lundi 9 septembre 2013

Journal du 9 septembre 1903

Un domestique tient à son titre et ne nous sait aucun gré de ne pas le traiter comme tel.

Les odeurs au temps de Jules Renard

Le beau temps, cette nuit-là, fit un bond en avant, comme un thermomètre monte à la chaleur. Quand je m'éveillai, de mon lit par ces matins tôt levés du printemps, j'entendais les tramways cheminer, à travers les parfums, dans l'air auquel la chaleur se mélangeait de plus en plus jusqu'à ce qu'il arrivât à la solidification et à la densité de midi. Plus frais au contraire dans ma chambre, quand l'air onctueux avait achever d'y vernir et d'y isoler l'odeur du lavabo, l'odeur de l'armoire, l'odeur du canapé, rien qu'à la netteté avec laquelle, verticales et debout, elles se tenaient en tranches superposées et distinctes, dans un clair-obscur nacré qui ajoutait un glacé plus doux au reflet des rideaux et des fauteuils de satin bleu, je me voyais, non par un simple caprice de mon imagination, mais parce que c'était effectivement possible, suivant dans quelque quartier neuf de la banlieue, pareil à celui où à Balbec habitait Bloch, les rue aveuglées de soleil et voyant non les fades boucheries et la blanche pierre de taille, mais la salle à manger où je pourrais arriver tout à l'heure et les odeurs que j'y trouverais en arrivant, l'odeur du compotier de cerises et d'abricots, du cidre, du fromage de gruyère, tenues en suspens dans la lumineuse congélation de l'ombre qu'elles veinent délicatement comme l'intérieur d'une agate, tandis que les portes-couteaux en verre prismatique y irisent des arcs-en-ciel ou piquent ça et là sur la toile cirée des ocellures de paon.
Comme un vent qui s'enfle par une progression régulière, j'entendis avec joie une automobile sous la fenêtre. Je sentis son odeur de pétrole. 
(Marcel Proust, La Prisonnière, Folio classique, p. 395.)

dimanche 8 septembre 2013

Journal du 8 septembre 1907

Mon cerveau devient comme une toile d'araignée: la vie n'y peut plus passer sans se faire prendre.

samedi 7 septembre 2013

Journal du 7 septembre 1889

Mlle Blanche fait des vers. Elle trouve qu'il y a des gens qui les font mal. Elle recherche la délicatesse. Une personne l'engage à multiplier ses châles et ses fourrures. Elle lui répond, en vers, qu'une chose tient plus chaud qu'une fourrure: c'est l'amitié. Elle débite ainsi aux amis qui lui offrent à dîner un petit compliment sucré. Pour elle, la poésie, c'est cela.  Une idée fine qui lui vient et qu'elle versifie la rend heureuse toute la journée. Elle ne se fait pas un autre idéal  du poète et, par instants, elle pense qu'elle-même est cette idéal. Qui osera lui dire qu'elle se trompe.

vendredi 6 septembre 2013

Journal du 6 septembre 1904

J'écoute aux portes, et même à la serrure, le bruit que fait la vie.

Vente Tajan, Paris 18 septembre 2013

Jules RENARD. Écrivain. L.A.S. à Barthou. La Gloriette, 20 août 1909. 1 pp. bi-feuillet in-12, en-tête en coin à son adresse.
Lot 279 / vente 9844 
Estimation : € 100-150

Renard renonce à une proposition du ministre:

"Je vous remercie (…), de votre complaisance et de votre sympathie. 
Je ne peux hélas, faire aimer la république, dans mon village, que par des services de cet ordre. 
Soignez bien la France et croyez moi votre bien dévoué (…).
"

jeudi 5 septembre 2013

Journal du 5 septembre 1889

L'individu est une plante, l'individu est une graine, l'individu est un fruit. L'art est une plante, la religion est une plante, la société est une plante. Tout est une plante. Malgré toute mon admiration pour le grand écrivain qu'est Taine, je ne peux m'empêcher de remarquer combien toutes ses comparaisons sont pauvres, banales et semblables.

La grande librairie - Spéciale Marcel Proust

Retransmission de l'émission  La grande librairie du 9 mai 2013, sur France 5.
François Busnel consacre une émission à Marcel Proust A l'occasion du centenaire de la publication de Du côté de chez Swann, paru en 1913, Une émission spéciale sur l'histoire de ce chef-d'œuvre de la littérature française et à son auteur, Marcel Proust.
Initialement refusé par trois éditeurs avant d'être publié à compte d'auteur par Grasset, le premier volume d' A la recherche du temps perdu aurait pu ne jamais paraître. Aujourd'hui lu dans le monde entier, ce roman continue de nourrir le travail, non seulement des biographes de Proust, mais aussi d'historiens, de psychanalystes, de philosophes et de passionnés. Quelle est l'histoire fascinante de ce monument de la littérature, qui était son auteur, quelles interprétations peut-on faire de sa lecture ? Voici quelques-unes des questions auxquelles François Busnel se propose de répondre en compagnie de ses invités:
Antoine Compagnon, Evelyne Bloch-Dano, Raphaël Enthoven, Jean-Yves Tadié.

mercredi 4 septembre 2013

Journal du 4 septembre 1895

Cliché. Les arts, l'agriculture, les lettres, la politique ont fourni des aliments à l'activité de son intelligence.

