Je lis l’Échange de Claudel. Je comprends très bien, et ça ne me fait aucun plaisir.
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samedi 10 janvier 2015
vendredi 19 avril 2013
On aura tout lu, même du Thierry Clermont
Le journal intime a-t-il un avenir ?
Évoquer aujourd'hui le journal intime, c'est remonter une tradition littéraire que l'historiographie fait naître au début du XIXe siècle avec les écrits de Maine de Biran et de Benjamin Constant. c'est également pointer un vaste corpus d'où émergent les grands diaristes tels que Vigny, Stendhal, les Goncourt, Bloy, Gide, Claudel, Léautaud, Morand, Julien Green, Cocteau, Bauchau ou Calaferte (seize volumes de Carnets entre 1956 et 1994), sans oublier Matthieu Galey, l'excentrique Philippe Julian, ou la grande réfractaire des années folles, Mireille Havet, récemment exhumée.
(Thierry Clermont, tclermont@lefigaro.fr, Le Figaro littéraire, jeudi 18 avril 2013, p. 2)
Comme tout le monde ne le sait pas, mais c'est l'occasion de l'apprendre, Jules Renard a, lui aussi, écrit un Journal. Il est même publié dans la Bibliothèque de la Pléiade.
T.J.
mardi 19 mars 2013
Journal du 19 mars 1895
Chez Claudel, dîner et soirée fantomatiques. Sa sœur me dit:
- Vous me faites peur, monsieur Renard. vous me ridiculiserez dans un de vos livres.
Son visage poudré ne s'anime que par les yeux et la bouche. Quelquefois, il semble mort. elle hait la musique, le dit tout haut comme elle le pense, et son frère rage, le nez dans son assiette, et on sent ses mains se contracter de colère et ses jambes trembler sous la table.
Atelier traversé de poutres, avec des lanternes suspendues par des ficelles. Nous les allumons. Des portes d'armoires que Mlle Claudel a plaquées contre le mur. Des chandeliers où la bougie se plante sur une pointe de fer et qui peuvent servir de poignards, et des ébauches qui dorment sous leur linge. Et ce groupe de la valse où le couple semble vouloir se coucher et finir la danse par l'amour.
Je n'ai pas entendu un mot de ce que disait la mère. Et, pourtant, à chacune de nos paroles elle répondait, faisait sa petite réflexion pour elle seule, ou poussait un soupir.
vendredi 14 décembre 2012
lundi 10 décembre 2012
Le porc
Je peindrai ici l’image du Porc.
C’est une bête solide et tout d’une pièce ; sans jointure et sans cou, ça fonce en avant comme un soc. Cahotant sur ses quatre jambons trapus, c’est une trompe en marche qui quête, et toute odeur qu’il sent, y appliquant son corps de pompe, il l’ingurgite. Que s’il a trouvé le trou qu’il faut, il s’y vautre avec énormité. Ce n’est point le frétillement du canard qui entre à l’eau, ce n’est point l’allégresse sociable du chien ; c’est une jouissance profonde, solitaire, consciente, intégrale.
Il renifle, il sirotte, il déguste, et l’on ne sait s’il boit ou s’il mange ; tout rond, avec un petit tressaillement, il s’avance et s’enfonce au gras sein de la boue fraîche ; il grogne, il jouit jusque dans le recès de sa triperie, il cligne de l’œil. Amateur profond, bien que l’appareil toujours en action de son odorat ne laisse rien perdre, ses goûts ne vont point aux parfums passagers des fleurs ou de fruits frivoles ; en tout il cherche la nourriture : il l’aime riche, puissante, mûrie, et son instinct l’attache à ces deux choses, fondamental : la terre, l’ordure.
Gourmand, paillard, si je vous présente ce modèle, avouez-le : quelque chose manque à votre satisfaction. Ni le corps ne se suffit à lui-même, ni la doctrine qu’il nous enseigne n’est vaine. « N’applique point à la vérité l’œil seul, mais tout cela sans réserve qui est toi-même. » Le bonheur est notre devoir et notre patrimoine. Une certaine possession parfaite est donnée.
