jeudi 20 août 2015

Journal du 20 août 1901

Rentré à Chaumot après voyages au Breuil et à Bussang.
L'énorme nourrice qui sentait Château-Chinon à plein nez. Je me ratatinais dans mon coin, mais la chair croulait, et je sentais à la cuisse une chaleur grasse et écœurante. Elle était assise, genoux écartés, les mains aux ongles noirs sur les genoux.  Elle dormait bouche ouverte. Je remuais brusquement. Elle s'éveillait et tâchait de relever ses graisses, mais tout retombait. 
Entre sa cuisse et la mienne je glissais des journaux. Ça me tenait encore plus chaud, mais j'étais moins écoeuré.
La "meneuse" avec ses trois femmes. Air rusé, presque distingué, de femme maigre qui ne craint pas les voyages, une dame qui se sait supérieure aux trois pauvres vaches à lait qu'elle emmène à Paris. A côté d'elles, sa boîte carrée en bois verni avec la plaque de cuivre: " Service de l'Assistance publique". Elle me demande pardon et se met à la portière pour agiter son mouchoir quand elle passera "en vue" de son fils qui habite aux environs de Fontainebleau.
Un vieux monsieur, quelque noble, d'esprit curieux, qui tient à tout savoir et pose des questions insupportables.
- Monsieur est du pays?
- Oui.
- Quel est donc ce château?
- Ah! Je n'en sais rien.

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