samedi 13 juin 2015

Journal du 13 juin 1907

Je lui dis:
- Qu'est-ce qui vous ferait plaisir?
- Oh! il ne s'agit pas de me faire plaisir.
- Voulez-vous cent sous?
- Oh! non. Pas besoin.
- Prenez donc!
Je les cherche, et, justement, je ne les trouve pas dans mon porte-monnaie.
- Non! Non! dit-il obliquement. Je ne veux pas être à votre charge.
- Nous sommes tous frères!
- Enfin, quand vous voudrez... Ah!si on pouvait avoir quelques secours de ces fonctionnaires! J'ai toujours bien voté.
Il ne gagne pas vingt sous par jour à la Vauvelle. Il arrive trop tard et part trop tôt
- Quel âge avez-vous donc?
- Le même âge que vous.
- Vous croyez donc que j'ai soixante ans?
- Non, mais je sais bien que vous en avez quarante-trois.
- Et vous aussi?
- Oui, monsieur.
Philippe l'a toujours connu aussi vieux, même au moulin il y a vingt ans. il y était bien, mais déjà il n'en faisait qu'à sa tête.
- Ça ira comme ça  jusqu'au bout, dit-il, jusqu'à ce que je prenne le sac.
- Si vous avez besoin de quelque chose...
- De tout, répond-il.

vendredi 12 juin 2015

Journal du 12 juin 1906

Laissons Victor Hugo tranquille! Rome remplaçait Sparte, c'est du galimatias pour ces petits. L'exercice de la rédaction est stupide. Apprenez-leur à écrire une phase ou deux. Tel, qui ne fait pas de fautes d’orthographe dans une dictée, ne met que des mots barbares dans sa rédaction. 
L'instituteur peintre et violoniste, ça se trouve. Il dit, avec un petit sourire dédaigneux:
- Je ne fais pas de photographie.
Il méprise la peinture en bâtiment.
Cet autre, on me le présente comme un vieux modeste officier d'Académie qui veut finir sa carrière dans sa pauvre école. Il m'est bientôt insupportable, tant il est fier de sa modestie.
De gentilles institutrices, mais ça ne va pas jusqu'aux ongles. Elles disent de moi: "Mais ce monsieur fait bien mal les chiffres, et il ne sait pas additionner les quarts".

jeudi 11 juin 2015

mardi 9 juin 2015

Journal du 9 juin 1905

Le moineau: un petit oiseau délicieux qui ne chante pas.

Actualité intellectuelle

Corrigé du bac.
Rome était sans arrêt en but a des luttes intestinales.
Le réchauffement climatique est dans le commutateur des écolos.
(Brèves de copies de Bac, Chiflet et Cie, p.5, mai 2015).

lundi 8 juin 2015

Journal du 8 juin 1897

Papa a son écharpe de maire dans une petite boite rouge à faux cols du Bon Marché. Pour les mariages il l’emporte à la mairie, la pose sur la table et se contente de l'ouvrir; mais en se haussant sur la pointe du pied, époux et témoins aperçoivent l'écharpe. 
- Cela suffit, dit papa.
Jamais il n'a mis son écharpe; et il y a des gens qui ne se croient pas très bien mariés.

dimanche 7 juin 2015

samedi 6 juin 2015

Journal du 6 juin 1908

Orage. Cette maison n'a pas été frappée depuis qu'elle existe, depuis plus de cent ans. Pourquoi le serait-elle? Eh! oui, mais la réponse peut être un coup de foudre.

vendredi 5 juin 2015

Journal du 5 juin 1894

Monographie de la paresse. - Décrire une journée, et montrer que le cerveau est comme une grosse fleur qu'il faut cultiver tout le matin, pour qu'elle s'épanouisse le soir. Et, comme à Paris, on sort surtout le soir, jamais le cerveau n'y atteint sa maturité complète. A la campagne seulement il peut s'ouvrir tout à fait.  le matin, remuer des journaux, des livres, flairer les idées des autres, écrire des notes du bout de la plume, chercher d'où vient le vent, amener son esprit au point où il a besoin de produire. Enfin, développer cette méthode d’entraînement, de chauffage, avec des mots légers, une langue ni scientifique ni charabia.

