samedi 28 juillet 2012

Pâques

Voici la semaine de Pâques et, comme à un opéra aimé aux douces influences musicales de qui on brûle d'aller se soumettre, chacun décide d'aller au plus vite à la campagne. La représentation est d'ailleurs particulièrement brillante, il faut se hâter d'en profiter. Car ce n'est que pour quelques jours que les cerisiers, les pommiers et les poiriers se montreront dans toute la splendeur de leur légère robe blanche ou rose. Et les frêles lilas qui prolongent leur séjour tous les ans de quelques semaines pour paraitre à côté de ces cerisiers devant la beauté presque féerique de qui ils s'effacent en souriant, comme les femmes souvent admirent une autre femme - les frêles lilas sont encore là, inclinant gracieusement leur tête violette ou blanche de cygne. Et quoique leur beauté soit certes moins éclatante, peut-être la préférerez-vous à celle des cerisiers, et trouverez-vous à leur parfum un charme unique.
A chaque étage des vieux marronniers, les feuilles - hôtes joyeux du printemps qui restent assez tard à jouir de la belle saison et dont quelques-unes, plus résistantes que les autres aux vents redoutés de Septembre prolongent leur séjour, s'exposant vaillamment seules sur la branche désertée aux intempéries de l'automne - les feuilles déjà sont au complet.
(Marcel Proust, Essais et articles, Au temps de Jean Santeuil, Bibl. de la Pléiade, Gallimard, p. 414.)

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