lundi 30 avril 2012

Journal du 30 avril 1895

- Oui, mon cher ami, dit Courteline. Elle assistait à la répétition générale d'une pantomime, et, comme elle ne comprenait pas, elle disait à sa voisine: "Aujourd'hui, ce n'est qu'une répétition générale, mais ils parleront demain, à la première".

"L'Ombre d'Oscar Wilde" au Théâtre du Nord-Ouest

Le procès d'Oscar Wilde jugé par les écrivains français  
"Octave Mirbeau reçoit chez lui Frank Harris, Laurent Tailhade, André Gide, Jules Renard, Edmond de Goncourt, Rachilde, pour organiser la défense de l'auteur de Dorian Gray. Au travers de ces échanges, on découvre en filigrane un portrait d'Oscar Wilde, écrivain controversé, haï par certains, adulé par d'autres. Texte de défense, texte engagé mais aussi texte de réflexion littéraire, cette pièce de théâtre se caractérise par des dialogues percutants, et replace le procès dans le contexte d'une morale victorienne rigide. Un nouveau regard donc, sur les hommes de lettres, leurs engagements intellectuels et privés, mais aussi sur " une affaire qui les aura divisés et surtout, aura mis en lumière, la limite de leur humanité dès que le sensuel risque d'éclabousser leur confort familial et social – d'une certaine façon... " 
De Lou Ferreira.           Théâtre du Nord-Ouest à partir du mardi 1er mai 2012.

dimanche 29 avril 2012

Journal du 29 avril 1890

Faire une idylle avec l'amour de deux métaux. D'abord, on les vit inertes et froids entre les doigt du professeur entremetteur, puis, sous l'action du feu, se mêler, s’imprégner l'un de l'autre et s'identifier en une fusion absolue, telle que n'en réaliseront jamais les plus farouches amours. L'un deux cédait déjà, se liquéfiait par le bout, se résolvait en gouttes blanchâtres et crépitantes.

Jules Renard vers 1891

Jules Renard, dont le Mercure révéla les premières petites proses, ne parlait guère, mais était toujours aux écoutes, pointilleux, susceptible, attentif et méfiant comme un lapin roux dont il avait le continuel frémissement de bouche et d'oreille.
(Camille Mauclair, Servitude et grandeur littéraires).

samedi 28 avril 2012

Journal du 28 avril 1894

- Vous connaissez Antoine?
- Qui est-ce qui ne connaît pas Antoine!
- Il est gentil, ce monsieur?
- Très gentil. J'ai entendu dire beaucoup de mal de lui, mais on dit tant de choses!

Renard vu par Goncourt et Goncourt vu par Renard

"Ce soir, chez les Daudet, première visite de Jules Renard, l'ironique créateur de Poil de Carotte, un garçon à la construction de la tête toute semblable à celle de Rochefort, mais sans la plantation rêche des cheveux, sans le toupet de clown, un garçon encore jeune, mais froid, sérieux, flegmatique, n'ayant pas aux bêtises qui se disent le rire de la jeunesse."
A ce  passage du Journal des Goncourt, daté du 5 mars 1891, répond celui du Journal où Renard a noté, à la même date: "Hier chez Daudet, Goncourt... Pourquoi suis-je sorti de là écœuré? Je m'imaginais sans doute que Goncourt n'étais pas un homme. Faut-il retrouver chez les vieux les petitesses des  jeunes? A-t-on assez arrangé le pauvre Zola, jusqu'à l'accuser de tourner au symbolisme!...
Goncourt, un gros militaire en retraite. Je n'ai pas vu son esprit: ce sera pour une autre fois."
(Titre et textes cités par Léon Guichard, Dans la vigne de Jules Renard, p. 289).

vendredi 27 avril 2012

Journal du 27 avril 1909

Quand Mme Alix, marchande de poisson, a marié sa fille, une tempête s'est déchaînée, qui a duré quinze jours. Elle a du faire venir ses homards de Paris, son turbot de Rouen, ses crevettes du Havre, etc. elle a dit à son gendre: 
- Voulez-vous pas poser votre casquette sur la table où on mange! 
Un peu penaud, il l'enlève, et me dit, comme pour s'excuser, que Mme Alix est une femme supérieure.
Chapelier qui ne lève pas ses stores parce qu'il n'a pas de chapeaux à mettre dans sa devanture.
Mme Vernet est éparse dans le village. Tout à l'heure une femme est descendue d'automobile. Je la voyais de dos: j'ai cru que c'était elle. Vue de face, elle lui ressemblait encore.

jeudi 26 avril 2012

Journal du 26 avril 1909


Barfleur. Une femme décoiffée par la mer.
Une alouette chante sur l'immense mer.
La première chose que j'apprends, c'est que l’Écornifleur a été apporté ici par un voyageur qui l'avait lu en Chine.
Désillusion. Mme Alix, une vieille sans intérêt, me regarde avec des petits yeux de défiance. Elle tient à nous montrer la maison que nous habitions voilà vingt ans. elle était mieux. Elle sentait le sapin: aujourd'hui, elle sent le tapis. Elle s'est embourgeoisée. Album de cartes postales, portraits du pape, un dessin à la plume: "Dieu protège mon fiancé." 
De la jeune fille, on a voulu faire une dame: piano, violon, mandoline du mari, et des tapis et des tentures!...Tout ça dans l'obscurité. Mme Alix cherche qu'on lui dise qu'elle n'a pas vieilli.
Ils continuent le commerce de poisson comme en cachette. Ils voudraient bien dire qu'ils ont fait fortune, et pas trop qu'on le croie: c'est mauvais pour ce qu'il reste de commerce.
Christs partout. Rien pour moi. J'entends seulement: "Vous avez monté en grade", quand je dis que je suis maire.

