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samedi 16 février 2013

Jules Renard vu par Han Ryner 3/3

Sur Jules Renard et sur Vigny
Suite d'hier.
Il a été de son vivant, mis en musique par Maurice Ravel, été illustré par Pierre Bonnard, Henri de Toulouse-Lautrec et quelques autres, et son théâtre a été joué par Antoine, Marthe Brandès, Jeanne Chéreil, Suzanne Desprès (Mme Lugné-Poe), Firmin Gémier, Jeanne Granier, Lucien Guitry, Marthe Mellot,  Henry Meyer, Cécile Sorel, et autres Signoret. De son vivant! Et cet ex-Carolingien (Ernest Raynaud était son condisciple au lycée Charlemagne où Renard, externe libre, a suivi les cours de réthorique) a connu aussi bien Jean Jaurès que Sarah Bernhardt. Le nom de tous ses interprètes, et celui de Danièle Davyle (Mme de Saint-Hilaire), la première a avoir lu des textes du futur auteur du Plaisir de rompre, ne sont assurément pas tous passés à la postérité, mais tout de même, Antoine, Desprès, Gémier, Guitry ou Sorel, cela n'en constitue pas moins une belle carte de visite.
Mais Jules Renard était né pour être aigri et il semble dans la logique des choses que son Journal soit, en bien des passages, aussi grinçant que Mes poisons de Sainte-Beuve. À ce sujet, Maurice Toesca, qui après les biographies de Jean Paulhan, George Sand, Alphonse de Lamartine, Alfred de Musset, et Alfred de Vigny, a publié chez Albin Michel un Jules Renard en 1977, écrit justement: "Dommage que Jules Renard n'ait pu prendre connaissance des Carnets de Sainte-Beuve! Il y aurait lu cette réflexion qui s'applique à tous les hommes de lettres de tous les temps: les littérateurs français font aujourd'hui avec leur esprit ce qu'autrefois les gentilshommes français faisaient avec dans les duels avec leur épée: il s'entre-tuent". Cependant ajoute Toesca, "Jules Renard n'est pas Sainte-Beuve, et c'est à son éloge: il ne blesse pas pour le plaisir de blesser; il n'y a pas de parti une fois pour toutes pris, comme Sainte-Beuve à l'endroit de Vigny par exemple". Que Maurice Toesca ne tienne pas Sainte-Beuve en très haute estime, nous le savions depuis quelques lustres déjà. Il a raison lorsqu'il déplore que Renard n'ait pas pu prendre connaissance des Poissons beuviens. Il s'en serait assurément délectés, en disciple qui s'ignorait. Je suis moins sûr que Toesca que son modèle ne blesse jamais pour le plaisir de blesser. Quitte à s'en repentir. Sainte-Beuve il est vrai ne se repentait pas du fiel qu'il dispensait[...]
(L'article se poursuit sur Vigny.)
(Han Ryner, Les Messages de Psychodore, n°53, novembre 1992)

mercredi 25 juillet 2012

Marguerite Renard parle de Marinette

Document  inédit. La belle-fille de Jules Renard écrit à Maurice Toesca après la publication de sa biographie de Jules Renard:
Hellerup, 3 février 1977
Cher Monsieur, 
J'ai lu avec beaucoup d'attention et souvent d'émotion cette histoire que je connais si bien, approuvant ou discutant mais finalement toujours de votre avis. 
C'était amusant cette conversation à une voix, je suis sûre qu'ils ont été parfaitement heureux tous les quatre, lui un peu déçu de voir Fantec abandonner ses études littéraires.
Mais je ne suis pas sûre que le contraire, s'il avait vécu, l'aurait contenté, "La joie d'un grand homme qui devine que ses enfants ne seront rien".
Je n'ai connu Marinette qu'en 1923. Dès la mort de Jules Renard elle avait vieilli rapidement et j'avais peine à reconnaître, d'après ses anciennes photos, la grand-maman maigre à cheveux blancs un peu austère qui ne retrouvait vie qu'à travers sa fille. Donc, mariage de raison, sûrement au début: une femme utile, oui, mais nécessaire... pourquoi faire? Jules Renard n'aurait jamais supporté un autre type de femme que la sienne vraiment faite sur mesure.
Je pense souvent à la polémique soulevée au moment de la parution du Journal.
Fantec aurait souhaité qu'il paraisse 50 ans après la mort de Jules Renard pour épargner, connaissant son père, les inévitables coups de griffe. Il n'a pas eu droit au chapitre.
Bref, s'il y a eu des coupures, qu'elles qu'en soit les raisons, le Journal n'en reste pas moins le grand livre qui a servi d'ébauche à l’œuvre de Jules Renard. Et moi qui lit comme on respire j'ai envie de retrouver au fil de ces 23 années ces mélancoliques souvenirs.
Je regrette d'être depuis cinq ans, à peu près privée de l'usage de mes jambes, et de n'avoir pas eu la chance de vous rencontrer à Montfort au cours de vos travaux. J'ai réussi à passer quelques jours à Paris en novembre, ce qui m'a permis d'apporter l'album de famille rue St-Jacques où je résidais.
Un chaleureux merci de la part de la mère et de la fille pour les deux exemplaires et pour l'auteur mon bien amical souvenir.
M. J.-F. Renard   (M. = Marguerite, belle-fille de Jules Renard)
(Fonds Maurice Toesca, IMEC)

