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lundi 4 mai 2015

Journal du 4 mai 1909

Les imparfaits du subjonctif. C'est une affaire de mesure.  La beauté du style est dans sa discrétion. Il n'est pas plus ridicule de se servir de l'imparfait du subjonctif que de dire: Je fus...Je fis... Nous partîmes..." Mais il ne faut pas abuser; le passé défini nous lasse vite. De beaux parleurs ne cessent pas de s'en servir.
Tout lasse. L'image même, qui est d'un si grand secours, finit par fatiguer. Un style presque sans image serait supérieur, mais on n'y arrive qu'après des détours et des excès.
C'est ce qu'ignorent les professeurs, qui commencent par vous éteindre. Il ne faudrait s'eteindre quec sûr de retrouver l'éclat au moment voulu.
Le beau style ne devrait pas se voir.
Michelet ne fait que ça: c'est éreintant. De là, la supériorité de voltaire où de La Fontaine.  La Bruyère est trop voulu, Molière trop négligé.
Il y a des gens qui n'arrivent  à la concision qu'avec une gomme à effacer: ils suppriment des mots nécessaires.
On devrait écrire comme on respire. Un souffle harmonieux, avec ses lenteurs et ses rythmes précipités, toujours naturel, voilà le symbole du nouveau style.
On ne doit pas au lecteur que le clarté. Il faut qu'il accepte l'originalité, l'ironie, la violence, même si elles lui déplaisent.Il n'a pas le droit de les juger. On peut dire que ça ne le regarde pas.
"Je m'en rappelle, de ces matinées que j'ai passées..."En apparence, c'est presque une double faute. Il faut éviter cette apparence.

samedi 21 mars 2015

Journal du 21 mars 1890

Dit, hier soir, entre autres bêtises:
- La synthèse du naturalisme n'a pas été faite. Nous sommes à une époque de transition, et nous marchons au mysticisme et au socialisme.La Bruyère n'est pas une littérature, mais pourquoi? Si le roman avait eu de son temps la vogue qu'il a de nos jours, La Bruyère aurait mis ses Caractères en roman. Quel est l'homme  qui viendra recréer un monde? On comptait sur Rosny. Rosny  s'est et nous a trompé. Qui laissera une œuvre? On relira Madame Bovary, peut-être, et quelque chose de Balzac, mais quoi?
Du Plessys: La philosophie de Ghil? Mais Ghil confond Haeckel  et Hegel.
Vallette: Rachilde ne fait pas de pornographie. Ses livres manquent de phosphore. Elle ne fait pas titiller. Mendès ne fait pas titiller.
- Et vous, Rachilde, vous faites du sadisme, de la cruauté en amour.
Du Plessys: Raynaud est un enfant.
Marius André: Vous aimez le joli, moi, j'aime le grand. je suis encore un romantique. Ainsi, Péladan fait grand.  J'ai pris deux fois le cordon de sa sonnette sans oser le tirer. J'ai relu dix fois Monsieur de la Nouveauté. 
Rachilde: oh! Oh!
Vallette: Quand vous serez à la centième, vous nous payerez à dîner.
Rachilde: Samain doit avoir des coins redoutables. 
Vallette: Je vous connais par deux coins, vous, Renard...
J'avais peur de Barbey d'Aurevilly, à cause de Brummel, de Huysmans avec lequel j'ai passé une soirée en me demandant tout le temps: Se moque-t-il de moi? Mais je considère François Coppée comme un copain.

jeudi 5 mars 2015

Journal du 5 mars 1891

Hier, chez Daudet, Goncourt, Rosny, Carrière, Geffroy, M. et Mme Toudouze, M. et Mme Rodenbach. Pourquoi suis-je sorti de là écoeuré?  Je m'imaginais sans doute que Goncourt n'était pas un homme. Faut-il retrouver chez les vieux les petitesses des jeunes? A-t-on assez arrangé le pauvre Zola, jusqu'à l'accuser de tourner au symbolisme! Et Banville, "ce vieux chameau", comme l'appelle Daudet, qui dit encore, mais cette fois avec esprit: "Si j'avais fait l'arbre généalogique de Zola, on m'aurait trouvé un jour pendu à l'une de ses branches!..."
Goncourt,  un gros militaire en retraite. Je n'ai pas vu son esprit: ce sera pour une autre fois. Jusqu'à la seconde impression, c'est l'homme des répétitions que je trouve si insupportables dans l’œuvre des Goncourt. Rosny, un  bavard savant, éprouve un vif plaisir à citer du Chateaubriand, spécialement les Mémoires d'outre-tombe.
Carrière, un monsieur qui serre la main des autres le plus près possible de la cuisse.
Rodenbach un poète qui trouve que nous manquons de naïveté, qui a pris au sérieux l'article de Raynaud sur Moréas, et qui ne se reconnaît plus dans les ironies de Barrès.  On lui a demandé des vers. Il a fait le difficile. On a insisté. Il a eu l'air d'en chercher; on l'a oublié. On a parlé d'autre chose et il n'a pas dit ses vers...

mercredi 4 mars 2015

Journal du 4 mars 1909

Dîner Goncourt. Bourges, Hennique, Geffroy, Rosny et moi.
Rosny, qui traite Hugo de crétin de génie, de monumental imbécile, tâche de m'expliquer ce que c'est qu'un penseur, la valeur d'un jeu de pensée: Kant, Bergson, Poincaré. Mais je persiste à lui dire que, dans un beau vers de Victor Hugo, il y a plus de pensées que dans tel livre de métaphysique.

samedi 6 décembre 2014

lundi 7 octobre 2013

Journal du 7 octobre 1891

Schwob: "Oui, publiez L'Ecornifleur. On vous attend. Tout le monde prétend que vous manquez d'haleine. Rosny me disait ce soir: "Oui, sa supériorité dans les petites choses est incontestable, mais il faudrait le voir dans les grosses."
Capus: " Pourquoi voulez-vous qu''Ollendorf refuse L'Ecornifleur! Il publie un volume par jour. Est-ce qu'on a jamais vu un éditeur refuser un livre?