Affichage des articles dont le libellé est Poème. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Poème. Afficher tous les articles

samedi 23 mars 2013

Jules Renard, poème de jeunesse

Astrale
Dans le ciel vif comme une chair
Vive, le rêve au hasard rôde
Et d'astre en astre, plein de flair,
Cherche une place toute chaude

Comme en quête d'un rendez-vous,
Par le ciel vif comme une danse,
Il regarde plein de prudence
Si l'un d'eux lui fait des yeux doux.

Soudain, tandis que à son adresse
Dans l'air vif comme une caresse
Clignent des yeux, vibrent des cils,

Le rêve avec des soins subtils
Comme un ver au creux d'une prune
A fait son gîte dans la lune.
(Jules Renard, La France Littéraire, 15-30 avril 1889.)

samedi 2 mars 2013

Hirondelle

Hirondelle qui vient de la nue orageuse
Hirondelle fidèle, où vas-tu ? Dis-le-moi.
Quelle brise t’emporte, errante voyageuse ?
Écoute, je voudrais m’en aller avec toi,

Bien loin, bien loin d’ici, vers d’immenses rivages,
Vers de grands rochers nus, des grèves, des déserts,
Dans l’inconnu muet, ou bien vers d’autres âges,
Vers les astres errants qui roulent dans les airs.

Ah ! laisse-moi pleurer, pleurer, quand de tes ailes
Tu rases l’herbe verte et qu’aux profonds concerts
Des forêts et des vents tu réponds des tourelles,
Avec ta rauque voix, mon doux oiseau des mers.

Hirondelle aux yeux noirs, hirondelle, je t’aime !
Je ne sais quel écho par toi m’est apporté
Des rivages lointains ; pour vivre, loi suprême,
Il me faut, comme à toi, l’air et la liberté.
(Louise Michel)

samedi 23 février 2013

Jules Renard, poème de jeunesse

Morvandelle
Je rêve d'être sous ton corps
Une barque fragile et neuve.
Tu ne vivras qu'entre mes bords
Plus solitaire qu'une veuve.

Tu tiendras tout entière en moi;
Car ma poitrine t'a saisie
Comme une prison; j'ai pour loi
De couler à ta fantaisie.

Ma rame bat avec langueur
Sur la mesure de ton coeur.
Puis, las d'amour, j'aurais la joie

Avec un simple tour de reins
De faire voir aux riverains
Comme une maîtresse se noie!

(Jules Renard, Le Décadent, n°31, 15-31 mars 1889.)