vendredi 4 septembre 2015

Journal du 4 septembre 1901

Le père Joseph, pêcheur. Il a près de soixante ans. Il est de la Haute-Saône. Il y en a plus de trente-cinq qu'il n'a pas revu son pays, mais il n'y tient pas. Il est habitué aux gens d'ici. Il a deux fils jumeaux âgés de plus de vingt ans. On ne les voit jamais. Ils sont quelque part, peut-être en prison. Ils font leur vie. Sa fille a "dans les quinze ans", il ne sait pas au juste.
Il a deux roulottes, l'une qui est de la largeur d'un lit: celui de sa femme, qui est aussi le sien, est au fond, celui de leur fille, à l'entrée; l'autre contient un poêle. Il ne pourrait pas s'en passer, pour faire sa cuisine, d'abord, ensuite, pour se chauffer, quand deux vents qui soufflent se rencontrent entre les deux roulottes sous la bâche qui sert de toiture.
Autrefois, il prenait, par jour, douze livres de poisson qu'il vendait à Corbigny. Il n'y en a plus. Coureurs, saltimbanques, ont tout détruit avec des lignes de fond.  On ne devrait pas pêcher ainsi. C'est défendu.
Il préfère ses roulottes à une petite maison qui lui coûterait peut-être 60 francs de loyer par an.

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