Orage. Éclairs couchants. De longs, espacés, de vilains comme des araignées de feu.
Des hirondelles tournent haut sous un nuage. Je regarde un peuplier immobile et prêt à être foudroyé.
vendredi 8 juin 2012
Exposition itinérante Jules Renard
L'association les Amis de Jules Renard met à la disposition des collectivités une exposition itinérante consacrée à Jules Renard
Organisée sous la forme de 20 panneaux (en matériau souple et léger), cette exposition trouvera sa place dans une médiathèque, un établissement scolaire (CDI), une maison de la culture, etc.
Voir les photos et renseignements dans la rubrique: EXPOSITION JULES RENARD en haut à droite de cette page.
jeudi 7 juin 2012
Journal du 7 juin 1902
Tristan admire l'intelligence de Schwob. Lui, intelligent, est-ce bien sûr?
Le talent de Schwob c'est une mixture de vins, ce n'est pas du vin. Je me moque de cette intelligence. Tous ses contes, il les a empruntés.
Il a traduit Hamlet et Francesca da Rimini. Il a un style de traducteur exact.
Pas d'esprit. La préoccupation de savoir des choses que personne ne sait. La mauvaise humeur d'un artiste qui n'a jamais rien trouvé tout seul. Une affectation à ne lire que le livre sale et vieux.
Une âme et un esprit de vieille femme.
Un homme à vous dire: "Êtes-vous content d'avoir sur moi la supériorité de m'avoir prêté cent sous?"
Il me ferait regretter de n'avoir pas été antisémite.
mercredi 6 juin 2012
Jules Renard vu par Paul Claudel
J'ai connu Jules Renard tout au début de ma vie littéraire et je m'étais pris pour son talent d'une vive admiration... J'étais infiniment reconnaissant à Jules Renard, en tant que visuel et en tant que paysan, de sa vision précise et concrète des choses, de ses petits tableaux bien nets qui contrastaient avec la cuisine malpropre des naturalistes.
Je fus donc enchanté de faire sa connaissance par Marcel Schwob. Lui, Schwob, Pottecher et moi, et de temps en temps Barbusse, nous avions un déjeuner hebdomadaire au café d'Harcourt. Puis je suis parti pour l'Amérique en 1893.
C'est en rentrant en 1895 qu'eut lieu ce fameux dîner chez ma pauvre sœur Camille qu'il a décrit plutôt inexactement. Puis cinq ans en Chine. En rentrant je le trouvai ainsi que Pottecher fanatisé par l'affaire Dreyfus. À ce moment, je l'avoue à ma grande honte, j'étais plutôt antidreyfusard, mais surtout l'affaire ne m'intéressait pas et le parti auquel elle servait de drapeau me faisait horreur. Nous rompîmes.
(Lettre de Paul Claudel à Léon Guichard, 26 décembre 1930, extrait, Le Vigneron dans sa vigne.)
Je fus donc enchanté de faire sa connaissance par Marcel Schwob. Lui, Schwob, Pottecher et moi, et de temps en temps Barbusse, nous avions un déjeuner hebdomadaire au café d'Harcourt. Puis je suis parti pour l'Amérique en 1893.
C'est en rentrant en 1895 qu'eut lieu ce fameux dîner chez ma pauvre sœur Camille qu'il a décrit plutôt inexactement. Puis cinq ans en Chine. En rentrant je le trouvai ainsi que Pottecher fanatisé par l'affaire Dreyfus. À ce moment, je l'avoue à ma grande honte, j'étais plutôt antidreyfusard, mais surtout l'affaire ne m'intéressait pas et le parti auquel elle servait de drapeau me faisait horreur. Nous rompîmes.
(Lettre de Paul Claudel à Léon Guichard, 26 décembre 1930, extrait, Le Vigneron dans sa vigne.)
mardi 5 juin 2012
Journal du 5 juin 1894
Barrès. Encore un petit âne dans Un amateur d'âmes. C'est une rage. À ce propos, rechercher l'animal préféré de chaque auteur dans ses livres. Moi, j'ai un lapin.
À l'Académie Goncourt, qui succédera à Jules Renard ? 2/2
L'élu sera il est probable, M. Victor Marguerite. S'il se présente, il a toutes les chances , semble-t-il, qui assurent la victoire. Il manqua l'emporter, il y a trois ans, sur Jules Renard. Il compte enfin beaucoup d'amitiés au sein de l'Académie Goncourt.
