mercredi 20 mars 2013

"La Bigote" vue par Louis Nazzi

La Bigote vient de paraître en librairie. 
Cela s'est fait sans bruit, tout simplement, un jour de ce printemps-ci, parmi le grand labeur muet des forces naturelles, comme un bourgeon éclate au faîte de la plus haute blanche. Rien n'a annoncé cette naissance, ni la manchette des fiévreux quotidiens, ni "la vie littéraire" des revues graves et pesantes. L'importante nouvelle n'a pas été baladée par la ville, à dos d'hommes. Les affiches lumineuses, qui éclaboussent de clarté  rougeoyante les ardentes nuits parisiennes, les mots de feu, aux balcons du boulevard et jusqu'aux mansardes, n'en ont rien dit... Et pourtant, la Bigote est une comédie simple, pleine, nécessaire, lentement venue à point, comme un beau fruit. Il vient de pousser encore un chef d-œuvre à notre littérature française toujours verdoyante. Le fait vaut bien qu'on s'arrête un instant et qu'on lève la tête. combien d'années va t-il falloir attendre, à présent?
J'imagine que dans un temps lointain, alors que nous ne serons plus, pour ceux qui vivront, que le "commencement du XXe siècle" et, dans l'Histoire, une dalle morne avec un chiffre dessus, j'imagine que deux élèves-bacheliers, rentrant à la maison, diront ceci, à peu près en ces termes: 
- J'ai un devoir de math à faire... Et toi?
- Moi: il faut que je compare Tartuffe et La Bigotte... C'est la barbe!...
Et ce charmant  hommage d'irrespect d'un gamin de l'avenir, Jules Renard sera l'un des rares écrivains de ce temps-ci à le connaître. La vraie gloire littéraire, c'est de désespérer les collégiens et les divertir, plus tard, quand ils seront des hommes. Jules Renard n'y manquera pas. [...]
(Louis Nazi, Cœmedia, 21 mai 1910.)

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