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mercredi 24 février 2016

Journal du 24 février 1900

Antoine déjeune en ville. On répète à peine. Ces dames sont très préoccupées par leurs jupes. Antoine arrive. Il a bien déjeuné, on oublie de répéter. On s'assied aux fauteuils d'orchestre. Il y a là Hennique, Courteline, Gémier, Dumény, Desfontaines, et, sur la scène, trois femmes: Ellen Andrée, Maupin, Desprès, qui causent bien naturellement, assises sur un banc, comme trois commères chez elles.

mercredi 23 décembre 2015

Journal du 23 décembre 1891

Vu, chez Schwob, André Gide, l'auteur des Cahiers d'André Walter. Schwob me présente comme un entêté insupportable.
Si vous ne l'êtes pas, dit Gide d'une voix grêle, vous en avez l'air. 
C'est un imberbe, enrhumé du nez et de la gorge, mâchoires exagérées, yeux entre deux bourrelets. Il est amoureux d'Oscar Wilde, dont je vois la photographie sur la cheminée: un monsieur à la chair grasse, très distingué, imberbe aussi, qu'on a récemment découvert.
Impossible d’avoir  Courteline à dîner. Il dîne tous les soirs dans sa famille.
- Mais, dit Schwob, vous dînez tous les mardis avec Mendès.
- Mendès, c'est encore ma famille, dit Courteline.

vendredi 6 novembre 2015

Journal du 6 novembre 1894

Hier à l'Œuvre, Annabella ou Quel dommage que ce soit une prostituée! pièce de Ford, traduction de Maeterlinck, causerie de Marcel Schwob. Respiré tout de même une odeur de barbares. Mais ces incestueux parlent comme deux amants. L'inceste ne devrait être que  l'aboutissement tranquille de deux jeunesses. Si on acceptait l'inceste avec calme, le monde pourrait être refait. Rachilde furieuse parce que je trouve les acteurs au-dessous de tout. Courteline trouve que tous ces gens font bien du chichi. Léon Daudet prétend que toute l'humanité repose sur un fond louche. Maeterlinck se balance avec son air de charpentier arrivé et satisfait.  Le faune Mallarmé file avec douceur entre les couples et tremble d'être enfin compris. Le barbu Georges Hugo porte sur sa large poitrine l'étendard d'un nom illustre. Mme Willy, traînant la corde à puits de ses cheveux, regarde le doux Julia et éclate de rire. Bauër fait le taureau aussi petit que la grenouille, et mon ami Schwob, qui autrefois se rasait la tête jusqu'au sang, a maintenant sur le front un petit saule pleureur, noir, en cheveux plats, qui répond bien à l'état actuel de son âme triste.

samedi 17 octobre 2015

Journal du 17 octobre 1900

Ils ont été admirables, hier soir, à Poil de Carotte. Il voulait absolument voir ça. Il aurait l'air trop bête, là-bas, si on lui demandait: "Avez-vous vu Poil de Carotte?" et s'il répondait: "Non"
J'arrive dans la loge, les mains vaguement
Lui, rien. Elle a les yeux mouillés tendues, comme c'est l'usage. Si Marinette n'avait pas été là pour me donner la sienne...
Lui, rien. Elle a les yeux mouillés, mais parce qu'elle a vu des fantômes. Et ils rient gros aux Gaîtés de l'Escadron.
Pour les mettre sur la piste, je dis:
- Ils ont mal joué, Antoine me l'a dit.
- Non! non! dit-il. Je n'ai rien trouvé, moi.
Et elle:
-  Oh! c'est parfait.
Un peu plus tard, ils trouvent que les décors sont bien. Il affirme:
- La grille est épatante. Et la fenêtre de la cuisine! On croit y être.
- J'aimerais mieux, dit-elle, qu'Antoine ne parle pas,  parce que ça détruit mon illusion.
C'est tout, et il faut bien que je m'en contente.
Il m'explique qu'il a acheté les Gaîtés de l'Escadron en livraisons, et que, quand il veut rire un quart d'heure.. Courteline a dû faire ses cinq ans. Il faut avoir passé par là.
Et, par-dessus le marché, je paie le vestiaire.
Tout de même, la nuit passée, elle a dû avoir des remords.  Ce matin, elle dit à Marinette:
- Tu comprends? J'avais la gorge serrée. Je n'ai rien pu dire à Jules. D'ailleurs, c'est le meilleur éloge qu'on puisse lui faire.
Ainsi tâche-t-elle de se rattraper, mais elle ne tâche qu'un fois.
J'ai de sombres éclipses où la lumière se recrée.