jeudi 4 juin 2015

Journal du 4 juin 1898

L'Herbe. - Je voudrais leur être utile, et ce n'est pas commode du tout. Si je leur donne 50 centimes, ils croient que c'est parce que je vais me présenter à la députation.  En politique ils ont plus d'idées que moi: Brisson et Deschanel me sont plus étrangers que des professeurs d'algèbre. 
Leur religion, leur politique, le curé, la châtelaine, leur maire (mon père), puis le pauvre homme qui le remplace. 
Ce sont mes frères. Ils disent toujours: "Il faut être bien courageux pour en faire autant." Mais ce n'est pas ce que je voudrais arriver à leur faire dire.
une espèce de saint ridicule et impuissant.
Ce livre amusera et attendra. Le cimetière où, tant de fois, le village tout entier est venu se reposer.
J'ai écrit ce livre en regardant par ma fenêtre l'herbe du château: elle a rafraîchi mes yeux fatigués. Je lui dois mes bonnes rêveries. elle est la richesse du pays. Elle engraisse les bœufs qui nourrissent les hommes.
Leurs deux ennemis: le médecin et le pharmacien. Si, la politique sert à quelque chose: le médecin oublie des notes et le pharmacien compte moins cher ses pots.
Ils ont un député. Leur horreur de la guerre.
Ce livre me délivrera de ce pays amollissant.
L'eau claire d'une source que traversent les bêtes.
Chasse, pêche. Usages ruraux. Faire de mon père le principal personnage de ce livre. Le drame de la fin entre ma mère, mon père qui se tue, et l'étrangère.

mercredi 3 juin 2015

Journal du 3 juin 1907

Elle va avoir un petit, sa fille aussi. Sur la route, elle promène ses moutons et son ventre. Elle est la plus grosse des brebis.

Actualité littéraire

Jehan-Rictus.  Exhumation du journal très intime du poète des cabarets montmartrois.
Jehan-Rictus  a tenu un journal secret pendant trente-cinq ans, jusqu'au jour de sa mort, soit 30.000 pages d'introspection.
"Un JOURNAL, selon moi, n'a d'intérêt que s'il est rédigé uniquement pour soi avec une implacable franchise vis-à-vis de soi-même.  C'est encore une gymnastique moralisatrice et, durant la journée, j'écarterai de moi certaines pensées, certains désirs,certaines envies impulsives, si je me fais le serment de tout inscrire en ces pages. Il y a des haines que j'éprouve, des actes que je commets dont je n'oserai plus faire l'aveu au papier." Tel fut le crédo du chantre du populisme et de la bohème montmartroise, Jehan Rictus, né Gabriel Randon de Saint-Amand, en 1867...
Journal quotidien, de Jehan-Rictus, Éditions Claire Paulhan, 430 p. 40 €.
(Thierry Clermont, Le Figaro littéraire, jeudi 28 mai 2015, p. 5.)

mardi 2 juin 2015

Journal du 2 juin 1894

Cela juge la critique, qu'un jeune homme de vingt ans, Camille Mauclair, puisse s'y montrer de première force. C'est un genre du même ordre que les courses à pied et le cyclisme.

lundi 1 juin 2015

Journal du 1er juin 1905

Marinette a peur que je perde le goût de la vie. Je lui dis qu'il ne faut pas confondre l'ambition vulgaire avec la joie de vivre.
- Avec toi, dit-elle, tout s’arrange. Le taureau ne me fait pas peur. D'un geste tu l'écartes loin de nous.
- Marinette, lui dis-je, j'ai eu peu peur de la mort, et, aujourd'hui, je me vois très bien, en souriant, allongé dans un cercueil. J'ai eu peur de l'orage: je n'y pense plus. J'ai peur encore de souffrir, non de mourir, d'un coup d'épée, et non d'être tué en duel. L'essentiel, c'est que je ne te perde pas; le reste!... J'ai renoncé à tout ce que recherche un Hervieu: je n'ai pas renoncé au principal. J'avais peur de certaines idées: je n'ai plus peur d'aucune. J'admets tout, sauf qu'on fasse souffrir l'être qu'on aime, et même, simplement, qu'on fasse souffrir. Tu m'as empêché d'être un poète satirique. Je suis un poète élégiaque. Je garde en moi un fond de naïveté qui est une éternelle jeunesse. Je défie tout ce qui est beau, vivant et simple, de ne pas m'impressionner.