samedi 16 juin 2012

La cote de Jules Renard

Jeudi 14 juin, l'Étude ADER SVV a mis en vente 3 lettres de Jules Renard et quelques autres. Voici le résultat:
Lot 277. Jules Renard à Suzanne Desprès - estim. 400/500 - adjugé 850 €.
Lot 278. Jules Renard à Gustave Larroumet - est.  400/500 - adjugé 700 €.
Lot 279. Jules Renard à Édouard Herriot -  estim.  300/400 - adjugé 650 €.
Les lots 277 et 278 ont été acheté par la Médiathèque de Nevers.
Lot 120. Ed. de Goncourt à Aug. Rodin -  estim.  400/500 - adjugé 2200 €
Lot 121. Ed. de Goncourt à  un critique -  estim.  400/500 - adjugé 1500 €
Lot 211. Guy de Maupassant à P. Ollendorff - est. 1000/1200 - adj. 2700 €
Lot 212. Guy de Maupassant à une dame  -  estim.  700/800 -  adj. 1700 €
Lot 221. Octave Mirbeau  manuscrit signé -  estim.  500/700 -  adj.   450 €
Lot 222. Octave Mirbeau à Édouard Herriot -  estim.  250/300  - adj. 480 €
Lot 223. Octave Mirbeau à Paul Gsell -  estimation.  200/250  - adj.  280 €

vendredi 15 juin 2012

Journal du 15 juin 1904

Les grenouillent rient, les deux pattes jointes sur la gorge.

Réponse de Jules Renard à Gustave Larroumet

À Gustave Larroumet,
Lettre inédite. Jules Renard répond à l'article de G. Larroumet. Voir blog d'hier.
17 mars 1902
Mon cher Maître,
Je vais tout de suite à ce qui me chagrine. C'est ce que vous dites de la mise en scène du Plaisir de rompre. Guitry, vous le savez mieux que moi, est un merveilleux artiste. C'est encore un homme au goût le plus rare. Enfin c'est un ami que j'aime beaucoup. Je vous assure qu'il n'a pas pu faire mieux. Vous avez failli voir le Plaisir de rompre dans le salon d'un appartement de 7 à 8000 f. Entre ce luxe et notre petit décor, il n'y a rien:
Tout a brûlé!
J'ai entendu quelque fois cette réponse.
Je ne me plains pas car la Comédie-Française est une une maison délicieuse mais elle souffre encore de son incendie et de ses déménagements.
Vous pensez bien que le reste de votre chronique me touche jusqu'à la confusion.
D'abord je vous remercie d'être venu écouter ce petite acte qui n'avait pas de première, - et je n'en réclamerai pas.
Et puis il m'arrive de me dire que je ne me foule guère, du moins au théâtre. Trois actes en cinq ans, même retravaillés à chaque reprise, c'est peu. Et tout de même Marivaux a cette supériorité de l'abondance.
Je ne vous en voudrais donc pas si vous attendiez autre chose et mieux pour écrire son nom à propos du mien. Je souhaite de justifier votre confiance, mais comme c'est long, trois actes, quand on a beaucoup de peine à en faire un! Elle n'est pas plus précieuse, et je l'accepte avec gratitude.
J.R. termine sa lettre pour féliciter Larroumet du mariage de sa fille.
Croyez mon cher maître à la sincérité de mes meilleurs sentiments.
Jules Renard
(Nota: Créé en 1897 au Cercle des Escholiers, le Plaisir de rompre fut repris le 12 mars 1902 au Théâtre-Français.)

jeudi 14 juin 2012

Journal du 14 juin

Le chat, confiant, croit que mes pieds ont un œil.

