mardi 13 mars 2012

Jules Renard par lui-même 5/6

Les dames. – Elles en ont beaucoup (de talent)  – pas plus que nous.
Rachilde est une femme de génie. Je lis de Georgette Leblanc un livre très bien. Je n’ai lu de Mme de Noailles que le Visage émerveillé. Je l’ai lu de mauvaise humeur.  Quoi ! il va falloir encore admirer quelqu’un ! Ça m’aurait ravi que cette dame fût stupide. À la lecture, le livre m’a bien souvent agacé. Que de vertige ! que de volupté ! Ça éprouve tant que ça, une petite religieuse ! De la douleur éclatante,  du plaisir qu’on renonce à dire ! L’âme s’élance, le cœur aussi, les poumons aussi ! Ce n’est plus la vie, c’est la vie de la vie, l’amour de l’amour ; le silence crie ; on s’évanouit à chaque odeur, même à celle des petits pois verts. Et tout ce qui pénètre dans la poitrine, jusqu’à des terrasses ! On ne sait plus si ces dames mangent un fruit ou si c’est le fruit qui les mange. Elles meurent de larmes, avec un soupir immense. C’est trop, c’est trop. Il faudra bien se calmer et remettre chaque mot en sa place ; le style, ce n’est pas la femme.
J’ai donc boudé jusqu’à la fin du livre. Mais, le livre fermé, je réfléchis…C’est tout de même l’œuvre d’une femme de talent. Ce mot-là me suffit. Faites décorer Mme de Noailles. Elle s’entrera, comme l’Aiglon, sa croix dans le cœur, mais elle l’aura bien méritée.
Des faillites. – Je n’en vois point. . La mienne, peut-être (voir l’enquête Jules Huret) ; mais, comme il y a l’homme d’une seule femme, il y a l’homme d’un seul livre. Nous comptons trop. Nous ne relisons pas assez. Il suffirait peut-être à tel failli de republier son beau livre tous les deux ans.
J.R.       Suite demain

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