jeudi 4 juin 2015

Journal du 4 juin 1898

L'Herbe. - Je voudrais leur être utile, et ce n'est pas commode du tout. Si je leur donne 50 centimes, ils croient que c'est parce que je vais me présenter à la députation.  En politique ils ont plus d'idées que moi: Brisson et Deschanel me sont plus étrangers que des professeurs d'algèbre. 
Leur religion, leur politique, le curé, la châtelaine, leur maire (mon père), puis le pauvre homme qui le remplace. 
Ce sont mes frères. Ils disent toujours: "Il faut être bien courageux pour en faire autant." Mais ce n'est pas ce que je voudrais arriver à leur faire dire.
une espèce de saint ridicule et impuissant.
Ce livre amusera et attendra. Le cimetière où, tant de fois, le village tout entier est venu se reposer.
J'ai écrit ce livre en regardant par ma fenêtre l'herbe du château: elle a rafraîchi mes yeux fatigués. Je lui dois mes bonnes rêveries. elle est la richesse du pays. Elle engraisse les bœufs qui nourrissent les hommes.
Leurs deux ennemis: le médecin et le pharmacien. Si, la politique sert à quelque chose: le médecin oublie des notes et le pharmacien compte moins cher ses pots.
Ils ont un député. Leur horreur de la guerre.
Ce livre me délivrera de ce pays amollissant.
L'eau claire d'une source que traversent les bêtes.
Chasse, pêche. Usages ruraux. Faire de mon père le principal personnage de ce livre. Le drame de la fin entre ma mère, mon père qui se tue, et l'étrangère.

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