Le Plaisir de rompre vu par Gustave Larroumet

Article publié dans le journal Le Temps:
"...Nous attendons maintenant l'auteur à ses grandes preuves, la pièce en trois actes. Pour ma part, j'ai pleine confiance qu'il les fera...
La Comédie-Française a bien fait de reprendre ce Plaisir de rompre car la pièce est typique en son genre. J'aurais même souhaité qu'elle y mit un peu plus de soins et d'égards. elle l'a donnée en lever de rideau. Pour commencer tout au moins, elle aurait pu nous l'offrir en milieu ou fin de spectacle.
En outre, elle a perdu une jolie occasion d’enchâsser un bijou dans une monture appropriée. La mise en scène est quelconque: un appartement plus que simple, avec des meubles vulgaires et dépareillés, des bibelots à bon marché, rien de féminin, rien qui dénote la recherche élégante du plus ordinaire demi-castor.
Or que dit la brochure? "Un petit salon au cinquième. Ce qu'une femme qui a beaucoup aimé et ne s'est pas enrichie, peut y mettre de bibelots offerts, de meubles disparates, d'intimité".
Le metteur en scène avait dans ces quatre lignes l'indication d'un joli tableau d'intérieur. Dix ans de vie galante pour cette femme sans vénalité, cela devait se traduire par le fond de mobilier en palissandre offert par le premier amant, avec un peu de Maple, de modern style et de Lois XVI, voire d'Empire..."
(Gustave Larroumet, Le Temps, 17 mars 1902, extrait)
Lire demain la réponse de Jules Renard à cet article.

mercredi 13 juin 2012

Journal du 13 juin 1894

Le cèdre aux cuisses rouges.

Qu'en aurait pensé Jules Renard ?

L'exemple à ne pas suivre
Un éditeur qui est aussi un libraire a eu l'idée, à tout le moins étrange, de demander à des amateurs de livres comment ils constituaient leur bibliothèque.
Et cela nous a valu, à côté de réponses "d'honnêtes hommes", comme on disait au grand siècle, des déclarations péremptoires - pour ne pas écrire prétentieuses - comme celle de cet agent forestier qui nous dit sans rire, avec un manque absolu d'humour:
"...Il y a dans ma bibliothèque des livres de toutes sortes, mais si vous alliez les ouvrir, vous seriez bien étonné. Ils sont tous incomplets; quelques uns ne contiennent plus dans leur reliure que deux ou trois feuilles. Je suis d'avis qu'il faut  faire commodément ce qu'on fait tous les jours: alors je lis avec des ciseaux, excusez-moi, et je coupe tout ce qui me déplaît. J'ai choisi des lectures qui ne m'offensent jamais. Des Loups j'ai gardé dix pages, un peu moins du Voyage au bout de la nuit. De Corneille j'ai gardé tout Polyeucte  et une partie du Cid. Dans mon Racine, je n'ai presque rien supprimé.  De Beaudelaire j'ai gardé dix-neuf vers et de Victor Hugo un peu moins. De La Bruyère, le chapitre des xxxxx. De Saint-Evremond, la conversation du père xxxxxx avec le secrétaire. De Mme de Sévigné, les lettres sur le procès de Fouquet. De Proust, le dîner avec la duchesse de Guermantes"
On conçoit fort bien qu'un intellectuel  ait des préférences marquées et fasse choix de certains écrivains parmi d'autres, se constitue même une anthologie pour son usage. Mais on a du mal à comprendre cet homme qui se fabrique une bibliothèque de débris. Et l'on s'imagine la tête de ses héritiers - qui n'auront, espérons le, ni ses goût, ni son amour du vandalisme - lorsqu'ils se trouveront en présence de ce bric à brac imbécile...
Comment!? Cet homme n'éprouve pas le besoin de connaître autre chose? Il n'évoluera donc plus - il le sait - et son esprit se satisfera désormais des mêmes nourritures, comme ces estomacs délabrés - parfaitement explicables d'ailleurs - soumis au même éternel menu parce qu'ils ne peuvent plus supporter que le bouillon d'herbes et une viande grillée sans sel?...
Mais la question est plus grave. Il y a suffisamment dans le monde de mauvais écrivains en mal de publication - encore ne sont-ils pas superflus puisqu'ils contribuent à créer ce que l'on nomme "le mouvement littéraire" - mais, par une démagogie dangereuse, pousser l'imprudence jusqu'à solliciter les textes des illettrés ou des sots qui se croient instruits... Ils nous administreront toujours trop tôt la preuve de la sècheresse de leur coeur et de la misère de leur esprit.
(Emile Zavie, l'Intransigeant, 4 mars 1933)

