jeudi 26 avril 2012

Journal du 26 avril 1909


Barfleur. Une femme décoiffée par la mer.
Une alouette chante sur l'immense mer.
La première chose que j'apprends, c'est que l’Écornifleur a été apporté ici par un voyageur qui l'avait lu en Chine.
Désillusion. Mme Alix, une vieille sans intérêt, me regarde avec des petits yeux de défiance. Elle tient à nous montrer la maison que nous habitions voilà vingt ans. elle était mieux. Elle sentait le sapin: aujourd'hui, elle sent le tapis. Elle s'est embourgeoisée. Album de cartes postales, portraits du pape, un dessin à la plume: "Dieu protège mon fiancé." 
De la jeune fille, on a voulu faire une dame: piano, violon, mandoline du mari, et des tapis et des tentures!...Tout ça dans l'obscurité. Mme Alix cherche qu'on lui dise qu'elle n'a pas vieilli.
Ils continuent le commerce de poisson comme en cachette. Ils voudraient bien dire qu'ils ont fait fortune, et pas trop qu'on le croie: c'est mauvais pour ce qu'il reste de commerce.
Christs partout. Rien pour moi. J'entends seulement: "Vous avez monté en grade", quand je dis que je suis maire.

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