mardi 22 septembre 2015

Journal du 22 septembre 1892

Le dîner du Journal. Tous ces gens avaient un traité (à propos, où le nôtre avec la Russie?) qui leur assurait à chacun, chaque jour, la première colonne de la première page. Un calculateur habile établit que, si on réunissait bout à bout les copies d'une année, elles s'étendraient du restaurant à la prise de Constantinople.
Alphonse Allais écoutait son voisin en dormant. Maurice Barrès cherchait des idées générales dans la conversation de Métènier qui lui disait merde. Bernard Lazare promenait sa figure pareille à un abcès prêt à percer. D'Esparbès monta sur une table et dit son fait à Caïn. Les ventres haletaient comme la mer sur le rivage, et, au dessert,, plusieurs se reboutonnèrent.
Notre directeur se leva. Il lut des dépêches où quelques conviés s'excusaient de ne pas venir parce qu'il allaient ailleurs. Il nous assura que le succès du Journal était entre nos mains et qu'il ne fallait pas, en nous suçant les doigts, les ouvrir, de peur de le laisser couler.

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