mardi 13 août 2013

Journal du 13 août 1904

Maman. Une grande comédienne à qui la vie n'a donné à jouer que des pannes. Baissée dans le jardin, elle nous aperçoit, et reste baissée, et prépare en dessous ses lamentations.

lundi 12 août 2013

Journal du 12 août 1888

Au Grand Bois, après déjeuner. Assis sur un pin au-dessus d'un ruisseau qui court dans une écorce. Des bouteilles se rafraîchissent dans l'eau. Des brindilles s'y trempent, comme ayant soif. L'eau se précipite, blanche avec des flaques claires, glaciales, qui font presque mal à force de fraicheur. Mon gros bébé se penche sur mon épaule pour voir ce que j'écris. Je l'embrasse, et c'est délicieux.

dimanche 11 août 2013

Journal du 11 août 1897

- On a huit jours pour répondre à une lettre.
- Oh! pas quand cette lettre est une demande d'argent.

samedi 10 août 2013

Journal du 10 août 1904

Leurs âmes noires comme des puits. Quand c'est bien calme, on voit une étoile au fond: c'est rare.

vendredi 9 août 2013

Journal du 9 août 1902

Cousine Nanette, toujours en ébullition. Nous affectons de ne pas nous saluer, et de nous parler sèchement. 
Elle m'appelle "monsieur".
- Faut-il qu'il vous dise "madame"? demande Marinette.
- Mais je suis une dame! dit-elle.
- Elle a raison, dis-je, de m'appeler "monsieur". Elle devrait même m’appeler "monsieur le Président" comme elle a fait l'autre jour, à cause de ma décoration, disait-elle, qu'elle trouve jolie. Et il faut qu'elle en prenne l'habitude et qu'elle la garde.
Mon ton de voix l'inquiète.
- Comme on se parle! dit-elle à une femme qui est là. On croirait que nous sommes fâchés.
- Nous n'en sommes pas si loin, dis-je en m'éloignant;
Mais elle bout: c'est peut-être moi qui ai dit à M. Combes de chasser les deux sœurs de Chitry.

mardi 6 août 2013

Journal du 6 août 1904

Il faut entendre maman parler du "vice"!
- J'ai eu mes défauts, j'en ai encore, mais j'ai toujours eu le droit de marcher la tête haute.
Oui, mais papa cocu aurait peut-être été plus heureux.

lundi 5 août 2013

Journal du 5 octobre 1895

Le matin au travail. Brumes d'abord, quelquefois impénétrables. Et, peu à peu, il fait clair. C'est comme un petit soleil qui s'élève lentement dans le cerveau.

Journal du 5 août 1899

Monsieur le curé est venu me voir. Je me suis dit: "Il ne va toujours pas me manger!" Maigre, vouté, minable. Un accent de terroir. On sent tout de suite l'ennemi borné. Il accorde qu'on puisse avoir des qualités sans aller à la messe, qu'on peut être entre Dieu et le diable, mais tout de suite:
- L'épreuve ramène à Dieu. On en est quitte pour prier pour les égarés. Rien n'empêche de les voir.
Il parle de sa conscience comme d'un rond de cuir où il serait solidement assis. Je voudrais lui tendre la main, mais j'y sens du plomb. Il vient me voir parce qu'un curé doit voir tout le monde, et il me fait l'éloge de ma mère: il tombe bien!
Un front étroit, comme martelé sur l'enclume de la foi.
Il trouve que les paysans ne travaillent pas.
- Ils n'en sont pas plus heureux, dis-je.
Sa soutane, luisante, ressemble un peu à une peau de serpent par endroits trop large.

dimanche 4 août 2013

Journal du 4 août 1887

Entre Ronsard et André Chénier (et encore, André Chénier!...) on cherche en vain un poète. Je ne dis pas: un rimeur, un versificateur, un aligneur de mots, mais un poète. Pas un! appelons poésie une création par l'image et le rêve.

samedi 3 août 2013

vendredi 2 août 2013

jeudi 1 août 2013

Journal du 1er août 1889

Boulouloum, tu te diras bien des fois: " Il me semble que je fais faire un auteur étonnant."Il n'y a que ce qu'on fait qui n'est jamais étonnant.

Actualité renardienne

France culture diffusera le mercredi 14 août à 21 heures:
Le théâtre de Jules Renard, par Francis Ambrière, conférence donnée dans le cadre de l'université des annales, première diffusion sur la chaîne nationale le 25 Février 1957.
Que devient-on et qui devient-on lorsque l’on est né des amours sans amour d’un père voltairien et anticlérical et d’une mère bigote, très influencée par les prêtres et très peu maternelle (en tout cas avec l’enfant que vous êtes) ? Souhaite-t-on atteindre la gloire-fût-elle un deuil éclatant…etc…comme chacun sait- pour ne plus se sentir blessé, une fois devenu adulte, par une mère encore jugée toxique ?
Oui, que devient-on ? Écrivain, par exemple ? Et l’on écrit Poil de carotte ? Et l’on ne veut pas être un écrivain « parfait », parce que l’on juge le parfait toujours un peu médiocre ? Et alors on se dit que l’on est un écrivain que « seul le goût de la perfection empêche d’être grand » ?
Nous, plus d’un siècle plus tard, nous savons que Jules Renard est un « grand » écrivain, et pas seulement par son Journal.

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Édit:  Vous pouvez réécouter l'émission ici : Le théâtre de Jules Renard