vendredi 6 février 2015

Journal du 6 février 1902

Mendès a peur des ironistes. "Depuis leurs promesses ils n'ont rien fait qui vaille", dit-il. Mais pourquoi s'occupe-t-il de ces inexistants? Il en profite pour faire  l'éloge de Courteline, qu'il n'arrive pas à faire détester par les ironistes.

dimanche 20 octobre 2013

Journal du 20 octobre 1900

Chez Antoine. Courteline, avec une serviette pleine de vieille littérature, et ses mèches de cheveux toujours collées comme des pinceaux, gueule contre ce malfaiteur, ce cochon de Boileau qui n'a fait qu'em...bêter Corneille, contre la Société des Auteurs qui touche 11 % sur nos droits en province et étend la province jusqu'au boulevard des Capucines, contre la petite Société où l'on se partage 13 centimes entre cinquante.

lundi 14 octobre 2013

vendredi 12 avril 2013

Journal du 12 avril 1894

À la Haye, dit Courteline, les gens sont tellement propres que, quand ils ont envie de cracher, ils prennent le train pour aller cracher à la campagne.

mardi 26 février 2013

Jules Renard vu par Gabriel Reuillard 2/4

Courteline, cet autre classique, ne doit, comme Renard, la solidité de sa phrase qu'au plus dur en même temps qu'au plus délicat des labeurs, "pauvre bûcheur, comme il dit lui-même, en proie au mal d'un éternel mécontentement, qui fait une phrase comme on fait un train, des mots cherchés au bout des voies, amenés lentement derrière mon dos et accrochés les uns aux autres tant bien que mal".
Et comme ce naturel, comme ce prétendu naturel est artificiel. Le naturel, dit à peu près Anatole France - encore un classique! - c'est ce qui se met en dernier. Comme cette simplicité, cette apparente simplicité du style, est compliquée, fruit d'un labeur jamais achevé, d'une lente et continuelle filtration intérieure pour éliminer peu à peu les impuretés, les inutilités, les impropriétés. La construction doit être dessous, puissante et invisible, comme l'ossature d'un corps, comme le dessin derrière la peinture: "Savoir, en style, et ne jamais le laisser paraître" dit Renard. Il a une sainte horreur du faux, du convenu, de ce qui ronronne et s'étale avec du faux luxe, de la beauté incontrôlée, incontrôlable: "Ces toits débondés, écrit-il, font aimer ceux qui se retiennent, les régulateurs. N'importe quelle idée bien, ils la mettent imprudemment en cinq actes. d'une minute, ils extraient trois heures d'horloge.
"Nous ne nous sentons d'affinités qu'avec la vie. Elle est un peu médiocre et avare. Et si nous n'aimons qu'elle, nous ne la provoquons pas: nous la laissons venir à nous, et, bien des jours de suite, elle ne vient pas. Tant pis! Nous sommes trop bien pour aller au devant d'elle. Pour être des hommes de génie il ne nous manque que de regarder de près, intimement, vivre César ou Napoléon. La qualité de nos enthousiasmes, c'est d'être multipliés et brefs. "Et il écrit encore, en se déclarant" réaliste gêné par la réalité": "Des phrases courtes et claires, et un peu plates, avec ça et là, une autre phrase qui se dresse comme une fleur éclatante au milieu d'herbes d'une pâle verdure. Et surtout, pas de cette poésie qui paraît poétique comme certains nous paraissent Russes. Qu'ils soient Russes, l’œil le voit, mais il ne les lit pas, mais la bouche ne les prononce pas, c'est là surtout qu'il faut mettre un point, même sur l'i grec du mystère."
Suite demain.
(Gabriel Reuillard, Les Maîtres de la plume, avril 1929.)

mardi 13 novembre 2012

jeudi 12 juillet 2012

Le boulevard au temps de Jules Renard

Le livre annoncé dans le blog du 2 mars est paru :
Jean-Paul Caracalla, En remontant le boulevard, Éditions de la Table ronde, 7 €10.
Les boulevards sont aujourd'hui pour Paris ce que fut le Grand Canal à Venise", écrivait déjà Balzac. Mais c'est surtout à la Belle Époque, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, que chaque "chenal de bitume" s'épanouira au cœur de la capitale : boulevard des Italiens, "le nombril du monde", boulevards des Capucines, de la Madeleine, Beaumarchais, etc. De l'Opéra à la Bastille, de théâtres en cafés à la mode, de cinémas en restaurants, Jean-Paul Caracalla nous propose l'un de ces vagabondages littéraires dont il a le secret. Se défendant de faire œuvre d'historien, notre guide nous ramène néanmoins, avec force détails érudits et anecdotes savoureuses, dans un passé passionnant où l'on croise Guitry, Feydeau, Courteline, Jules Renard, mais aussi des comédiens, des badauds, des courtisanes, des journalistes.  

