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vendredi 11 mars 2016

Journal du 11 mars 1891

Hier à dîner, Alcide Guérin. Voilà ce que c'est, d'inviter les gens sur un article! Un monsieur complètement chauve, une figure de juif qui serait dévot. Il paraît qu'il fait ses prières, va à la messe, communie, et fait maigre le vendredi. Quand il parle Patrie, il prononce le mot de "douleurs intimes" et il a un ronflement de gorge, presque un roucoulement.
Une voix de châtré.
Il fait de Léon Bloy ce stupéfiant présage: "Attendez-vous à quelque chose de grand d'ici peu. Je considère Bloy comme un saint, en tout cas, comme un homme providentiel."
Il nous dit, à Raynaud et à moi: "Quand vous serez grands, je vous bénirai." Et on est tenté de prendre le mot à la lettre.
Il dit: " Moi, je ne suis rien, je ne serai rien."  Il attend qu'on proteste, mais on se tait, et son hypocrisie est obligée de rentrer comme comme une vilaine limace.
Il a un nœud de cravate qui me rappelle, par sa forme, un chapeau de curé.
Qu'est-ce qu'il fait au milieu des jeunes? car il en parle et affirme les aimer. Les séminaristes nouvellement arrivés au régiment doivent avoir une attitude semblable. quand il s'est mis à table, j'ai cru qu'il allait dire le Benedicité. 
Discussion entre Raynaud et moi sur Mallarmé. Je dis:" C'est stupide." il dit: "C'est merveilleux." Et cela ressemble à toutes les discussions littéraires.

lundi 25 janvier 2016

Journal du 25 janvier 1910

Raynaud, commissaire libre, dit qu'il n’y a pas d'apaches, voudrait voter des lois somptuaires; socialiste, au fond, considère la première communion de sa fille comme une chose insignifiante.
- Tu as raison! Tu as raison! répète-t-il.
Mais il a besoin d'un reste de symbole, d'une cérémonie. c'est ce qu'on appelle un catholique.

samedi 16 février 2013

Jules Renard vu par Han Ryner 3/3

Sur Jules Renard et sur Vigny
Suite d'hier.
Il a été de son vivant, mis en musique par Maurice Ravel, été illustré par Pierre Bonnard, Henri de Toulouse-Lautrec et quelques autres, et son théâtre a été joué par Antoine, Marthe Brandès, Jeanne Chéreil, Suzanne Desprès (Mme Lugné-Poe), Firmin Gémier, Jeanne Granier, Lucien Guitry, Marthe Mellot,  Henry Meyer, Cécile Sorel, et autres Signoret. De son vivant! Et cet ex-Carolingien (Ernest Raynaud était son condisciple au lycée Charlemagne où Renard, externe libre, a suivi les cours de réthorique) a connu aussi bien Jean Jaurès que Sarah Bernhardt. Le nom de tous ses interprètes, et celui de Danièle Davyle (Mme de Saint-Hilaire), la première a avoir lu des textes du futur auteur du Plaisir de rompre, ne sont assurément pas tous passés à la postérité, mais tout de même, Antoine, Desprès, Gémier, Guitry ou Sorel, cela n'en constitue pas moins une belle carte de visite.
Mais Jules Renard était né pour être aigri et il semble dans la logique des choses que son Journal soit, en bien des passages, aussi grinçant que Mes poisons de Sainte-Beuve. À ce sujet, Maurice Toesca, qui après les biographies de Jean Paulhan, George Sand, Alphonse de Lamartine, Alfred de Musset, et Alfred de Vigny, a publié chez Albin Michel un Jules Renard en 1977, écrit justement: "Dommage que Jules Renard n'ait pu prendre connaissance des Carnets de Sainte-Beuve! Il y aurait lu cette réflexion qui s'applique à tous les hommes de lettres de tous les temps: les littérateurs français font aujourd'hui avec leur esprit ce qu'autrefois les gentilshommes français faisaient avec dans les duels avec leur épée: il s'entre-tuent". Cependant ajoute Toesca, "Jules Renard n'est pas Sainte-Beuve, et c'est à son éloge: il ne blesse pas pour le plaisir de blesser; il n'y a pas de parti une fois pour toutes pris, comme Sainte-Beuve à l'endroit de Vigny par exemple". Que Maurice Toesca ne tienne pas Sainte-Beuve en très haute estime, nous le savions depuis quelques lustres déjà. Il a raison lorsqu'il déplore que Renard n'ait pas pu prendre connaissance des Poissons beuviens. Il s'en serait assurément délectés, en disciple qui s'ignorait. Je suis moins sûr que Toesca que son modèle ne blesse jamais pour le plaisir de blesser. Quitte à s'en repentir. Sainte-Beuve il est vrai ne se repentait pas du fiel qu'il dispensait[...]
(L'article se poursuit sur Vigny.)
(Han Ryner, Les Messages de Psychodore, n°53, novembre 1992)

