vendredi 13 avril 2012

Le Journal vu par Sacha Guitry 3/5

Un autre s'écrie que dans ce livre on trouve "du bon et du très mauvais". Pourquoi du bon et du très mauvais? Pourquoi pour lui le bon n'est-il que bon, quand le mauvais est très mauvais?
Ah! Que Vauvenargues avait raison...
Non, ce n'est pas du bon et du mauvais qu'on trouve dans ce livre. Et ce n'est pas cela qu'il faut dire quand on veut être juste. Ce n'est même pas suffisant de dire qu'on y trouve de tout. En vérité, on y trouve tout. Tout ce que le cœur d'un homme peut contenir de grandeur et de bassesse, de haine et d'amour. C'est l'aveu constant, renouvelé de l'incertitude. C'est la contradiction du cœur et de l'esprit. C'est le reflet d'une âme en peine. C'est le témoignage d'une scrupuleuse honnêteté littéraire, c'est un ardent désir de dire la vérité au jour le jour.
C'est le cœur mis à nu d'un humoriste-né, c'est une déclaration d'amour à la nature et qu'il fait à mots couverts. Cruel, il l'est souvent - injuste, il l'est parfois - mais il en est toujours le premier informé. C'est l'homme qui a décidé de dire ce qu'il pensait, il peut lui arriver de regretter de penser ce qu'il pense, mais il ne peut le garder pour soi -surtout si c'est cruel, ou bien si c'est injuste, et c'est pour sa punition qu'il le note. Et comme il sait qu'il est sensible et qu'il est bon, il doit se dire, en le notant: "Ils verront ainsi les pensées abominables qu'un brave homme peut avoir - et ils se reconnaîtront!"
Suite demain.
(Sacha Guitry, Les Nouvelles littéraires, 26 octobre 1935)

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