Actualité littéraire

Le "Dictionnaire amoureux de Proust", de "agonie" à " Zinedine de Guermantes". Jean-Paul et Raphaël Enthoven nous offrent un dictionnaire "très" amoureux à la fois sérieux, savant et insolent de l’œuvre du grand Marcel. On y disserte de l'importance de l' "asperge " dans les menus proustiens, comme de la "phrase (longue)", marque de fabrique de l'écrivain. Succulent.
Plon-Grasset, 730 pages, 24,50 euros.
(Les Echos weekend, vendredi 30 et samedi 31 août, p. 6)
Question: Quand Jules Renard méritera-t-il son dictionnaire amoureux? T.J.

mardi 3 septembre 2013

Journal du 3 septembre 1902

Ils ont quelques idées, rares, isolées comme des haricots semés dans la terre. On les aurait avec une pioche.

Actualité littéraire. Proust contre Cocteau

Information publiée sur Fabula par Émilien Sermier

Claude Arnaud
Proust contre Cocteau
Grasset. Parution 4 septembre, 2013.

17,00 EUR

Présentation de l'éditeur:
Peu d'écrivains se sont autant aimés, enviés et jalousés que Proust et Cocteau. Tel un frère élevé une génération plus tôt, Proust montre une admiration sans borne pour ce cadet qui manifeste à 20 ans le brio, l'aisance et la facilité qui lui manquent encore, à près de 40 ans. Plus troublant, c'est Cocteau qui contribue à faire publier et à lancer le premier volume de la Recherche, que tous les éditeurs ont d'abord refusé.
Ayant des doutes sur sa profondeur, Proust finit pourtant par le trahir au moment de sa gloire, aussi tardive qu'éclatante. Comment la situation s'est-elle retournée ? Pourquoi Proust, un siècle plus tard, pèse-t-il tant sur un paysage littéraire que Cocteau semble traverser en lièvre. Aurait-il contribué à lui nuire ? Des débuts flamboyants de Cocteau sous le regard admiratif de son aîné, à sa chute assourdie par le triomphe de la Recherche, Claude Arnaud revient sur les parcours mêlés de ces deux écrivains d'exception.
On découvre l'amour impossible, maladif et jaloux, que Proust voua à ce jeune prodige que tous acclamaient, d'Anna de Noailles à la comtesse de Chevigné. Des salons parisiens à la chambre de liège du boulevard Haussmann, on revit l'amitié douloureuse qui les lia jusqu'à les séparer, lorsque Proust accéda à la gloire et devint le saint littéraire qu'on sait, mais aussi l'assassin amoureux que Claude Arnaud révèle. Dans cet essai remarquable, à la recherche d'une relation inexplorée, le biographe de Cocteau jette sur le «petit Marcel » un éclairage aussi nouveau que passionné.
Claude Arnaud est romancier, essayiste et critique. Il a notamment publié, chez Grasset, Qu'as-tu fait de tes frères ? (2010) et Brèves saisons au paradis (2012). Son dernier essai, Qui dit je en nous ? (2006) a reçu le Prix Femina de l’Essai.
 

lundi 2 septembre 2013

Journal du 2 septembre 1903

Le curé traite les gens de bestiaux, d'ânes, d’alcooliques dégénérés. En pleine messe, il pose à une petite fille une question de catéchisme. Troublée, elle ne répond pas. Elle ne fera pas sa première communion cette année.

La politique au temps de Jules Renard

O politique, je te hais! Je te hais parce que tu es grossière, injuste, criarde et bavarde; parce que tu es l'ennemie de l'art, du travail; parce que tu sers d'étiquette à toutes les sottises, à toutes les ambitions, à toutes les paresses. Aveugle et passionnée, tu sépares de braves cœurs faits pour être unis; tu lies, au contraire des êtres tout à fait dissemblables. Tu es un grand dissolvant des consciences, tu donnes l'habitude du mensonge, du subterfuge et, grâce à toi, on voit des gens devenir amis de coquins, pourvu qu'ils soient du même parti. Je te hais surtout, o politique, parce que tu en es arrivée à tuer dans nos coeurs le sentiment, l'idée de patrie...
(Alphonse Daudet, Robert Helmont, dans Œuvres,Pléiade, t.I, p. 928.)

dimanche 1 septembre 2013

Journal du 1er septembre 1889

Je me laisse facilement abattre, mais je reprends le dessus avec une faculté extraordinaire. Je trouve toujours le bon côté d'un ennui. C'est l'effet d'une pusillanimité rare qui m'empêche de regarder les embêtements en face.