samedi 21 avril 2012

Journal du 21 avril 1896

Marc Stéphane, l'auteur de Fleurs de morphine, m'envoie sa petite amie pour me demander si je n'ai pas l'intention de faire un article sur son livre à L’Écho de Paris ou au Mercure de France. Elle a des bandeaux, un petit chapeau plat, des dents jaunes et de grosses joues, et un fort accent. elle est comme effrontée et innocente.
Et je fais le maître, moi, je parle des illusions que doit avoir ce jeune homme de vingt-six ans, des difficultés que j'ai eues, moi, de ma bonne volonté à moi. Et je suis flatté. Pensez-donc! C'est la première visite qu'une femme  me fait. elle ne se dégrafe pas, mais ça viendra. Vive la littérature française! Le métier a du bon.
Ça m'embêtera tout de même, de faire cet article. Aussi, j'ai eu la précaution de prévenir la petite dame que ça ne paraîtra pas dans le prochain numéro, qu'un article au Mercure n'avait aucune importance, mais que, si ça pouvait lui être agréable que je passe un quart d'heure à écrire deux ou trois lignes...
- Merci, monsieur. Vous êtes bien aimable, et je vous demande pardon de vous avoir dérangé.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

En publiant un commentaire sur Jules Renard, vous vous engagez à rester courtois. Tout le monde peut commenter. Les commentaires sont publiés après modération (Pas de langage SMS), Merci.