mardi 10 juillet 2012

La famille Renard vu par Maurice Bonnotte 3/3

Lettre de Maurice Bonnotte, secrétaire de la mairie de Chitry, à Maurice Toesca, auteur d'une biographie de Jules Renard:
Suite d'hier
Jane MILLAND, que j’ai interrogée sur le premier point, ne s’en étonnait nullement.  Bien qu’il ne fut pas  homme à raconter sa vie, son grand-père lui apparaît fort capable de quitter tout jeune sa famille, de très modestes cultivateurs, et d’affronter Paris. « Il y serait arrivé avec une pièce de 5 f. dans sa poche, d’après la ̋ rumeur familiale ̏ il a sans doute fréquenté les cours du soir, car son instruction lui paraissait ̋ assez poussée ̏…il parlait un français assez châtié et me reprenait lorsque je faisais des fautes. » Ni Jane Milland, ni sa sœur n’ont pu me dire avec précision comment François Renard a fait son chemin dans le métier.
Dans son livre « Dans la vigne de Jules Renard » aux P.U.F. 1966 à la page 214, Léon Guichard fournit une explication dont il n’était pas entièrement satisfait puisque, quelques temps après, il m’a demandé certaines précisions que je n’ai pu lui fournir, si ce n’est le lieu exact de la naissance de Madame Renard, Anne-Rosa Colin, c’est-à-dire NOGENT en BASSIGNY (Hte-Marne).
Il reste enfin que la carrière de François RENARD, sans doute favorisée par ce mariage, a été brève. F. Renard figurait encore sur la liste de recensement de la population de Chitry-les-Mines pour l’année 1841 comme journalier. Il s’y retirait 25 ans plus tard, rentier. Il faut croire que la construction des chemins de fer était une bonne affaire pour des entrepreneurs intelligents et sages comme F. Renard.
Je reste bien entendu à votre entière disposition et je vous prie de croire, monsieur, à mes sentiments dévoués.
Maurice Bonnotte
(Fonds Maurice Toesca, IMEC)

lundi 9 juillet 2012

La famille Renard vu par Maurice Bonnotte 2/3

Lettre de Maurice Bonnotte, secrétaire de la mairie de Chitry, à Maurice Toesca, auteur d'une biographie de Jules Renard:
Suite d'hier.
3° Aucun document, aucune relation écrite ou orale ne font état des activités exercées à ce titre par François Renard dans la région. Jane MILLAND, nièce de l’écrivain, nous dit que son grand-père a travaillé à la construction des voies ferrées du Puy de Dôme, sa sœur, Mme CAPPONI,  ajoute qu’il a participé à la construction du tunnel de TAVANNES, le ménage Renard résidant alors à Verdun.
Nous savons enfin que la construction du chemin de fer  de Laval à Caen avait amené la famille Renard à Chalons. Ensuite c’est le retour au pays, et F. Renard y vit de ses rentes.
4°  Vous souhaitez, me dites-vous, des détails qui puissent vous être utiles. Je ne sais pas sur quel point précis se porterait votre curiosité. Cependant deux faits retiennent l’attention : d’une part l’extraordinaire promotion sociale réalisée par F. Renard et d’autre part la retraite qui nous semble prématurée. 
Suite demain.

