jeudi 13 septembre 2012

Les feuilles

Il est charmant d'ailleurs, ce pensionnaire émancipé de l'arbre qu'est l'oiseau. Actif et doux il amuse les feuilles de son adresse et de son talent, joue avec elles sans les blesser, comme un frère espiègle et doué avec ses petites sœurs émerveillées.  durant ces longues journées il distrait de sa vie exubérante l'immobilité un peu monotone des belles prisonnières. Il chante et toutes les feuilles l'écoutent, et il entame à tous moments la conversation avec un autre oiseau d'un autre arbre.
Ils causent ainsi d'un arbre à l'autre, mais les feuilles, personnes bien élevées, ne se mêlent pas à la conversation. elles restent silencieuses les unes près des autres, se balançant  parfois d'un mouvement souple. Jusqu'à leur arrivée l'arbre était mort comme une maison vide dont les volets sont clos. Maintenant à travers les fenêtres ouvertes on voit que la vie est entrée dans la maison. Ainsi, quand tout d'un coup cinq cents feuilles ont planté leurs merveilleuses tentes vertes sur l'arbre réhabité.

(Marcel Proust, Essais et articles, Au temps de Jean Santeuil, Bibl. de la Pléiade, p. 415.)

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