mercredi 13 mai 2015

Journal du 13 mai 1898

On a vite touché le fond de l'ordure. Elles ne savent pas, ces dames combien vite un homme se lasse d'une grue. Pour les aimer, il faudrait d'abord leur coudre la bouche, et Marinette, dans son coin, a l'air d'une pudeur qui s'ennuie. 
Entre elles, elles se traitent minaudièrement de "vaches".
Celle-ci, qui ondule comme une anguille, aimerait à siffler, avec deux doigts dans la bouche, comme les petits voyous de la rue. Celle-là s'est fait suivre, à coups de clins d’œil, par Barrès, qui ne la connaît pas. elle ne voudrait pas coucher avec celui-là. Elle coucherait bien avec cet autre, et, si elle était mariée avec cet autre, elle le ferait cocu.
Elle chatouille le ventre de sa chienne.  Elle s'étonne que les femmes ne couchent pas plus souvent avec les singes.
Une certaine limite dépassée, il n'y a plus rien à dire, ni à faire, qui en vaille la peine. Quand une jolie bouche de femme a dit "merde", tout ce qu'elle peut dire après semble fade. L'art, c'est de le dire le plus tard possible, le grand art, peut-être de ne le dire jamais.
Et le mari écoute ça! Il a l'air un peu idiot. 
Elles se balancent sur un rocking-chair, à qui lèvera les jambes le plus haut. 
Et tout cela donne à ma petite Marinette une forte envie de pleurer.
Et, d'ailleurs, Rabelais les dégoûte.

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