vendredi 11 septembre 2015

Journal du 11 septembre 1904

Conseil municipal. Séance orageuse. A propos du paiement des gardes forestiers, que je comprends d'ailleurs aussi mal que les autres, je dis:
- C'est la loi, c'est la loi.
Alors, Gautier, garde-rivière - nous n'avons pas gardé la rivière ensemble -, d'une voix caverneuse:
- Vous ne la comprenez pas.
- L'avez-vous lue?
- Ah! ma foi, non.
- Eh! bien, moi, je l'ai lue, et je vous dis: "C'est la loi!"
Je me monte, et ça se gâte.
A propos de l'école, Gâteau dit - et ça tombe de sa bouche comme une bouse de vache, comme si c'était son âme:
- Moi, je n'ai pas besoin d'école: je n'ai pas d'enfants.
C'est si énorme qu'on proteste.
- Monsieur Gâteau, dis-je, vous venez de prononcer une parole imprudente. Laissons là cette question. 
Gêné, il cherche à faire l'aimable, mais en voilà un qui ne me ratera pas, dans quatre ans.
Rousseau et le catéchisme.
- C'est l'affaire des parents, dit-il.
- Tout le monde n'a pas vos idées.
On parle hygiène. Page, qui a une tête comme une motte  de petits vers rouges, dit:
- Jamais le fumier n'a fait de mal à personne. Les fosses d'aisance, je ne dis pas.  Et puis, il n'y a pas de maladies. Il n'y a pas de fièvre typhoïde. Les bêtes boivent dans des mares noires comme le purin: ça ne leur fait pas de mal. Pourquoi donc que ça nous en ferait? Ce n'est pas le fumier, c'est les engrais, qui empoisonnent le monde.
Ils ne croient au médecin qu'en cas de maladie.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

En publiant un commentaire sur Jules Renard, vous vous engagez à rester courtois. Tout le monde peut commenter. Les commentaires sont publiés après modération (Pas de langage SMS), Merci.