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mardi 17 mai 2016

Journal du 17 mai 1906

Ne pas écrire trop serré. Il faut aider le public avec de petites phrases banales. Daudet savait les intercaler.

mercredi 22 juillet 2015

Journal du 22 juillet 1894

Quant on le priait à dîner, Schwob apportait toujours quelque chose. C'était son plat à lui: un volume de Rabelais ou de Pascal. Il lisait admirablement, je ne dis pas: sans prétention à bien lire. Après chaque phrase il levait les yeux sur ses auditeurs comme pour s'assurer qu'ils se tenaient là, immobiles, captivés et reconnaissants. Il pouvait manquer de goût. Je me rappelle qu'un soir, chez Mme Léon Daudet, où on l'écoutait avec une complaisance charmante, il faillit confondre Oscar Wilde avec Shakespeare. On dut l'arrêter.
Il avait des manies enfantines. Il semblait alors, sa belle intelligence mise de côté, jouer avec les petites sœurs de Monelle. Il prenait son petit dé, son petit coton, ses petites aiguilles, et il cousait de plaisantes bavettes sous le nez des directeurs de journaux.  Il les avait tous en horreur. Il contait bien et y prenait plaisir. Il s'exerçait peut-être à domicile, car, au bout de trois ou quatre ans, il nous parut que quelques-unes de ses histoire restaient le mêmes.
Il ne faut pas sournoisement respecter les morts. Il faut traiter leurs images en amies et aimer tous les souvenirs qui nous viennent d'eux. Il faut les aimer pour eux-mêmes et pour nous, dût-on déplaire aux autres.
Ses taquineries. Ses calembours sur des noms haïs, des titres de livres écœurants.

lundi 23 mars 2015

Actualité littéraire

À l'occasion du salon du livre de Paris, le Figaro publie un sondage demandant aux français lequel de nos écrivains, (vivants ou morts) était le plus "populaire" (échantillon 1015 personnes les 11 et 12 mars. Bien que ce sondage ne vale pas tripette, comparer Maurice Leblanc à chateaubriand n'a aucun sens, Françoise Sagan à Corneille encore moins, voici un extrait du résultat:
Alphonse Daudet: 13/34; Gustave Flaubert: 16/34 (A part Madame Bovary, et encore, qui lit Flaubert?); Voltaire (vous avez bien lu: Voltaire) 19/34; Marcel Proust: 29/34; Céline: 30/34.
Voltaire plus lu que Simenon ou San Antonio! Ne riez pas. LOL s'abstenir.
(In le Figaro littéraire, jeudi 19 mars 2015, p. 7)

jeudi 5 mars 2015

Journal du 5 mars 1891

Hier, chez Daudet, Goncourt, Rosny, Carrière, Geffroy, M. et Mme Toudouze, M. et Mme Rodenbach. Pourquoi suis-je sorti de là écoeuré?  Je m'imaginais sans doute que Goncourt n'était pas un homme. Faut-il retrouver chez les vieux les petitesses des jeunes? A-t-on assez arrangé le pauvre Zola, jusqu'à l'accuser de tourner au symbolisme! Et Banville, "ce vieux chameau", comme l'appelle Daudet, qui dit encore, mais cette fois avec esprit: "Si j'avais fait l'arbre généalogique de Zola, on m'aurait trouvé un jour pendu à l'une de ses branches!..."
Goncourt,  un gros militaire en retraite. Je n'ai pas vu son esprit: ce sera pour une autre fois. Jusqu'à la seconde impression, c'est l'homme des répétitions que je trouve si insupportables dans l’œuvre des Goncourt. Rosny, un  bavard savant, éprouve un vif plaisir à citer du Chateaubriand, spécialement les Mémoires d'outre-tombe.
Carrière, un monsieur qui serre la main des autres le plus près possible de la cuisse.
Rodenbach un poète qui trouve que nous manquons de naïveté, qui a pris au sérieux l'article de Raynaud sur Moréas, et qui ne se reconnaît plus dans les ironies de Barrès.  On lui a demandé des vers. Il a fait le difficile. On a insisté. Il a eu l'air d'en chercher; on l'a oublié. On a parlé d'autre chose et il n'a pas dit ses vers...

mardi 18 mars 2014

L'avenue Montaigne au temps de Jules Renard

On ne peut nier que l'avenue Montaigne ne soit située dans un des plus beaux quartiers de Paris, au centre des Champs-Élysées, et qu'elle ne soit aussi fort agréable à habiter, horizonnée d'un bout par les quais de la Seine et de l'autre par les jets d'eau bordés de fleurs du rond-Point. Mais elle a l'aspect disparate, composite, d'une voie tracée à la hâte, et encore inachevée.
À côté des grands hôtels ornant leurs angles arrondis de glaces sans tain, de rideaux de soie claire, de statuettes dorées, de jardinières rustiques, ce sont des logements d'ouvriers, des masures où retentissent les marteaux des charrons et des maréchaux-ferrants. Il y a là tout un reste de faubourg que les violons de Mabille animent, le soir, d'un bruit de riche ginguette. À cette époque, on voyait même dans l'avenue, et je pense qu'ils existent encore aujourd'hui, deux ou trois passages sordides, vieux souvenirs de l'ancienne allée des veuves et dont l'aspect misérable faisait un singulier contraste avec les splendeurs environnantes.
(Alphonse Daudet, Jack)