On ne saurait dire que l'art de M. Victor Marguerite s'apparente à celui de Jules Renard. Leur technique n'est certes pas, de la même souplesse et de la même et de la même étendue. M. Victor Marguerite s'affirme comme l'un des meilleurs continuateurs d'Émile Zola, dans des romans copieux, abondants, bourrés de notes et de faits, surchargés de description, de portraits et de scènes dramatiques, écrits dans une langue rapide, nerveuse, entraînante, imagée. Il est pourrait-on dire, l'un des derniers naturalistes, en qui survivent la foi, les procédés et les théories de l'école de Médan. Enfin, à côté d'un romancier ardent et fécond, il y a, en M. Victor Marguerite, un polémiste virulent, qui sait gagner à lui toutes les convictions, un défenseur, né de toutes les bonnes causes et de toutes les idées généreuses.
On parle aussi du grand poète Léon Dierx, pour succéder au grand prosateur Jules Renard. Certes, l'Académie Goncourt s'honorerait en choisissant, entre tous, l'un de ceux qui ont tiré du vers parnassien, les plus purs accents. Il serait peut-être temps de donner au beau vieillard modeste la place qui lui est due. Sans doute, les règlements de l'Académie Goncourt ne permettront pas cette consécration tardive.
Il serait bien, enfin, que l'attention des académiciens se portât sur M. Léon Frapié, historiographe attendri du petit monde de la maternelle. Il emporta l'un des prix les mieux justifiés de l'Académie. Il a gardé le secret de l'écriture goncourtiste, mouvante, trépidante, colorée. La Maternelle, M'ame Préciat, Les Contes de la Maternelle sont des livres de tout premier ordre.
M. Léon Frapié, de l'Académie Goncourt, cela serait très bien.
(Louis Handler, Comoedia, 30 mai 1910).
Nota: comme on le sait, Jules Renard fut remplacé par l'écrivain Judith Gauthier. T.J.
lundi 4 juin 2012
Journal du 4 juin 1902
- Qu'est-ce que ça peut donc bien être un substantif? dit Baïe.
(Julie-Marie dite Baïe, fille de Jules Renard, avait alors 10 ans.)
(Julie-Marie dite Baïe, fille de Jules Renard, avait alors 10 ans.)
À l'Académie Goncourt, qui succèdera à Jules Renard? 1/2
On pense déjà à donner un successeur à Jules Renard, à l'Académie Goncourt. Comme il les connaissait bien ses chers confrères, le bon écrivain aux sourires pincés! À peine a-t-on descendu son corps dans la fosse que, déjà, dix concurrents intriguent pour obtenir la "suite" du maître de Poil de Carotte et de Ragotte. Car il ne s'agit point, cette fois, d'une "chaise" quelconque à l'Académie Goncourt: il va falloir trouver un égal à J.K. Huysmans et à Jules Renard. On cherchera longtemps.
Il faut bien le dire: la mort de Jules Renard est une perte irréparable pour l'Académie Goncourt. On ne voit point, parmi les candidats proposés, quelqu'un qui puisse lui succéder dignement. Ce petit jeu des intrigues littéraires servira, au moins, à prouver l'exceptionnelle valeur de Jules Renard. Rien ne se perd, même dans le monde des idées...et des vanités.
Je ne sais rien d'amusant comme de considérer la variété de tous ces candidats. On parle à la fois de Mme Tinayre, qui écrit des romans solides et platoniques, de M. René de Boylesve, écrivain subtil et bon prosateur de France, de M. Pierre Mille, remarquable disciple de Maupassant et d'Anatole France, de M. Jean Ajalbert, conservateur de la Malmaison de M. Rémy de Gourmont, toute sagesse et toute science, sage égaré dans une époque de fous, de M. André Gide, à la dialectique louvoyante et perfide, de M. André Suarès, un des plus grands poètes de la prose française et qui sait l'art de penser harmonieusement.
Suite demain
(Louis Handler, Comoedia, 30 mai 1910).
dimanche 3 juin 2012
Journal du 3 juin 1902
Hier matin, je n'aimais pas Shakespeare. Hier soir, le dernier acte de Shylock me remuait une livre de coeur. Du bout du doigt je me frottais le coin des yeux. Est-ce qu'il va me falloir aimer Sakespeare?
