vendredi 5 septembre 2014

Jules Renard vu par Léon Daudet 2/5

Suite d'hier.
Renard avait un très joli talent descriptif, cela est certain. Je ne l'ai jamais autant goûté que le fait mon cher Byvanck, par exemple, célèbre critique irlandais, quand il l'égale à La Bruyère ou à La Fontaine. Mais il ne semblait à l'aise ni dans son oeuvre ni dans sa peau. Fendeur de cheveux en quatre, il aspirait à la puissance et à la fécondité lyrique. Biographe des existences opprimées, tourmentées ou manquées, - Poil de carotte, le Pain de ménage, l’Écornifleur, - il déclarait ne pouvoir supporter que les gens tout d'une pièce et déterminés. Le bruit court qu'il a laissé des cahiers de notes d'une grande crudité, où sont ses impressions au jour le jour sur les uns et les autres. Voilà une collection qui serait bien intéressante à consulter. Je présume que ce recueil ne doit pas être exceptionnellement tendre ni indulgent.  Mais qui sait ce qui se passait au juste derrière le haut front bombé et les yeux froids de Jules Renard? Il n'a livré son secret à personne, pas même à Byvanck.
A suivre.
(Léon Daudet, L'Entre-deux guerres, Bernard Grasset, 1932.)

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