samedi 10 mars 2012

Jules Renard par lui-même 2/6

Les écoles. – Je n’ai jamais su ce que c’était : peu de choses, sans doute, un prétexte à écrire plus tard des chapitres d’histoire littéraire. On ne doit aux écoles que les procédés.  Le talent reste individuel, bien que ce dernier mot, je ne sais pourquoi, me fasse mal au cœur.
On dit humaniste, naturiste, comme on dit humoriste, ironiste, etc. C’est peut-être la même chose. Ironiste ! quand on pense que Catulle Mendès lui-même s’y est laissé prendre ! il a cru que nous voulions faire de l’esprit ! le fonds de l’homme de talent, qu’il soit ironiste ou lyrique, c’est le désespoir morne de n’avoir pas plus de talent. Les derniers venus crient très fort : «  vivons ! » C’est un beau cri, mais quelques-uns oublient de dire à quoi…

Les influences. – On les subit toutes. Le plus original résiste le mieux. Et puis, ça dépend de l’âge.  Je ne crois pas qu’un jeune homme, s’il n’est qu’artiste, commence par Tolstoï.
À trente ans, besoin d’agir, de se mêler à son pays. On vote. Voter, c’est une petite action importante. À trente-cinq ans, je n’avais pas voté une fois. Me voilà maire ! Et vexé, parce qu’un réactionnaire est élu conseiller général de mon canton… À cinquante ans, je suppose, j’espère, on est un sage. On ne rêve plus, on agit peu. On médite jusqu’à la mort.
J.R.   Suite demain

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