vendredi 15 février 2013

Jules Renard vu par Han Ryner 2/3

  Sur Jules Renard et sur Vigny
Suite d'hier.
Il n'est pas question de prendre pour argent comptant tout ce que peux écrire Jules Renard. Ni ce que peut, dans l'occasion, écrire Jules Renard révisionniste de Jules Renard, si l'on peut dire.  Mais que de souffrance se cache derrière l'aigreur ou le dépit. "Un auteur dont le livre vient de paraître est un pauvre con stupide" écrit-il le 19 novembre 1908 à Edmond Sée. Et, au même, le 4 février 1909, il donnera ce conseil: "N'oubliez pas que vous ne serez jugé que par des cons." Il y a une sacrée part de vérité tant dans l'observation que dans le conseil, si dans un cas comme dans l'autre il faut se garder de généraliser. Un des plus méchants coup de patte de Renard est celui-ci, du 7 juin 1902: "Il me ferait regretter de ne pas avoir été antisémite." Il, c'est son ex-ami Marcel Schwob. Lorsque Schwob mourra, en 1905, il n'assistera à ses obsèques que pour rencontrer des confrères. C'est poussé par le même conformisme étudié qu’en 1909 il se rendra à l'enterrement de Catulle Mendès, autre juif qu'en fait Jules Renard a toujours méprisé. À la mort de Mendès, écrasé par un train, il ne lui ménage aucune petite méchanceté. "Pourquoi sa mort m'attristerait-elle, confesse-t-il sans détour: je lui fus toujours indifférent."
Humaniste à l'ironie grinçante, voire perfide, Jules Renard ne voyait dans les foules qui iront au cinématographe qu'un public vulgaire. C'était bien vu, cette fois encore.
Mais avec son caractère tout renardien, trop de ses bons et grands amis (Tristan Bernard, Léon Blum, Alfred Capus, Léon Daudet, Lucien Descaves, Marguerite Moreno, Maurice Pottecher, Rachilde, Ernest Raynaud, Marcel Schwob...) se trouveront un jour ou l'autre reléguée à une place beaucoup moins intime. Car le rouquin est tout susceptibilité. Aux noms que nous venons de citer, il faudrait en ajouter quelques-uns, ainsi que ceux de Romain Coolus, Louis Dumur, Léo d'Orfer, et aussi les Rostand, Edmond, Rosemonde et Maurice. Le nivernais Jules Renard a bel et bien appartenu au Tout Paris littéraire.
(Han Ryner, Les Messages de Psychodore, n°53, novembre 1992)

mercredi 21 mars 2012

Jules Renard vu par Rachilde

Tous les jeudis le salon de notre collaborateur et ami Jules Renard est le salon le plus littéraire de Paris.
La charmante maîtresse de maison reçoit avec une délicieuse simplicité l'élite de la littérature d'avant-garde. Madame Vallette/Rachilde et M. Alfred Vallette directeur du Mercure, Léo Trezenick, auteur de la Confession d'un fou, Ernest Raynaud le poète de Chairs profanes, le chevalier Maurice du Plessis, auteur de quinze sonnets, jamais les mêmes! le peintre connu M. Béron; l'éclairé amateur d'art M. Clément et la poétesse Madame Barra y viennent souvent ainsi que beaucoup d'autres artistes. Chaque fois notre ami P. Marius André cherche à convertir Jules Renard aux charmes de la musique et chante un morceau de son inépuisable répertoire sur les Romances sans paroles de Verlaine.
Signé: La Hygne (alias Rachilde), La Caravane, 6 avril 1890.

vendredi 2 mars 2012

Ils sont nés en 1864

Toulouse-Lautrec 1864-1901
Jules Renard 1864-1910
Henri Poincaré 1864-1912
Aloïs Alzheimer 1864-1915
Lucien Herr 1864-1926
Paul Serrusier 1864-1927
Zo d'Axa 1864-1930
Henri de Regnier 1864- 1936
Ernest Raynaud 1864-1936
Marguerite Durand 1864-1936
Benjamin Rabier 1864-1939
Fernand Vanderem 1864-1939
Maurice Leblanc 1864-1941
Seraphine de Senlis 1864-1942
Camille Claudel 1864-1943
Louis Lumière 1864 -1948
Richard Strauss 1864-1949
Henri Rivière 1864-1951

samedi 28 janvier 2012

Jules Renard vu par Ernest Raynaud

C'est le hasard d'un déplacement qui fit naître Jules Renard à Châlons (Mayenne). Il est en réalité, originaire de Chitry-les-Mines (Nièvre), où sa famille était installée et où s'écoula son enfance. Les gens qui croient à l'influence des nombres ne manqueront pas de remarquer que Renard, né le 22 février 1864 (6+4=10), est mort le 22 mai 1910 à l'âge de 46 ans (4+6=10). Sa carrière littéraire débute réellement avec le Mercure de France et Sourires pincés en 1890. Elle atteint à son apogée le 2 mars 1900, date de la première représentation de Poil de Carotte au Théâtre Antoine. La même année Renard fut fait chevalier de la Légion d'honneur. - le chiffre 2, jusque dans ses multiples, semblait régir sa destinée.
(Ernest Raynaud, La mêlée symboliste-1900-1910-Portraits et souvenirs, vol.III, p. 100, la Renaissance de livre, 1922).