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mardi 26 février 2013

Jules Renard vu par Gabriel Reuillard 2/4

Courteline, cet autre classique, ne doit, comme Renard, la solidité de sa phrase qu'au plus dur en même temps qu'au plus délicat des labeurs, "pauvre bûcheur, comme il dit lui-même, en proie au mal d'un éternel mécontentement, qui fait une phrase comme on fait un train, des mots cherchés au bout des voies, amenés lentement derrière mon dos et accrochés les uns aux autres tant bien que mal".
Et comme ce naturel, comme ce prétendu naturel est artificiel. Le naturel, dit à peu près Anatole France - encore un classique! - c'est ce qui se met en dernier. Comme cette simplicité, cette apparente simplicité du style, est compliquée, fruit d'un labeur jamais achevé, d'une lente et continuelle filtration intérieure pour éliminer peu à peu les impuretés, les inutilités, les impropriétés. La construction doit être dessous, puissante et invisible, comme l'ossature d'un corps, comme le dessin derrière la peinture: "Savoir, en style, et ne jamais le laisser paraître" dit Renard. Il a une sainte horreur du faux, du convenu, de ce qui ronronne et s'étale avec du faux luxe, de la beauté incontrôlée, incontrôlable: "Ces toits débondés, écrit-il, font aimer ceux qui se retiennent, les régulateurs. N'importe quelle idée bien, ils la mettent imprudemment en cinq actes. d'une minute, ils extraient trois heures d'horloge.
"Nous ne nous sentons d'affinités qu'avec la vie. Elle est un peu médiocre et avare. Et si nous n'aimons qu'elle, nous ne la provoquons pas: nous la laissons venir à nous, et, bien des jours de suite, elle ne vient pas. Tant pis! Nous sommes trop bien pour aller au devant d'elle. Pour être des hommes de génie il ne nous manque que de regarder de près, intimement, vivre César ou Napoléon. La qualité de nos enthousiasmes, c'est d'être multipliés et brefs. "Et il écrit encore, en se déclarant" réaliste gêné par la réalité": "Des phrases courtes et claires, et un peu plates, avec ça et là, une autre phrase qui se dresse comme une fleur éclatante au milieu d'herbes d'une pâle verdure. Et surtout, pas de cette poésie qui paraît poétique comme certains nous paraissent Russes. Qu'ils soient Russes, l’œil le voit, mais il ne les lit pas, mais la bouche ne les prononce pas, c'est là surtout qu'il faut mettre un point, même sur l'i grec du mystère."
Suite demain.
(Gabriel Reuillard, Les Maîtres de la plume, avril 1929.)

lundi 4 juin 2012

À l'Académie Goncourt, qui succèdera à Jules Renard? 1/2

On pense déjà à donner un successeur à Jules Renard, à l'Académie Goncourt.  Comme il les connaissait bien ses chers confrères, le bon écrivain aux sourires pincés!  À peine a-t-on descendu son corps dans la fosse que, déjà, dix concurrents intriguent pour obtenir la "suite" du maître de Poil de Carotte et de Ragotte. Car il ne s'agit point, cette fois, d'une "chaise" quelconque à l'Académie Goncourt: il va falloir trouver un égal à J.K. Huysmans et à Jules Renard. On cherchera longtemps.
Il faut bien le dire: la mort de Jules Renard est une perte irréparable pour l'Académie Goncourt. On ne voit point, parmi les candidats proposés, quelqu'un qui puisse lui succéder dignement. Ce petit jeu des intrigues littéraires servira, au moins, à prouver l'exceptionnelle valeur de Jules Renard. Rien ne se perd, même dans le monde des idées...et des vanités.
Je ne sais rien d'amusant comme de considérer la variété de tous ces candidats. On parle à la fois de Mme Tinayre, qui écrit des romans solides et platoniques, de M. René de Boylesve, écrivain subtil et bon prosateur de France, de M. Pierre Mille, remarquable disciple de Maupassant et d'Anatole France, de M. Jean Ajalbert, conservateur de la Malmaison de M. Rémy de Gourmont, toute sagesse et toute science, sage égaré dans une époque de fous, de M. André Gide, à la dialectique louvoyante et perfide, de M. André Suarès, un des plus grands poètes de la prose française et qui sait l'art de penser harmonieusement.
Suite demain
(Louis Handler, Comoedia, 30 mai 1910).

vendredi 23 mars 2012

La vente de la Bibliothèque de Jules Renard 2/4

La plupart des grands libraires parisiens étaient là. M. Fernand Vandérem suivait les enchères avec intérêt. M. Tristan Bernard acheta quelques livres recherchés par lui sans doute depuis longtemps. Les gros prix furent réalisés par Tête d'or, de Paul Claudel (355), La Ville, du même auteur (500), Au pied du Sinaï, de Georges Clémenceau, sur vélin d'Arches, avec les lithographies de Toulouse-Lautrec sur Chine (430), L'Affaire Crainquebille, d'Anatole France, édition Pelletan sur Chine (1100), Le Latin mystique de Rémy de Gourmont, Vanier, 1892, sur japon pourpre (345), Ubu Roi, d'Alfred Jarry (340), L'Ecornifleur, de Jules Renard, Ollendorf, 1892, un des dix sur Hollande (1520), Chantecler , de Rostand (265), Mimes, de Marcel Schwob (300). Les Verlaine firent relativement peu, sauf Sagesse, 1881, qui monta à 420 francs. Salomé, d'Oscar Wilde, 1893, fut adjugé à 380 francs.
Suite demain.

lundi 12 mars 2012

Journal du 12 mars 1902

Jardin d'Acclimatation. L'ennui de toutes ces bêtes. le plaisir qu'éprouvent certaines d'entre elles, les sangliers surtout, à se faire gratter le dos par les cannes des visiteurs.
Le marabout-adjudant: un Anatole France en jaquette.