dimanche 25 novembre 2012

Jules Renard vu par Jean Viollis 2/2

Suite d'hier.
Il (Jules Renard) confessait volontiers que le premier tirage de ses livres n'avait jamais dépassé mille exemplaires, car il savait qu'aucun n'était perdu. Du premier coup, Renard avait atteint l'élite des lecteurs. Il put ressentir en silence la satisfaction de se retrouver d'abord chez ses compagnons de lettres, puis chez ceux qui ont suivi. Cet homme qu'on disait sec et stérile a fécondé plus d'un auteur sans qu'on y prît garde; lui, s'en apercevait avec un contentement secret. Mais ce résultat, qu'il ne négligeait nullement, n'était pas encore celui qu'il voulait atteindre. 
Ecrivain digne de ce nom, il prétendait assurer à ses oeuvres une absolue perpétuité; il écrivait pour la langue française et non pour les modes du jour. Tout ce qui sortait de sa plume était lancé pour une trajectoire illimitée. Il vécut volontairement pauvre et modeste afin d'avoir le droit de revendiquer une longue célébrité après sa mort. Ce taciturne voyait simplement l'avenir. On ne saura jamais les joies profondes, l'exhaltation brûlante, le goût de victoire, l'amour acharné du triomphe, qui dissimulait son recueillement. Les naîfs l'ont plaint; je l'envie encore...
(Jean viollis, Les Marges, juillet 1910.)

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