dimanche 8 juillet 2012

La famille Renard vu par Maurice Bonnotte 1/3

Lettre inédite
Lettre de Maurice Bonnotte, secrétaire de la mairie de Chitry, à Maurice Toesca, auteur d'une biographie de Jules Renard:
Le 12 novembre 1973
Monsieur,
Je me sens très honoré par votre lettre du 5 novembre. Je ne saurais trop vous mettre en garde contre l'opinion élogieuse à mon égard de Madame Reyre. Très simplement, je réponds aux questions que vous posez en consultant les documents à ma disposition: 
- Régistre des délibérations du conseil municipal.
- Actes de l'Etat-civil.
- Copie de l'acte notarié Parny.
- Tableaux de recensement de la population.
- Lettres de Mesdames Jane Milland et Madeleine Capponi.
- Correspondance Léon Guichard.
1° François Renard a été conseiller municipal à Chitry et maire de Chitry pendant cinq ans. Élu conseiller municipal au renouvellement des 1er et 8 mai 1892, il a été élu maire le 15 mai de la même année avec 6 voix sur 10. Il a tenu ce mandat jusqu'à sa mort, le 19 juin 1897.
2° L'acte de naissance de Pierre Jules Renard enregistré à Chalons (Mayenne) le 23 février 1864, la naissance est du 22 février, indique: " François Renard âgé de 39 ans, entrepreneur, demeurant au bourg".
L'acte de vente de la maison de Chitry, établi le 17 juin 1866, par Me Parny notaire à Corbigny, dit: "...ont vendu à M. François Renard, entrepreneur de travaux publics."
Suite demain.

samedi 7 juillet 2012

Poil de Carotte statufié

Document inédit. 
Lettre à Maurice Toesca, auteur d'une biographie de Jules Renard:
Clamecy le 24 février 1977
Je ne sais pas si vous avez appris que M. Robert Pouyaud excellent sculpteur de la région de Clamecy a sculpté une statue en pied de "Poil de Carotte" laquelle occupe une niche dans la cour de l'école maternelle au centre de cette ville. D'autre part la faïencerie artistique de Clamecy a conçu une statuette en biscuit, hauteur environ 0,23 cm, de Poil de Carotte, production limitée à environ 300 exemplaires.
M. Girault
(Fonds Maurice Toesca, IMEC)

jeudi 28 juin 2012

B. de Nadaillac, maire de Chitry, écrit à M. Toesca

Document inédit.
16 rue Dupont-des-Loges (7e)                          20 février 1977
Monsieur,
Le beau livre sur Jules Renard que vous avez eu l'amabilité de m'envoyer m'a passionné.
Je connaissais, au fond, bien mal l'homme dont j'ai l'honneur d'être le lointain successeur à la mairie de Chitry. L'incompréhension totale entre lui et mes grands-parents, et pas plus d'un côté que de l'autre on n'aurait imaginé faire un geste de rapprochement. Aussi, dans mon enfance, n'ai-je guère entendu parler de lui.
J'admire l'impartialité du jugement que vous portez sur lui. Après vous avoir lu, l'explication de son caractère, à la fois antipathique et attachant, apparait toute simple: blessé par la dureté de sa mère, il prend en haine tout ce à quoi elle attache de l'importance. (Et je vous sais gré de n'avoir fait, malgré la mode actuelle, qu'une allusion passagère à Freud sur ce point).
Sur sa vie conjugale irréprochable vous avez une phrase parfaitement juste, mais, au fond, accablante: il lui aura manqué d'aimer de cet amour merveilleux.
Et vous le ramenez à ce qu'il était uniquement: un homme de lettres à l'état pur, pour qui le talent et, surtout, les succès littéraires étaient les seules chose qui puissent compter.
En vous redisant combien nous avons pris plaisir à vous lire, je veux vous dire combien ma femme  et moi serions heureux de vous accueillir, moins brièvement que la première fois, si une occasion vous ramène, ainsi que Madame Toesca à Chitry.
B. de Nadaillac
(Fond Maurice Toesca, IMEC)

