lundi 19 octobre 2015

Journal du 19 octobre 1890

J'attends ce soir Émile Bergerat. Mettre d'un côté l'idée que je m'en fais et, de l'autre, l'impression qu'il me produira.
Vu Bergerat. O gloire! Un gros homme coiffé d'un chapeau mou, vêtu d'un jersey bien élégant, tout gris, des yeux de fouine, un nez idem, et des bottines, et ces élastiques de bottines! Nous sommes allés prendre des bocks. Nous étions une dizaine, tous éblouis de le voir en homme naturel. Il nous prenait par le bras, nous disait: mon vieux, mes enfants, si vous étiez malins, vous feriez ça. Il dit de mon escalier: voilà l'escalier où je vais mourir. Je lui demande:
- Vous avez fait un Gautier bien intéressant, dans vos Entretiens?
- Oh! oui, mais j'ai ajouté beaucoup, vous savez. 
- Et le Gautier des Goncourt, comment le trouver vous?
C'est pas ça. Gautier disait merde, mais en gentilhomme. Ma vie a été bizarre. Dès mes débuts, j'ai dû accrocher quelque chose, frotter une borne qui m'a fait dévier. Je n'ai pas eu un succès de cinquante mille francs, comme tout le monde peut en avoir. J'ai des charges, de la famille. J'aimerais mieux crever, disparaître.
il trouve inepte les chroniques de Fouquier.

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