mardi 18 septembre 2012

Mon chien Pointu

On ne peut mettre Pointu dehors, par ce temps, et l'aigre sifflet du vent sous la porte l'oblige même à quitter le paillasson. Il cherche mieux et glisse sa bonne tête entre nos sièges. Mais nous nous penchons serrés, coude à coude, sur le feu, et je donne une claque à Pointu. Mon père le repousse du pied, maman lui dit des injures. Ma sœur lui offre un verre vide.
Pointu éternue et va voir à la cuisine si nous y sommes.
Puis, il revient, force notre cercle, au risque d'être étranglé par les genoux, et le voilà dans un coin de la cheminée.
Après avoir longtemps tourné sur place, il s'assied près du chenet et ne bouge plus. Il regarde d'un œil si doux qu'on le tolère.
Jules Renard
(Les Annales politiques et littéraires, 29 mai 1910)

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