3 lettres inédites de Jules Renard en vente à Drouot, Étude ADER
Jeudi 14 juin 2012
Lot n°277
Jules RENARD (1864-1910) écrivain
Jules RENARD (1864-1910) écrivain
L.A.S., 27 février 1900, à sa «chère Poil de Carotte» [Suzanne Després]; 1 page in-8 à son adresse 44, rue du Rocher. À la créatrice du rôle-titre de Poil de Carotte [créée au Théâtre Antoine le vendredi 2 mars 1900]. «Vous voyez qu'Antoine nous fait passer vendredi! Je lui ai dit: mais la pièce n'est même pas faite! C'est affolant. Voici un texte qui, par prudence, allège notre scène 10 d'au moins deux pages. S'il y a d'autres longueurs, ne craignez pas de me le dire»
Lot n°278
Jules RENARD
Jules RENARD
L.A.S., 17 mars 1902, [à Gustave Larroumet]; 3 pages in-8 à son adresse 44, rue du Rocher. «Je vais tout de suite à ce qui me chagrine, dans votre chronique, c'est ce que vous dites de la mise en scène du Plaisir de Rompre. Guitry, vous le savez mieux que moi, est un merveilleux artiste. C'est encore un homme du goût le plus rare. Enfin c'est un ami, que j'aime beaucoup. Je vous assure qu'il n'a pas pu faire mieux. Vous avez failli voir le Plaisir de Rompre dans le calme d'un appartement de 7 à 8000 f. Entre ce luxe et notre petit décor, il n'y a rien: tout a brûlé!»... Il ne se plaint pas de la Comédie-Française, mais elle souffre encore de son incendie et de ses déménagements. Quant au reste de sa chronique, il le touche jusqu'à la confusion... «Et puis il m'arrive de me dire que je ne me foule guère, du moins au théâtre. Trois actes en cinq ans, même retravaillés à chaque reprise, c'est peu. Et tout de même Marivaux a cette supériorité de l'abondance. Je ne vous en voudrais donc pas, si vous attendiez autre chose et mieux pour écrire son nom à propos du mien. Je souhaite de justifier votre confiance, mais comme c'est long, trois actes, quand on a beaucoup de peine à en faire un!»
Lot n°279
Jules RENARD
Jules RENARD
L.A.S., Paris [1905], à Édouard Herriot 1 page in-8 à en-tête de la Mairie de Chitry-les-Mines. Il recommande à son collègue «maire de Lyon» M. Moncharmont, «qui pose sa candidature à la direction du Théâtre des Célestins. Par ses qualités d'administrateur et d'homme de théâtre, Mr Moncharmont est tout à fait digne de votre confiance»... Il signe : «Jules Renard auteur dramatique maire de Chitry (Nièvre)»
Étude ADER Jeudi 14 juin 2012 à 14h00 Autographes et manuscrits.
samedi 2 juin 2012
Journal du 2 juin 1900
Cette manie que j'ai d'être bon tue peut-être en moi un talent de polémiste qui serait rare. Quand je lis un article de Rochefort ou de Drumont, je me dis parfois: "Oh! les pauvres! c'est tout ce qu'ils trouvent?"
Portrait atypique de Barrès
Claire Bompaire-Evesque rapporte que "Renard s'est intéressé à Barrès beaucoup plus que Barrès à Renard". (Jules Renard et Maurice Barrès, Actes du colloque Un oeil clair pour notre temps, publié par "Les amis de Jules Renard", volume hors-série, année 2011.)
C'est une bonne raison pour s'intéresser à la parution de la biographie de Barrès ainsi annoncée par le Figaro littéraire: Portrait atypique de Barrès.
"Vingt-cinq ans après une première biographie imposante, François Broche a remis son Maurice Barrès sur le métier. Il publiera en septembre, chez Bartillat, un Barrès plus inattendu, à l'occasion du 150e anniversaire de la naissance de l'auteur d'Amori et dolori sacrum. Un portrait qui insistera sur les aspects méconnu de l'écrivain, notamment son ascendance auvergnate, sa filiation lorraine, son amitié avec Gualta, sa passion pour l'Orient et l'Espagne."
(Figaro littéraire, p. 3, jeudi 31 mai 2012.)
vendredi 1 juin 2012
Madame de Rorthays de Saint-Hilaire
Rachilde écrit à André Gide pour motiver son refus de communiquer sa correspondance avec Jules Renard:
30 juin 1913
Je vous dois tout de même une plus ample explication mon cher Gide et je vais vous la donner tout-à-fait entre nous. Les lettres de Jules Renard que je possède sont presque toutes datées de sa prime jeunesse et du temps où il était l'amant de la vicomtesse de Rorthays de Saint-Hilaire, actrice de la Comédie-Française sous un pseudonyme que j'ai oublié. On ne peut pas faire passer ces lettres là sous les yeux de Mme Renard! De plus, la dame en question (qui vit toujours quoique beaucoup plus âgée que J. Renard) est l'héroïne du Plaisir de rompre...et a fait le mariage de Renard avec Mme Renard.
Voilà. Je les garde pour me rappeler les dates que je n'aurai plus en tête sans elles. On y voit un Jules Renard inquiet, torturé du désir d'arriver, faisant des vers assez médiocres... et un très spirituel anecdotier en herbe...
Rachilde
Rachilde
Le volume 13 des cahiers de l'association des Amis de Jules Renard révèle qui était cette Mme de Rorthays de Saint-Hilaire, alias Danièle Davyle, Danièle Davyle... la vraie, pages 76 à 90. Disponible auprès de amisjulesrenard@gmail.com
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