Mais telle que celle qui fournit à Enée des présages, la rencontre d’une truie me paraît toujours augurale, un emblème politique. Son flanc est plus obscur que les collines qu’on voit au travers de la pluie, et quand elle se couche, donnant à boire au bataillon de marcassins qui lui marche entre les jambes, elle me paraît l’image même de ces monts que traient les grappes de villages attachées à leurs torrents, non moins massive et non moins difforme.
Je n’omets pas que le sang de cochon sert à fixer l’or.
(Paul Claudel, Connaissance de l’est, Larousse, 1920)
mercredi 14 novembre 2012
La pluie
Par
les deux fenêtres qui sont en face de moi, les deux fenêtres qui sont à ma
gauche et les deux fenêtres qui sont à ma droite, je vois, j’entends d’une
oreille et de l’autre tomber immensément la pluie. Je pense qu’il est un quart
d’heure après midi : autour de moi, tout est lumière et eau. Je porte ma
plume à l’encrier, et, jouissant de la sécurité de mon emprisonnement,
intérieur, aquatique, tel qu’un insecte dans le milieu d’une bulle d’air,
j’écris ce poème.
Ce
n’est point de la bruine qui tombe, ce n’est point une pluie languissante et
douteuse. La nue attrape de près la terre et descend sur elle serré et bourru,
d’une attaque puissante et profonde. Qu’il fait frais, grenouilles, à oublier,
dans l’épaisseur de l’herbe mouillée, la mare ! Il n’est point à craindre
que la pluie cesse ; cela est copieux, cela est satisfaisant. Altéré, mes
frères, à qui cette très merveilleuse rasade ne suffirait pas. La terre a
disparu, la maison baigne, les arbres submergés ruissellent, le fleuve lui-même
qui termine mon horizon comme une mer paraît noyé. Le temps ne me dure pas, et,
tendant l’ouïe, non pas au déclenchement d’aucune heure, je médite le ton
innombrable et neutre du psaume.
Cependant
la pluie vers la fin du jour s’interrompt, et tandis que la nue accumulée
prépare un plus sombre assaut, telle qu’Iris du sommet du ciel fondait tout
droit au cœur des batailles, une noire araignée s’arrête, la tête en bas et
suspendue par le derrière au milieu de la fenêtre que j’ai ouverte sur les
feuillages et le Nord couleur de brou. Il ne fait plus clair, voici qu’il faut
allumer. Je fais aux tempêtes la libation de cette goutte d’encre.
(Paul Claudel, Connaissance de l'est, Larousse, 1920.)
vendredi 9 novembre 2012
La terre vue de la mer
Arrivant de l’horizon, notre
navire est confronté par le quai du Monde, et la planète émergée déploie devant
nous son immense architecture. Au matin décoré d’une grosse étoile, montant à
la passerelle, à mes yeux l’apparition toute bleue de la Terre. Pour défendre
le Soleil contre la poursuite de l’Océan ébranlé, le Continent établit le
profond ouvrage de ses fortifications ; les brèches s’ouvrent sur
l’heureuse campagne. Et longtemps, dans le plein jour, nous longeons la frontière
de l’autre monde.
Animé par le souffle alizé, notre
navire file et bondit sur l’abîme élastique où il appuie de toute sa lourdeur.
Je suis pris à l’Azur, j’y suis collé comme un tonneau. Captif de l’infini,
pendu à l’intersection du Ciel, je vois au-dessous de moi toute la Terre sombre
se développer comme une carte, le Monde énorme et humble. La séparation est
irrémédiable ; toutes choses me sont lointaines, et seule la vision m’y
rattache. Il ne me sera point accordé de fixer mon pied sur le sol inébranlable,
de construire de mes mains une demeure de pierre et de bois, de manger en paix
les aliments cuits sur le foyer domestique.
Bientôt nous retournerons notre
proue vers cela qu’aucune rive ne barre, et sous le formidable appareil de la
voilure, notre avancement au milieu de l’éternité monstrueuse n’est plus marqué
que par nos feux de position.