mercredi 27 juin 2012

Léon Guichard écrit à Maurice Toesca

Documents inédits.
12 quai Mourrier 38000 Grenoble                                9 mars 1977
Monsieur, 
Vous avez publié récemment un Jules Renard. Si vous aviez l'obligeance de m'en faire adresser un exemplaire je serais heureux d'en rendre compte soit dans la Revue d'histoire littéraire de la France, soit plus probablement dans Studi Francesi.
Veuillez agréer, je vous prie, mes sentiments les plus choisis.
Signé: Léon Guichard, responsable de l'édition des oeuvres de Jules Renard  dans la collection de la Pléiade.
* * * * * 
Le Prieuré 73610 Lépin le lac                                      21 avril 1977
Cher Monsieur,
Séjournant en Savoie depuis la fin de mars j'y attendais ce Jules Renard que vous m'aviez aimablement annoncé. Faisant hier un saut à Grenoble, j'y ai trouvé le mot d'un obligeant voisin qui le conservait pour moi. Le préposé aux paquets postaux, au lieu de le faire suivre à mon adresse de campagne et ne pouvant le faire entrer dans ma boite aux lettres, l'avait simplement déposé par terre. Mon voisin l'avait recueilli et je viens tout de suite vous remercier.
Je suis impatient de revivre la vie de Renard avec vous.
Je pars pour un colloque en Toscane, mais je l'emporte. Et ce sera mon seul livre avec moi, et je vous remercie de cette compagnie.
Veuillez agréer, je vous prie, mes sentiments les plus vifs.
Signé: Léon Guichard
(Fonds Maurice Toesca, Imec)

lundi 25 juin 2012

Marguerite Renard parle de sa belle-famille

Lettre inédite
Marguerite, belle-fille de Jules Renard, écrit à Maurice Toesca qui prépare une biographie de Jules Renard:
Montfort l'Amaury le 18 avril 1969

[...] Je n’ai été introduite dans la famille que lorsque j’ai épousé son fils en 1924 : il était mort depuis 14 ans.
Nous vivions à Pougues-les-Eaux, ma belle-mère et sa fille à Paris.
Je n’ai pratiquement pas connu ses familiers, mais fort bien par contre sa sœur, cette merveilleuse tante Amélie  qu’il était impossible d’identifier à Sœur Ernestine !
Elle avait deux filles dont l’aînée Jane morte il y a quelques années vous aurait été fort précieuse.
Elle représentait pour moi le seul lien qui me rattachait à cette famille d’adoption. Je n’avais que des rapports courtois et superficiels avec ma belle-mère qui avait reporté tout ce que son cœur contenait d’amour sur Baie.
Le beau-frère d’un premier mariage de Fantec vient de mourir à Chitry qui pouvait raconter bien des choses sur Jules Renard.
Entre ma fille et ma belle-fille, la fille du premier mariage de Fantec, que j’ai élevée, je me sens bien démunie devant celui dont nous portons le nom et auquel nous vouons sinon une affection véritable pour l’homme que nous n’avons pas connu, du moins une grande admiration pour l’écrivain qui demeure.
Je possède quelques photographies mais elles ont servi si souvent ! Enfin, je vous les montrerai un jour. Les plus précieuses sont celles que j’ai prises moi-même à Chitry en 1924, de Philippe et Ragotte.
Léon Guichard habite Grenoble mais depuis quelques années, il occupe un poste à l’Institut Français de Florence. Mais ce doit être sa dernière année et il doit apporter son manuscrit du 2° volume Pléiade chez Gallimard. Vous serait-il utile de le rencontrer ? Je vous tiendrai au courant de sa présence à Paris.
Donc voici un premier ensemble de renseignements. Téléphonez-moi le cas échéant. Je ne pense pas pouvoir aller à Paris avant une quinzaine de jours.
En attendant cette éventuelle rencontre, je vous adresse mes sentiments les plus amicaux.
M. Renard (M. = Marguerite Renard)
(Fonds Maurice Toesca, IMEC)

samedi 23 juin 2012

Marguerite Renard écrit à Maurice Toesca

Document inédit.
Hellerup                                                           18 février 1877
Cher Monsieur,
Voici l'adresse de la librairie française: D. Thomassen, Badstuestraede 6, Copenhague K.
Il y a bien longtemps que je n'ai eu le plaisir  d'arpenter les rues de Copenhague et de jeter un coup d’œil sur le magasin en question un peu à l'écart de la fameuse rue piétonne. Je crois que le choix n'est pas très important.
Il faut souvent commander les volumes. J'aime mieux faire venir de Paris par les uns ou les autres les livres convoités.
Mais je laisse la libraire française à son destin et peut-être, quand le beau temps sera revenu apercevrai-je un jour la tête familière et la silhouette rousse de Jules Renard dans la vitrine et je lui ferai un petit signe amical en pensant à vous.
M. J.- F. Renard (M. = Marguerite, belle-fille de Jules Renard)
Je n'ai pas aimé du tout le livre de P. Schneider dont j'ai reçu  quelque pages dernièrement.
(Fonds Maurice Toesca, IMEC)