dimanche 26 avril 2015

Journal du 26 avril 1909

Barfleur. Une femme décoiffée par la mer.
Une alouette chante sur l'immense mer.
La première chose que j'apprends, c'est que L’Écornifleur a été apporté ici par un voyageur qui l'avait lu en Chine.
Désillusion. Mme Alix, une vieille sans intérêt, me regarde avec des petits yeux de défiance.  Elle tient à nous montrer la maison où nous habitions voilà vingts ans. Elle était mieux Elle sentait le sapin: aujourd'hui, elle sent le tapis. Elle s'est embourgeoisée. Album de cartes postales, portraits du pape, un dessin à la plume: "Dieu protège mon fiancé." De la jeune fille, on a voulu faire une dame: piano, violon, mandoline du mari, et des tapis et des tentures!... Tout ça dans l'obscurité. Mme Alix cherche qu'on lui dise qu'elle n'a pas vieilli.
Ils continuent le commerce de poisson comme en cachette.  Ils voudraient bien dire qu'ils on fait fortune, et pas trop qu'on le croie: c'est mauvais pour ce qu'il reste de commerce.
Christ partout.Rien pour moi. J'entends seulement: "Vous avez monté en grade", quand je lui dit que je suis maire.
Elle parle de son coeur.
- Mon défaut, c'est que j'ai trop de coeur. Je donne tout ce que j'ai.
Bien étonnée d'avoir si bon coeur, tout en étant si sûr d'être avare.
Suite demain.

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