mercredi 21 novembre 2012

Jules Renard vu par Franc-Nohain 1/3

Suite d'hier.
Une heure avec Franc-Nohain.
Le journaliste - Comme Jules Renard, Franc-Nohain est nivernais. Les deux écrivains  furent très liés. La politique un jour les sépara car tous les deux firent de la politique. Pas la même, naturellement. 
Franc-Nohain - - Jules Renard était fermé à tout ce qui n'était pas la littérature. Il était le vrai type de l'homme de lettres. Peinture et musique n'existaient pas pour lui. N'allez pas vous imaginer qu'il eut l’esprit étroit et incapable de comprendre les arts qu'il ne pratiquait point. Il n'avait pas le temps, tout simplement. Il ne se reconnaissait pas le droit de voler du temps à son œuvre. Quand on travaille pour l'éternité, il faut avoir le courage de choisir et de suivre la voie étroite. Renard avait eu l'atroce courage de se limiter pour s'approfondir. il voulait être un maître. Il le serait devenu. Quel dommage qu'il soit mort si jeune! Il aurait aujourd’hui une situation considérable et il en serait bien heureux. 
Quand il nous a été enlevé, il arrivait à la pleine maturité de son talent et il nous eût encore donné de nombreuses œuvres, riches de substances. Ce qu'il a eut le temps d'écrire suffit à lui assurer cette immortalité qu'il désirait exclusivement et de si touchante façon... Il y a peu d'exemples dans notre littérature d’œuvres qui, aussi rapidement, aussi naturellement, se soient classées à la juste place qui leur revient et d'où rien - chacun le sent - ne pourrait les déloger.
Sans le concours d'aucun snobisme ni d'aucun fanatisme, sans l'attaque d'aucune cabale ou coterie, d'aucune école, le solitaire et farouche Jules Renard est entré, à peine mort, dans la grande famille classique... Aucun livre de lui ne peut périr. Pourquoi? Tout simplement parce qu'ils sont écrits, parce que Renard avait la passion et le sens de l'écriture.
Ainsi un peintre, son dessin, sa composition, sa conception en un mot, aura beau être géniale, s'il emploie de mauvaises couleurs, si la matière où ses intuitions prennent forme n'est pas assez durable pour en transmettre le reflet, la figure à nos petits-enfants, génie ne saurait équivaloir pour lui à immortalité.
Suite demain.
(Franc-Nohain, Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 10 janvier 1925.)

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