mardi 3 avril 2012

Journal, un jour d'avril 1898

Sur le pont, regarder le flottage des bûches qui se poursuivent et s'entrechoquent, et paraissent vraiment animées. C'est une foule de bêtes  vivantes et bizarres de simplicité: ni tête ni membres. elles culbutent au bas du moulin, et descendent, d'une allure rapide, aussi loin que va la rivière, qui n'a plus l'air de couler. Les bûches ruisselantes glissent, marchent ou bondissent sur elle. Quelques-unes, lasses, se séparent du troupeau et se retirent dans un coin d'eau dormante où elles s'immobilisent peu à peu. D'autres se noient. Et les poissons, que cette invasion effare, se collent contre les bords, sous l'épervier.

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