jeudi 14 mars 2013

Jules Renard vu par Maurice Pottecher 7/7

Suite d'hier
Tandis que sur la petite place peu à peu désertée, il contemple, selon son souhait, "de ses yeux de pierre le paysage et les choses que tant de fois ses yeux ont regardé", là-bas dans le cimetière campagnard, envahi par le crépuscule, au bord d'une tombe où une palme de bronze couvre quatre noms gravés sur une ligne de granit, sanglote à présent une inconsolable douleur. "Son survit dit-elle; oui, on me l'assure, et que c'est cet esprit dont je dois me souvenir avec un tendre orgueil. Mais n'est-ce pas lui, pourtant, lui à qui toute ma vie était liée, qu'ils ont couché là et qui ne se relèvera plus? Son esprit, ah! je sais bien que je puis en être fière; mais ce que mes lèvres embrassaient, c'était son front penché vers moi, c'étaient ses yeux à jamais fermés.
Le sifflement strident d'un train coupe cette plainte qui gémit à mi-voix; les croassements d'une volée de corbeaux, passant sur un ciel empourpré, rompent et referment le silence de la nuit qui tombe. Ferme coeur, secouez ce frisson. Il faut souffrir en silence l'inéluctable, savoir se taire, accepter, accepter, et, les yeux encore humides, sourire à cette gloire, qui rayonne, comme ce ciel mêlé d'or et de sang, sur l'ombre des tombeaux. C'est ainsi qu'il faut vivre....
Et tâcher de survivre, aussi.
(Maurice Pottecher, Les Cahiers d'Aujourd'hui, n°7, octobre 1913.)

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