mardi 12 juin 2012

Journal du 12 juin 1906

Certificat d'études. Caporalisme bienveillant d'un inspecteur. Ils disent: "Faites-nous des hommes libres", mais dès qu'un instituteur demande des explications sur une mauvaise note, il reçoit la petite lettre où, avec un étonnement sec, on le rappelle à l'esprit de soumission.

Berthe

La famille a fait avec Berthe un long voyage, et vu des tas de villes, de plaines, de montagnes, de fleuves, de merveilles.
Chacun raconte ses souvenirs.
Berthe laisse parler et quand on a fini:
"Moi, dit-elle, j'ai vu un joli petit chien."
Jules Renard, Bucoliques.

lundi 11 juin 2012

Journal du 11 juin 1902

Rachilde lit ses quarante volumes par mois, à la queue leu leu, sans prendre une note. Elle fait seulement une corne quand elle veut citer un passage, et le jour venu, d'un trait elle écrit son article sur tous les livres qu'elle a lus dans le mois. Mais, bientôt, elle ne pourra plus. Bien qu'elle soit mordante, tous les auteurs, en effet, lui envoient leurs livres. Ils savent qu'au moins elle les lira, en dira un mot, et que ça ne leur coûtera rien.

L'homme ligoté

Suite du blog du 9 mai
Il y avait chez Renard quelque chose de noueux et de solitaire qui l'apparentait au père Bulot: une véritable misanthropie de villageois. Médecin de campagne, juge de paix, maire d'une commune paysanne, il se fût parfaitement adapté à ses fonctions; peut-être eût-il été heureux. Mais ce taciturne avait le goût d'écrire; il est venu faire l'original à Paris, il recherchait la compagnie pour y montrer sa solitude, on redoutait son silence revendiquant dans les milieux qu'il fréquentait; il est venu se taire par écrit.
Il a voulu briller par des ouvrages qui fussent, au milieu des livres diserts de l'époque, comme il était lui-même au milieu des bavards de salon. Ce désir l'eût conduit aujourd'hui à rechercher une formule d'auto-destruction du langage. Cette idée n'avait pas cours en son temps.
 Á suivre
(Jean-Paul Sartre, Situations I, Gallimard, 1947)

dimanche 10 juin 2012

Journal du 10 juin 1902

On a beau faire peu de livres: les gens persistent à ne pas les connaître tous.

Jules Renard vu par le docteur Renault

Extrait d'une lettre où le docteur Renault
répond au docteur Tixier, et proteste contre le "paysan parvenu" qu'aurait été Renard, selon Rachilde.
"Renard n'avait rien d'un paysan, ni rien d'un parvenu... C'était un grand anxieux, toujours malheureux, difficile pour lui-même, très indulgent pour ses amis... Un de nos amis communs me disait que Renard n'avait pas compris sa mère très probablement parce qu'il lui ressemblait trop. 
Une de ses dernières lettres, où il reconnait lui-même son erreur d'appréciation, confirme à mes yeux cette opinion d'un condisciple de la pension Rigal, un peu plus jeune que nous.
Vous me dites que Vallette le considérait comme un richard-radin: il n'était ni l'un ni l'autre."
(Extrait publié par Léon Guichard, Dans la vigne de Jules Renard)

samedi 9 juin 2012

Journal du 9 juin 1897

Ils veulent toujours que ça finisse bien! Ils feraient épouser Jeanne d'Arc par Charles VII.

Berthe 〆

Berthe se hausse sur la pointe des pieds contre le mur et réussit à glisser une lettre dans la boite.
Puis elle attend.
"Crois-tu, me dit-elle enfin, que la lettre est déjà un petit peu loin?"
(Jules Renard, Bucoliques)