Lundi 30 avril 20 h 35 - France 5

Notre amie Noëlle Benhamou, spécialiste de Maupassant,  nous signale qu'elle a enregistré une émission pour France 5,  mardi dernier avec Thomas Hugues au studio d’Issy-les-Moulineaux.
Ce petit entretien sera diffusé lundi 30 avril à partir de 20h35 après la rediffusion de deux épisodes de Chez Maupassant : « Aux champs » et « Au bord du lit ».
maupassantiana.fr

mercredi 25 avril 2012

Journal du 25 avril 1902

Printemps. Il semble qu'à déjeuner on va manger d'abord quelques brins de lilas, et qu'on finira par une coupe de fleurs de pommiers.

M. Jules Renard, un psychologue des états de l'imbécilité

M. Jules Renard... peut être défini le contraire essentiel du poète lyrique. Et je crois qu'il méprise un peu la poésie, les poètes, leur éloquence. Leurs systèmes et cette symbolique qui leur est chère. Cependant, il n'est point sans poésie lui-même. J'irai plus loin, il est poète à la manière d'un satirique très sec.
M. Jules Renard exerce la profession de graveur de pierres. Il a le poinçon incisif et l'esprit simplificateur. Sa gravure est par là d'une qualité haute et rare. Elle représente quelque chose de net, de sûr et de concis.
(Charles Maurras, M. Jules Renard d'après Poil de Carotte: un psychologue des états de l'imbécilité, La Revue encyclopédique, 1er avril 1895.)

mardi 24 avril 2012

Journal du 24 avril 1906

Un pommier fleuri comme un garçon d'honneur. Les arbres se marient.

Actualité littéraire

Deux ouvrages viennent de paraître:
- Journal particulier 1935, de Paul Léautaud, édité et annoté par Édith Silve, Mercure de France, 2012, 346 pages.
"Les passionnés de Paul Léautaud connaissaient son existence et désespéraient de pouvoir le lire un jour. Le voici enfin, cinquante-six années après la mort de l'écrivain, apparu comme un miracle: Le Journal particulier, 1935 vient d'être publié chez l'éditeur historique de Léautaud, le Mercure de France, maison pour laquelle il travailla durant plus de trois décennies."
- Pierre Louÿs/ Henri de Régnier, Correspondance 1890-1913, Bartillat, 2012, 404 pages.
 "Le point commun de ces deux amis, outre leur passion immodérée pour la poésie, est d'avoir aimé la même femme: la sublimissime Marie une des filles du poète parnassien José-Maria de Hérédia, qui avait publié sous le nom de Gérard d'Houville. Régnier l'avait épousée, Louÿs fut son amant officiel et le père de son enfant avant de convoler avec l'autre fille de Hérédia."
(Le Figaro littéraire, jeudi 19 avril 2012).

Addendum
"Paul Léautaud a 64 ans et il bande comme un bouc. Même au Bon Marché! Le contact des étoffes suffit à muscler son entrejambe. Il se juge d'une "jeunesse extraordinaire". Surtout quand, chez lui, à Fontenay-aux-Roses, ou chez elle, à Paris, il contemple Marie Dormoy, nue, "un vrai Renoir"... Le Journal particulier de l'année 1935, resté jusqu'à présent inédit, confirme qu'au déduit il est resté gaillard et que Marie Dormoy continue de l'inspirer."
(Bernard Pivot, Léautaud misanthrope érotomane, le Journal du dimanche, 22 avril 2012).

lundi 23 avril 2012

Journal du 23 avril 1899

Qu'est-ce qu'un critique? Un lecteur qui fait des embarras.

Un fantaisiste: Jules Renard 2/2

Tel un paysage, le comique est un état d'âme. Jules Renard excelle à nous le suggérer, par une incantation sienne, qui spécifiquement vaut celle des poètes...
Aussi est-il, entre les fantaisistes, celui dont on ne se lasse point... autant de petites pages à relire, jusqu'à la mémoire, par cœur,  sans altération du plaisir, puisqu'il n'y a pas là rire émoussable ou surprise de suite éventée, puisqu' aussi il ne fatigue point par des bavardages et des délayages où s'embourbent les vieux comiques, sous prétextes récits "bon enfant", puisqu' enfin il surveille son style jusqu'à une maîtrise spéciale, menue et propre, excellente à dire ce qu'il veut sans plus.
Un fantaisiste: Jules Renard, Lucien Muhfield, La Revue blanche, janvier 1894.