vendredi 3 avril 2015

Actualité culturelle

Journal d'une femme de chambre, de Benoît Jacquot. Avec Léa Seydoux, Vincent Lindon, Clotilde Mollet. Au cinéma, à partir du mercredi 1er avril.
On ne sait pas exactement ce qui a poussé Benoît Jacquot à refaire une adaptation du Journal d'une femme de chambre, mais il accomplit impeccablement le programme. A défaut de cette nécessité intérieure que Rilke demande aux artistes, le réalisateur apporte l'excellence de son savoir-faire.
Voilà la jeune Célestine (Léa Seydoux), femme de chambre par obligation mais rêvant de sortir du cadre, engagée chez un vieux ménage de notables de province, M. et Mme Lanlaire. Madame est d'une aigreur tatillonne et persécute volontiers le personnel.  C'est son seul divertissement. Monsieur profite de sa position pour satisfaire - plus ou moins -ses fantasmes libidineux. L'entourage villageois, militaire à la retraite, commère plantureuse, factotum sombre et mutique, complète  un tableau de la petite bourgeoisie  au pittoresque caricatural. Astucieusement, le réalisateur aère l'histoire en ouvrant des fenêtres sur les précédentes places de Célestine, qui révèlent d'autres aspects de sa personnalité.
L'écriture est intelligente, et Léa Seydoux éclatante de jeunesse et de sensibilité perdues. Rien d'une dévergondée, mais un tempérament indépendant mal étouffé par la contrainte sociale.
Benoît Jacquot traite l'évocation d'époque avec ce raffinement qui évite les décors léchés et les comportements trop appliqués. Décors, costumes, manières ont cette juste usure des choses familières. La dérision et l’amertume y passent d'autant mieux, comme des courants d'air actuels derrière  les tapisseries fanées.
(Marie-Noëlle Tranchant, le Figaro, mercredi 1er avril 2015, p. 28.)

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