samedi 4 avril 2015

Journal du 4 avril 1897

Chez Lemaître. Parlant de mon père, me voilà parti. Je dis tout, comme si je connaissais Lemaître depuis dix ans, et j'arrange. Je dis tout et j'arrange. Je dis qu'auparavant je n'aimais pas mon père, mais que je m'y suis mis quand j'ai connu son étonnante vie de coeur. Tout à l'heure je me donnerai des claques, et Lemaître va croire que c'est chez moi  une habitude, un sport.
Le commencement du talent pour un littérateur, c'est le besoin de faire croire qu'il n'est pas compris de sa famille. Lemaître, cependant, qui doit avoir un peu peur, se gratte le front et s'ôte de petites croûtes.
Il change de conversation en me montrant un manuscrit de Saint-Pol Roux, une pièce injouable, mais qui, l'amuse. Roux lui a écrit deux lettres "magnifiques". Lemaître lit quelque belles images, dont aucune ne porterait. On n'entendrait même pas les mots.
- Quelqu'un viendra, dis-je, qui lira Roux et adaptera tout cela au goût français.
Lemaître dit d'ailleurs que tout se trouve déjà dans Hugo. Il ignore Claudel.
Il me demande si les "mots" sont de moi ou de ma fillette. Ça devient un jeu de société. Il me dit que, parfois, on dirait des mots d'une petite fille de Maeterlinck.
Puis il me reconduit à la porte en me précédant.

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