jeudi 29 novembre 2012

Journal du 29 novembre 1904

Guitry ne répond pas. C'est une amitié finie. Je me sens, ma foi, plus léger. Peut-être que cet homme, à qui je dois des moments si délicieux, a fait beaucoup de mal au barbare, au travailleur que j'étais.
Le souvenir de cette amitié n'est pas peu de choses, et il me serait plus pénible d'y renoncer qu'à l'amitié même.
Il m'a plus donné que je ne lui ai rendu.
C'était l'ami riche. Repas, automobile, voyage, théâtre, argent, esprit, que d'histoires! Je lui dois des tas de choses, mais lui, que me doit-il? Presque rien.
Je ne suis ni riche ni éblouissant. Il me doit peut-être ceci: qu'on s'étonnait de mon amitié pour lui.  Je lui servais d'honnête support. Moi n'étant plus là, il va peut-être fléchir dans l'estime de gens qui se croient plus de moralité que les autres. 
Même supérieur comme Guitry, on finit toujours par se fatiguer d'un homme "scrupuleux" et par mépriser celui qui accepte tout.

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