mercredi 26 septembre 2012

Journal du 26 septembre 1902

Élargir ses yeux. Je vois Chaumot et Chitry. Cette année, je vois presque Marigny.  Il faut que, l'année prochaine, je voie Germenay. Si je comprenais tout entier - comme une photographie comprend les détails de la vue prise - ce coin du monde, je n'aurais pas perdu ma vie. 
Le soleil se couche, mais les arbres aussi, et le village. La route s'éteint, et les champs meurent dans une teinte grise. Quand le soleil ne se couche pas, la nature qui s'endort est plus émouvante
Si je deviens vieux, ma tristesse de chaque jour sera peut-être de me dire: "Peut-être que demain je ne verrai plus rien de tout cela?"
C'est l'eau qui, la dernière, ferme ses yeux pâles.
Le château ramène ses sapins autour de lui.
Le clocher se couche dans les vibrations de ses cloches.
L'arbre s'encapuchonne.
Des bœufs blancs se promènent comme s'ils cherchaient une place où dormir, bien enveloppés de leurs chemises blanches.
La rivière va se coucher plus loin.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

En publiant un commentaire sur Jules Renard, vous vous engagez à rester courtois. Tout le monde peut commenter. Les commentaires sont publiés après modération (Pas de langage SMS), Merci.