mercredi 4 juillet 2012

Une autre lettre inédite de Jules Renard

Lettre inédite.
République Française - Département de la Nièvre - Arrdt de Clamecy- Mairie de Chitry-les-Mines -
44 rue du Rocher, VIIIe
(Sans date, probablement décembre 1905)
Á Edouard Herriot
Monsieur et cher collègue,
Voulez-vous me permettre de recommander M. Montcharmont qui pose sa candidature à la direction du Théâtre des Célestins. 
Par ses qualités d'administrateur et d'homme de théâtre, M. Montcharmont est tout-à-fait digne de confiance. Son passé répond pour lui, mais je serais heureux que ce mot, lui fût, auprès de vous, de quelque utilité.
Je vous remercie et vous prie, Monsieur et cher collègue, de croire à mes sentiments les plus distingués.
Jules Renard, auteur dramatique, mairie de Chitry (Nièvre)
(Nota: 1) Le 10 décembre 1905, Georges Courteline adressait une requête identique à Edouard Herriot. 2) Lyonnais d'origine, Charles Montcharmont dirigea le Théâtre des Célestins de 1906 à 1941.)

lundi 26 mars 2012

À paraitre

Caracoler sur les boulevards
Après Montmartre, Montparnasse, Saint-Germain-des-Prés, Jean-Paul Caracalla a arpenté les Grands Boulevards, de Madeleine à la Bastille.
L'occasion de retrouver Jules Renard, Courteline, les cafés illustres et les théâtres historiques. À paraître en juin à La Table Ronde, sous le titre En remontant le boulevard.
(Figaro littéraire, jeudi 22 mars 2012)

lundi 13 février 2012

Journal du 13 février 1896

Courteline dit:
Il faut battre une femme quand il n'y a pas d'autre moyen de la faire taire. C'est très joli, de dire: "Moi, je prendrais mon chapeau, ma canne, et je m'en, irais!" Mais ça ne se passe pas ainsi. Ça va encore dans la journée. On retrouve des amis au café, on cause, on joue; mais, le soir, où aller? Moi, d'abord, je ne peux pas passer la nuit dans ces hôtels où il n'y a pas de pendules. Je veux savoir l'heure, et je ne dors pas. Et je rentre chez moi, rien que pour savoir l'heure.

dimanche 22 janvier 2012

X...roman impromptu, suite et fin

Cinq écrivains avaient publié dans un journal du matin,  un roman feuilleton qui s'appelait X...roman impromptu et qui était composé à la façon de cette figure de quadrille qu'on appelle la Boulangère, où les cavaliers changent de danseuse. 
Courteline, Jules Renard, Georges Auriol, Pierre Veber et moi, nous donnions notre feuilleton chacun notre tour, sans nous concerter. On prenait la suite, on écrivait les six colonnes, et l'on passait la main aux camarades.
Chacun de nous s'étant mis à l'ouvrage cinq fois, le roman achevé (ou à peu près terminé) fut publié en volume.
J'adressai un exemplaire à Coolus avec un sonnet qui se terminait par les vers suivants: 
C'est ton verdict que je réclame
Romain, si ta critique est exempte de blâme
Mon front calme attendra le laurier mérité.
Mais si ton jugement est cruel, je m'incline,
Et t'offre en holocauste à ta sévérité
Renard, Georges Auriol, Veber et Courteline.
(Tristan Bernard, 60 ans de lyrisme intermittent, Éditions littéraires de France, 1945.)
Demain lundi 23 janvier, Jules Renard vu par Sacha Guitry.

dimanche 15 janvier 2012

Monument Jules Renard

Le monument Jules Renard (Chitry-les-Mines). - Le sculpteur choisi pour l'exécution du monument est le statuaire nivernais Pourquet. Nous donnons ci-dessous l'état de la souscription. (Extrait).
Alapetite, résident général à Tunis, 50. - Romain Coolus, 50. - Mme et M. Maurice Pottecher, 100. - Mme Emile Zola, 50. - Romain Rolland, 20. - Courteline, 20. - Octave Mirbeau, 50. - Goujat, ancien député de la Nièvre, 10. - Henri Bachelin, 10. - Le Mercure de France, 50. - Alfred Vallette, 20. - Mme Suzanne Desprès, 50. - Alfred Athis, 50. - Maurice Le Blond, sous-préfet de Clamecy, 20. - Mme Marthe Brandès, 100. - Edmond Rostand, 300. - Thadée Natanson, 50. - Léon Blum, 50. - Robin, maire de Chitry-les-Mines, 50. - Roy Auguste, instituteur à Chitry, 10. - Sacha Guitry, 50. - Fernand Vandérem, 20. - Alexandre Natanson, 20. - Etc. Total jusqu'à ce jour...2.351, 55.
Mercure de France, 1er juin 1912, p. 667.