lundi 20 février 2012

Jules Renard vu par Gustave Guiches 2/3

Dans son village, il est le parisien. À Paris, il est le villageois. Il n'est pas paysan. Il est municipal. Il a des vanités de fête patronale, des ambitions locales, et des étonnements naïfs, presque superstitieux. Il ne se cache pas de vouloir être maire, se déclare beau danseur au point de pouvoir valser dans le rond d'une assiette, et, à déjeuner chez Guitry, ayant évalué à cinq francs la boîte de havanes qu'on lui présente, et Capus ayant relevé: "Cinq francs, pièce!", il regarde, avec stupeur le cigare choisi, et, tout à coup, le couche à côté des autres, comme si ce cigare de cent sous lui brûlait les doigts;
Renard n'aime pas qu'on le blague. - "Je voudrais, déclare-t-il, serrer à ce point ma phrase que le papier se recroquevillât sous ma plume". Comme à cette déclaration d'amour pour le laconisme, je réponds: "On vous appellera le "père laconique!" il riposte, avec un sourire prometteur: "Je vous revaudrai ça!"
Mais s'il n'aime pas qu'on le blague, il n'en blague pas moins, à l'occasion, même férocement, et au jeune fils d'un écrivain connu pour sa méchanceté, tandis que ce garçon lui montre, avec fierté, un fort paquet, en lui disant: "Je vais jeter à la boîte, la correspondance de mon père", il lui demande:
"Ses lettres anonymes?..."
Suite et fin, demain mardi.
(Gustave Guiches, Le banquet, 1926).

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