mardi 2 octobre 2012

Les arbres

Il y a dans le Bois un restaurant où j'ai déjeuné l'autre jour et qui est charmant. Assez longtemps avant d'arriver on est accueilli par des arbres qui s'écartent pour vous laisser passer, vous devancent et vous escortent, souriants, silencieux et gênés, appuyés les uns aux autres comme pour prendre une contenance.
Puis il y a une pelouse au milieu de laquelle vivent quelques hêtres assemblés. L'emplacement qu'ils occupent semble avoir été l'objet d'un choix. Ils paraissent se plaire là. Au fond il y a un orme un peu fou qui, pour les rumeurs les plus insignifiantes que lui apporte le vent, fait avec ses branches une mimique passionnée qui n'en finit plus. 
Aussi les autres le laissent tranquille. Il est là tout seul. Et devant, c'est le lac, sur l'eau duquel un saule remue ses branches sans s'arrêter. C'est comme une maladie qu'il aurait comme ces gens qui ne peuvent pas arrêter une minute de trembler.
(Marcel Proust, Contre Sainte-Beuve, Au temps de Jean Santeuil, La Pléiade, p. 431.)

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