suivants:
" Éloi est assis, courbé en avant, les poings au menton. Il plisse le visage. Son regard est fixe, ses joues contractées s'empourprent. il pousse, il ahane, il geint. Le papier se froisse dans sa main. Allons, encore un effort!... Cela va venir!... Cela vient!.. Ouf!  Et toc, un petit mot tombe de sa plume."
On conviendra que c'est bien ça. 
Jules Renard était bien l'homme de son style. son visage jaune, sans sourire,  ses traits durs, ses yeux brillants et inquiétant correspondaient à son talent d'écrivain amer, observateur, laborieux.
Ses premiers écrits avaient indiqué les qualités sérieuses qui devaient lui faire une place dans le monde des lettres. Mais c'est l’Écornifleur, c’est surtout Poil de Carotte qui l'ont rendu célèbre. Pour les gens qui recherchent encore la responsabilité morale d'un écrivain dans ses productions, ce sont de mauvais livres.
La Bigote qui n'eut pas le succès que l'auteur attendait est une œuvre de sectaire qui montre qu'un homme d'esprit abordant certains problèmes, s'il est aveuglé par l'esprit d'un simple Homais, ne parvient à écrire que des niaiseries.
Suite demain.
(Non signé, Paris-Centre, (Nevers), 25 mai 1910.)

jeudi 29 mars 2012

Témoignage de la nièce de Jules Renard

Mon grand-père était entrepreneur de travaux du chemin de fer  et c'est lui qui a construit, avec son frère, avant la guerre de 70, le fameux tunnel de Tavannes dont il a été tant parlé au sujet de la bataille de Verdun. Je savais que mon grand-père était Franc-Maçon, mais je suis bien étonnée qu'il l'ait été aussi jeune (26 ans), car à 30 ans il s'est marié à l'église, ce qui est, il me semble, incompatible. Mon grand père était, quoique d'origine paysanne, un homme très bien, intelligent et distingué, pas du tout un sectaire, et quand on le présente dans la Bigote comme un homme veule, cela donne vraiment envie de rire. il faut, du reste, que Jules Renard n'ait jamais su ce  qu'était une bigote puisqu'il affuble sa mère de ce défaut. Il avait tout simplement envie de faire une pièce contre les curés, laquelle pièce n'a eu d'ailleurs aucun succès, et il faut bien avouer qu'elle ne le méritait pas.
Je puis vous dire aussi que certaines lettres adressées à ma mère (la sœur de Jules Renard) resteront à jamais inédites; elles étaient tellement désagréables que ma mère les a détruites et cependant, à part sa femme et ses enfants, c'est bien une des rares personnes pour laquelle mon oncle avait quelque affection.
Nantes, le 17 avril 957.
(Extrait d'une lettre de Mme Capponi, nièce de Jules Renard à Léon Guichard, in Dans la vigne de Jules Renard, p. 285)