mercredi 15 janvier 2014

Journal du 15 janvier 1892

Ces soirées chez Daudet! ce qu'on y entend de plus intéressant:
Goncourt: "Maupassant a du métier. Il réussit très bien le nouvelle normande, et encore y a-t-il dans Monnier des choses plus drôles que son Cochon de Morin. Mais ce n'est pas un grand écrivain; ce n'est pas ce que nous appelons, nous, un artiste."
Qui ça, nous? Il répète: "Ce n'est pas un artiste", regarde autour de lui pour voir si on proteste, mais personne ne proteste.
Daudet: "Ce qui l'a tué, mon cher, c'est le désir de faire un livre de plus que les autres. Il se disait: Barrès a publié, Bourget, Zola ont publié, et moi, je n'ai encore rien publié cette année. Voilà ce qui l'a tué..."
La main de Goncourt a une douceur d'édredon humide.

mardi 7 janvier 2014

Merci Alphonse

Au début du septième chapitre de L’Évangéliste, Alphonse Daudet décrit ainsi le petit village de "Petit-Port" où se situe le roman: De tous les villages dispersés ente Paris et Corbeil sur la rive gauche de la Seine, de ces jolies villégiatures à noms de soleil, Orangis, Ris, Athis-Mons, - Petit-Port, malgré sa dénomination plus bourgeoise, est le seul qui ait un passé, une histoire. Comme Ablon, comme Charenton, il fut, à la fin du seizième siècle, un centre calviniste important, un de ces lieux de réunion accordés aux protestants de Paris par L’Édit de Nantes.
Curieux d'en savoir plus, Google m'apprend que, bien entendu, Petit-Port est un nom d'emprunt. En revanche il existe un restaurant "Le Petit-Port", Port du Logeo à Sarzeau (Morbihan).
Heureux voyageur qui vous trouvez à proximité de Vannes, courrez déjeuner d'une friture de sardines ou d'une brochette de coquilles Saint-Jacques au "Petit-Port", devant le plus beau tableau du monde qu'est le Golfe du Morbihan, grandeur nature, panorama incomparable à 180°.
Et quand vous aurez parcouru le chemin côtier partant de ce petit port breton et surplombant le golfe sur trois kilomètres, n'oubliez pas de dire: merci Alphonse.

mardi 10 décembre 2013

Journal du 10 décembre 1890

Vu, ce matin, Alphonse Daudet. Bonnetain était là. Daudet s'est levé, m'a regardé à la lumière et m'a dit: "Je reconnais Poil de Carotte." Un belle tête, bien telle qu'on la voit aux vitrines, la barbe salée un peu. Un méridional très adouci, vieux, déjà estropié, marchant à l'aide d'une canne terminée par un bout de caoutchouc. Il me fait de grands compliments. Je ne sais de quelle manière lui répondre. Faut-il dire "Monsieur" ou "cher Maître"? Il nous parle un peu de tout, sans esprit, mais largement, sainement. Il dit que les protestations de Renan ont fait mal à l'estomac de Goncourt.  Il nous parle de Brinn'Gaubast qui a été professeur de Lucien, son fils, et de la vilaine histoire du manuscrit, volé, des Lettres de mon moulin. Daudet disait à Brinn'Gaubast: "Vous, vous feriez le coup de la lutte pour la vie: vous assassineriez pour trois francs. 
Il dit:
- La première, l'unique fois que je voulus jouer du biniou, c'était devant mes cousines, et je fis un gros pet; oui, en voulant enfler ma pauvre joue,  je fis un énorme pet. C'est à cette piteuse aventure que me font penser les jeunes littérateurs d'aujourd'hui.

lundi 2 septembre 2013

La politique au temps de Jules Renard

O politique, je te hais! Je te hais parce que tu es grossière, injuste, criarde et bavarde; parce que tu es l'ennemie de l'art, du travail; parce que tu sers d'étiquette à toutes les sottises, à toutes les ambitions, à toutes les paresses. Aveugle et passionnée, tu sépares de braves cœurs faits pour être unis; tu lies, au contraire des êtres tout à fait dissemblables. Tu es un grand dissolvant des consciences, tu donnes l'habitude du mensonge, du subterfuge et, grâce à toi, on voit des gens devenir amis de coquins, pourvu qu'ils soient du même parti. Je te hais surtout, o politique, parce que tu en es arrivée à tuer dans nos coeurs le sentiment, l'idée de patrie...
(Alphonse Daudet, Robert Helmont, dans Œuvres,Pléiade, t.I, p. 928.)