jeudi 16 avril 2015

Journal du 16 avril 1903

Antoine veut dire son rôle avec le souffleur. c'est terrible.
On répète dans de la toile d'emballage du décor.
Ce que dit Antoine à un souffleur:
- Je vous attends,  monsieur....Pas si vite, monsieur!.... Le texte, monsieur. Y a-t-il "pourtant" ou "cependant"? ...Rien à faire avec un souffleur pareil!... Laissez-moi, monsieur!... Soutenez-moi, monsieur!...Heu! Heu! Suivez donc, monsieur!... Pas si haut! Je ne m'entends plus!
Il dit:
- Je veux savoir mon texte aujourd’hui.
- Bon! Mais vous me permettrez tout de même, Antoine, d'y faire quelques petits changements?
- Vous aussi, à moi? dit-il.
- C'est drôle!
Ibels me demande si ça ne me gêne pas qu'il reste. Nous en sommes à la scène du peintre. Il doit trouver ça de mauvais goût, Cheirel trop "Palais-Royal", Signoret, pas poète.
On recommence. C'est aussi mauvais, et je n'y vois que du terne.
Desprès, à qui Beaubourg vient de lire une pièce en quatre actes, dont le premier est formidablement beau, et les trois autres, de plus en plus mauvais, me parle de Poil de Carotte qu'elle a joué dans un salon, de Lugné, qui est un admirable Lepic, un peu trop grand seigneur, puis elle me dit:
- C'est délicieux.
- De qui parlez-vous,
- De  Monsieur Vernet. J'ai entendu les deux actes.  Oh! la fin du deux! C'est du même tonneau que Plaisir de rompre, quoique supérieur. J'aime moins le Pain de ménage, vrai et simple. Je ne dis pas que cela aura la destinée de Poil de Carotte, que je vous jouerai éternellement, mais vous pouvez compter sur soixante à quatre-vingts représentations. 
- Vous êtes sincères?
- Oh! vous pouvez être tranquille.
Et je le suis un peu moins.
Tout de même, il faut bien laisser à Desprès une petite préférence pour Poil de Carotte!

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