vendredi 15 février 2013

Jules Renard vu par Han Ryner 2/3

  Sur Jules Renard et sur Vigny
Suite d'hier.
Il n'est pas question de prendre pour argent comptant tout ce que peux écrire Jules Renard. Ni ce que peut, dans l'occasion, écrire Jules Renard révisionniste de Jules Renard, si l'on peut dire.  Mais que de souffrance se cache derrière l'aigreur ou le dépit. "Un auteur dont le livre vient de paraître est un pauvre con stupide" écrit-il le 19 novembre 1908 à Edmond Sée. Et, au même, le 4 février 1909, il donnera ce conseil: "N'oubliez pas que vous ne serez jugé que par des cons." Il y a une sacrée part de vérité tant dans l'observation que dans le conseil, si dans un cas comme dans l'autre il faut se garder de généraliser. Un des plus méchants coup de patte de Renard est celui-ci, du 7 juin 1902: "Il me ferait regretter de ne pas avoir été antisémite." Il, c'est son ex-ami Marcel Schwob. Lorsque Schwob mourra, en 1905, il n'assistera à ses obsèques que pour rencontrer des confrères. C'est poussé par le même conformisme étudié qu’en 1909 il se rendra à l'enterrement de Catulle Mendès, autre juif qu'en fait Jules Renard a toujours méprisé. À la mort de Mendès, écrasé par un train, il ne lui ménage aucune petite méchanceté. "Pourquoi sa mort m'attristerait-elle, confesse-t-il sans détour: je lui fus toujours indifférent."
Humaniste à l'ironie grinçante, voire perfide, Jules Renard ne voyait dans les foules qui iront au cinématographe qu'un public vulgaire. C'était bien vu, cette fois encore.
Mais avec son caractère tout renardien, trop de ses bons et grands amis (Tristan Bernard, Léon Blum, Alfred Capus, Léon Daudet, Lucien Descaves, Marguerite Moreno, Maurice Pottecher, Rachilde, Ernest Raynaud, Marcel Schwob...) se trouveront un jour ou l'autre reléguée à une place beaucoup moins intime. Car le rouquin est tout susceptibilité. Aux noms que nous venons de citer, il faudrait en ajouter quelques-uns, ainsi que ceux de Romain Coolus, Louis Dumur, Léo d'Orfer, et aussi les Rostand, Edmond, Rosemonde et Maurice. Le nivernais Jules Renard a bel et bien appartenu au Tout Paris littéraire.
(Han Ryner, Les Messages de Psychodore, n°53, novembre 1992)

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