(Paul Claudel, Connaissance de l’est, Larousse, 1920.)
mercredi 6 juin 2012
Jules Renard vu par Paul Claudel
J'ai connu Jules Renard tout au début de ma vie littéraire et je m'étais pris pour son talent d'une vive admiration... J'étais infiniment reconnaissant à Jules Renard, en tant que visuel et en tant que paysan, de sa vision précise et concrète des choses, de ses petits tableaux bien nets qui contrastaient avec la cuisine malpropre des naturalistes.
Je fus donc enchanté de faire sa connaissance par Marcel Schwob. Lui, Schwob, Pottecher et moi, et de temps en temps Barbusse, nous avions un déjeuner hebdomadaire au café d'Harcourt. Puis je suis parti pour l'Amérique en 1893.
C'est en rentrant en 1895 qu'eut lieu ce fameux dîner chez ma pauvre sœur Camille qu'il a décrit plutôt inexactement. Puis cinq ans en Chine. En rentrant je le trouvai ainsi que Pottecher fanatisé par l'affaire Dreyfus. À ce moment, je l'avoue à ma grande honte, j'étais plutôt antidreyfusard, mais surtout l'affaire ne m'intéressait pas et le parti auquel elle servait de drapeau me faisait horreur. Nous rompîmes.
(Lettre de Paul Claudel à Léon Guichard, 26 décembre 1930, extrait, Le Vigneron dans sa vigne.)
Je fus donc enchanté de faire sa connaissance par Marcel Schwob. Lui, Schwob, Pottecher et moi, et de temps en temps Barbusse, nous avions un déjeuner hebdomadaire au café d'Harcourt. Puis je suis parti pour l'Amérique en 1893.
C'est en rentrant en 1895 qu'eut lieu ce fameux dîner chez ma pauvre sœur Camille qu'il a décrit plutôt inexactement. Puis cinq ans en Chine. En rentrant je le trouvai ainsi que Pottecher fanatisé par l'affaire Dreyfus. À ce moment, je l'avoue à ma grande honte, j'étais plutôt antidreyfusard, mais surtout l'affaire ne m'intéressait pas et le parti auquel elle servait de drapeau me faisait horreur. Nous rompîmes.
(Lettre de Paul Claudel à Léon Guichard, 26 décembre 1930, extrait, Le Vigneron dans sa vigne.)
vendredi 23 mars 2012
La vente de la Bibliothèque de Jules Renard 2/4
La plupart des grands libraires parisiens étaient là. M. Fernand Vandérem suivait les enchères avec intérêt. M. Tristan Bernard acheta quelques livres recherchés par lui sans doute depuis longtemps. Les gros prix furent réalisés par Tête d'or, de Paul Claudel (355), La Ville, du même auteur (500), Au pied du Sinaï, de Georges Clémenceau, sur vélin d'Arches, avec les lithographies de Toulouse-Lautrec sur Chine (430), L'Affaire Crainquebille, d'Anatole France, édition Pelletan sur Chine (1100), Le Latin mystique de Rémy de Gourmont, Vanier, 1892, sur japon pourpre (345), Ubu Roi, d'Alfred Jarry (340), L'Ecornifleur, de Jules Renard, Ollendorf, 1892, un des dix sur Hollande (1520), Chantecler , de Rostand (265), Mimes, de Marcel Schwob (300). Les Verlaine firent relativement peu, sauf Sagesse, 1881, qui monta à 420 francs. Salomé, d'Oscar Wilde, 1893, fut adjugé à 380 francs.
Suite demain.
Suite demain.
vendredi 16 mars 2012
Journal du 16 mars 1893
Mais pourquoi Claudel écrit-il d'une façon Tête d'Or, la Ville, et d'une autre ses compositions pour obtenir le poste de vice-consul à New York? L'artiste doit être le même quand il prie et quand il mange.
mardi 10 janvier 2012
Journal du 10 janvier 1906
Je lis l’Échange de Claudel. Je comprends très bien, et ça ne me fait aucun plaisir.
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